Simple comme un complot

- Modifié le 21/05/2019 par Sonia Amiour

Si vous vous intéressez aux théories du complot, vous avez sans doute déjà remarqué le ton employé, la manière d’argumenter (ou de ne pas argumenter) et autres mécanismes qu’utilisent les complotistes pour convaincre. Si vous ne vous y intéressez pas, vous allez voir, c’est très simple à comprendre.

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Chat Image parDeedster de Pixabay

1) La mécanique des récits complotistes 

Mais qu’est-ce que le complotisme et le conspirationnisme ? Ces termes peuvent au premier abord paraître ambigus. En effet, un complot c’est “un projet secret élaboré par plusieurs personnes contre une autre, ou [contre] une institution”[1], on pourrait alors être tenté de croire que le complotiste c’est celui ou celle qui complote.

Or le suffixe -isme, que l’on retrouve dans conspirationnisme et complotisme, met en avant une particularité de comportement. Celle du complotiste, c’est d’expliquer des situations réelles (souvent hors du commun, comme les premiers pas sur la Lune) par un complot orchestré par des personnes, ou entités puissantes, contrôlant les consciences. Le complotiste cherche alors à éveiller ces consciences en dénonçant le complot à partir d’une théorie argumentée, une théorie du complot.

 

Le voile levé sur les définitions, on remarque que les théories du complot fonctionnent bien souvent de la même manière.

Dans un article de Manière de Voir  (revue bimestrielle du Monde Diplomatique), dont le 158ème numéro aborde le thème des complots, sont dressés dix grands principes typiques de l’argumentation des théories complotistes.

158ème numéro, Avril 2018.

  1. On n’y parle jamais expressément de “complot”.
  2. La théorie est souvent présentée comme une alternative d’avant-garde à la version officielle.
  3. Elle se dote d’une apparence scientifique, en citant rigoureusement ses sources et en utilisant des graphiques, par exemple. Or les sources fonctionnent “en circuit d’informations fermé, où des sites complotistes renvoient à d’autres sites complotistes (…)”.
  4. Il y a toujours quelqu’un qui a beaucoup à gagner dans la situation analysée par la théorie – d’où l’idée d’un complot. Et même si la théorie ne peut pas réellement prouver de culpabilité, elle fait planer le doute là-dessus.
  5. Elle avance un nombre démesuré de “détails troublants”, qui ne sont pas forcément liés entre eux, mais afin de convaincre, la théorie du complot bombarde d’informations pour provoquer le doute, mais pas la réflexion.
  6. Tout hasard y est refusé. De manière fantasque, la corrélation d’évènements devient forcément causalité. Faits et symboles deviennent alors très signifiants, mais de significations choisies, renfonçant toujours les arguments du discours complotiste.
  7. Elle s’appuie sur d’autres événements historiques pour légitimer son propos, quand bien même la comparaison ne serait pas suffisamment solide (voire insensée).
  8. Pour les complotistes, les comploteurs ne feraient jamais d’erreurs de débutant si elles ne les arrangeaient pas.
  9. Néanmoins, les comploteurs font toujours des erreurs de débutant, qui pourtant ne les arrangent pas, mais permettent aux complotistes de les démasquer.
  10. Enfin, les conspirationnistes refusent les contre-arguments et réponses qui réfutent leurs théories, malgré des éléments preuves apportés – comme dans le cas de l’expédition sur la lune, la théorie perdure encore…

2) Tout le monde peut décréter un complot

Ces dix points récurrents dans les théories de la conspiration résument comment les complotistes jonglent entre la réalité (faits) et le fantasque (interprétation) à travers leurs analyses. Sur le net, on trouve ces théories sous forme écrite, mais également par oral, via des vidéos qui bien souvent jouent avec les émotions des internautes.

Là encore des signes récurrents sont notables. Le fonctionnement typique de ces vidéos ont alors permis aux élèves d’une classe de seconde, en gestion et administration du lycée Madeleine Vionnet à Bondy, de réaliser une vidéo sur la véritable identité des chats, et ils nous livrent dix règles d’or pour une bonne vidéo complotiste.

  1.  « Une voix sérieuse qui fait peur.
  2.  Une bonne structure: une introduction historique pour la crédibilité, et finir par la révélation pour le suspens.
  3.  Une musique qui fait peur.
  4.  Des citations bien choisies. Extraire les phrases choc des articles utilisés et les mettre en avant, pas trop longtemps, pour ne pas laisser le temps de réfléchir.
  5.  Des images [étranges, ici,] de chats bizarres.
  6.  Des éléments véridiques.
  7.  Des éléments incertains. Des choses invérifiables, [hypothétiques].
  8.  [Des éléments mensongers].
  9.  Un bon montage. Une même image peut prendre un sens différent [selon ce qui est montré et dit avant et/ou après].
  10. Des effets spéciaux.»

Dans la même optique, venez participer à notre atelier : Le prix du complot, qui consiste en la création ludique d’une fausse théorie conspi’, en reprenant les mécanismes types des discours complotistes, et repartez peut-être avec le prix de la meilleure théorie. (Jeudi 16 mai de 18h à 20h, salle de la découverte, à la BML de la Part-dieu).

À suivre : « Compliqué comme complotisme», qui aborde raisons et conséquences du conspirationnisme.

[1] https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/complot/

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