Les zoos : réserves de biodiversité ou prisons ?

- temps de lecture approximatif de 14 minutes 14 min - Modifié le 05/07/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

Les parcs zoologiques témoignent de l'intérêt que l'homme porte au règne animal. Mais ce modèle de conservation des espèces ne fait pas l'unanimité. Entre partisans et opposants, les arguments différent sensiblement.

© Pixabay
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Knut, l’ours polaire du zoo de Berlin est mort prématurément en mars 2011. Le 6 mai dernier, après cinq ans d’attente, Tina une tigresse blanche du centre animalier de Touroparc, situé à Romanèche-Thorins, dans le Beaujolais, a donné naissance à trois petits mâles et une femelle. Pour l’occasion, le parc invite ses visiteurs à baptiser les quatre bébés. Quel sort les attend ? Quelle est leur espérance de vie et dans quelles conditions survivront-ils ? Seront-ils soumis au même stress que Knut, véritable star mondiale ? Quel rôle jouent les parcs zoos dans la conservation des espèces en voie de disparition ? Quelles sont les missions revendiquées par les responsables des parcs animaliers et que leur répondent leurs opposants ?

1 – Pourquoi des zoos ?

2 – Les différentes missions revendiquées par les zoos

3 – Les arguments des opposants aux zoos

1 – Pourquoi des zoos ?

Pour donner une chance à la biodiversité

Le zoo peut-il réellement participer à la préservation de la biodiversité, et si oui, doit-il le faire à la façon d’une
arche de Noé ? Car peut-on légitimement faire se multiplier quelques espèces rares dans les zoos, s’il n’existe que peu de chance de les réadapter un jour à leur milieu naturel ?
Pour être crédibles, les responsables des parcs zoologiques se doivent tout d’abord de réduire les troubles du comportement des animaux en captivité, avant de prétendre sauver la vie sauvage. Si l’idée que la nature doit être mise en boîte pour être préservée est un mythe dangereux, en revanche, avec une démarche pédagogique nouvelle, les zoos peuvent être des lieux intelligents, privilégiant l’information du public.
En changeant de fonction, en se transformant en un véritable centre d’information plutôt qu’en un centre illusoire de stockage d’espèces en voie d’exctinction, le zoo peut participer activement à la prise de conscience de la disparition des derniers espaces sauvages de notre planète, et même aider à mobiliser l’opinion sur des actions concrêtes, hors des murs du zoo, là où se trouvent les véritables enjeux de la conservation de la biodiversité.

Des zoos pour quoi faire ?

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Delachaux & Niestlé

Pierre gay, directeur du zoo de Doué-la-Fontaine en Anjou et de celui des Sables d’Olonne en Vendée, raconte ici l’histoire d’une passion et fait un vibrant plaidoyer pour une nouvelle éthique des parcs zoologiques comme laboratoires de la conservation de la biodiversité.

Environ 400 zoos de 54 pays participent désormais activement à des programmes d’élevage.

Il s’agit de multiplier les naissances afin d’avoir un « réservoir » d’animaux suffisant pour assurer leur avenir. Ces animaux sont répertoriés dans des studbooks, véritables livres généalogiques qui permettent de préserver le patrimoine génétique de l’espèce (90 % de la diversité génétique initiale).

Nés en captivité, ils pourraient être réintroduits dans la nature ultérieurement, si leur milieu le permettait.

Certaines réintroductions sont déjà un succès comme celle du condor de Californie, totalement disparu à l’état sauvage. Dans d’autres cas, les réintroductions enrichissent une population devenue dangereusement mince. Le zoo de Mulhouse, notamment, a participé à la réintroduction d’addax au Maroc (ainsi que le zoo de Paris), de vautours moine aux Baléares, de hiboux grand-duc et des chats sauvages en Allemagne.

Même si ces tentatives sont délicates, coûteuses et connaissent des succès divers (10 % seulement des 150 réintroductions récentes se sont soldées par un franc succès), on peut présager qu’elles se multiplieront à l’avenir avec de meilleures chances de réussite grâce à l’expérience acquise.

S’il existe un idéal en matière de préservation, c’est bien sûr celui de la protection de l’habitat naturel, véritable communauté d’espèces végétales et animales.

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World Association of Zoos and Aquarium

Source : Elevage et conservation

Tourner des scènes de films mythiques !

La grande vadrouille

En 1942, un avion de la Royal Air Force est abattu au-dessus de Paris. Ses occupants sautent en parachutes… Peter Cunningham tombe sur l’échafaudage d’Augustin Bouvet, paisible peintre en bâtiment ; Alan MacIntosh atterrit sur le toit de l’Opéra, alors que Stanislas Lefort, chef d’orchestre irascible, est en pleine répétition ; quant à Sir Reginald, il échoue au zoo de Vincennes, dans le bassin des phoques !

Le Père Noël est une ordure

Le Noël des animaux – Le Père Noël est une ordure par Sergent-chef_Cruchot

2 – Les différentes missions revendiquées par les parcs zoologiques

Mission récréative

Divertir les visiteurs en leur offrant un lieu de détente et de loisir.

Partout, les jardins zoologiques attirent les foules. En France, elles seraient une vingtaine de millions à franchir les grilles chaque année. Dans de nombreux pays, la promenade au zoo est l’une des formes de loisir les plus populaires à la fois parce qu’elle concerne un public varié, souvent modeste, et parce qu’elle mobilise plus d’effectifs que la plupart des activités culturelles ou sportives. En Allemagne, les jardins zoologiques sont plus visités que musées, les théâtres et les stades. En France, où le « culturel » tient une place plus importante que dans nombre de nations occidentales, 24% des habitants vont au zoo au moins une fois par an, soit une proportion inférieure à celle des salles de cinéma (49%), des monuments historiques (30 %), des musées (28%), mais supérieures à celles des manifestations sportives (17%), des théâtres (12%), des concerts de variétés ou de musique classique (2% à 12%).

J.M. Bradburne, « Où sont les bêtes sauvages ? Du rôle des jardins zoologiques », Alliage n°7-8, p. 139

C’est en 1793 que le Jardin du Roi fut dénommé Jardin des Plantes par décret de la Convention.
En 1794 la Ménagerie va naître officiellement à l’initiative de Geoffroy Saint-Hilaire (professeur de zoologie au Museum National d’Histoire Naturelle).
L’animalerie sera tout d’abord constituée avec la faune provenant des Ménageries Royales de Versailles et du Raincy (du Duc d’Orléans). On lui adjoint bientôt des animaux de foire montrés dans les rues parisiennes.
C’est actuellement le plus ancien jardin zoologique du monde avec celui de Schönbrunn, encore ouvert au public. Il s’étend sur plus de 5.5 hectares.
La Ménagerie présente au public plus de 900 animaux : 240 mammifères (50 espèces), 400 oiseaux (120 espèces) et 270 reptiles (50 espèces).

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Le jardin des plantes

Les savants du XVIII° siècle s’étaient persuadés qu’une ménagerie était indispensable à la science, Buffon avait caressé l’idée de déménager celle de Versailles et le Jardin du roi étudie depuis longtemps des specimens botaniques vivants.

La mission éducative

Sensibiliser ses visiteurs à la protection de la biodiversité grâce à différents outils pédagogiques (panneaux, ateliers, visites guidées, plaquettes, etc.).
La sensibilisation porte essentiellement sur la découverte des espèces animales ainsi que des menaces auxquelles elles sont confrontées dans la nature (destruction de leurs habitats, braconnage, trafic illégal, etc.).

Pour préparer la sortie au zoo :

Lucie et les animaux
Toujours aussi curieuse, la luciole s’interroge cette fois sur les animaux sauvages que l’on peut observer dans les parcs animaliers. Lucie part alors à la pêche aux informations au milieu des poissons du grand aquarium de Lyon, à la chasse aux réponses chez les animaux de la plaine africaine du parc de la Tête d’Or, et à l’affût d’explications parmi les oiseaux du parc de Villars-les-Dombes. Avec l’aide de quelques experts, notre petite détective va en apprendre beaucoup sur toutes ces espèces – menacées ou non -que chacun travaille à protéger, préserver, et à faire découvrir au grand public.

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Mon premier imagier : les animaux du zoo
Imagier de photographies pour découvrir les principaux animaux du zoo, qui permet aux parents ou aux enseignants de préparer une visite au zoo. Pour chaque photo, des commentaires simples avec un mot clé surligné permettent à l’enfant de s’initier au livre documentaire.

Les loges du zoo : Le zoo de Vincennes (12e) filmé côté coulisses, parmi ses employés et ses pensionnaires de tout poil. Des girafes aux ours, en passant par les singes et les éléphants, la caméra filme la vie quotidienne des animaux et du personnel du Parc zoologique de Paris, soigneurs ou gestionnaires. Leurs propos agrémentent ce reportage, offrant le reflet de leur connaissance et de leur amour des animaux du zoo.

Vous êtes un grand amateur de vie animalière mais les zoos sont loin et ferment à 17 heures … Voir des orangs-outans un mardi soir à 21 heures vaut bien une plongée dans le grand safari de votre bestiaire de rêve. Les webcams animalières sont, elles, toujours en éveil pour vous.
Internet pratique n° 95 a comparé les webcams animalières dans un article « Webcams animalières en pagaille »

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Zoos : histoire des jardins zoologiques en Occident
L’animal sauvage n’a jamais cessé de fasciner les hommes. Afin de nourrir leur passion pour les collections, ils inventèrent les zoos, ces lieux uniques où s’expriment leur désir de dominer la nature pour mieux la connaître. Dans cet ouvrage passionnant et documenté, Eric Baratay et Elisabeth Hardouin-Fugier retracent l’histoire des ménageries et jardins zoologiques en Occident. _

La mission de recherche

La recherche scientifique, fondamentale et appliquée, est essentielle afin d’approfondir les connaissances sur chaque espèce. Les parcs zoologiques se partagent les informations collectées afin de mettre en place des programmes de conservation et d’améliorer les conditions d’hébergement des animaux.
Par exemple, pour lutter contre l’apparition de comportements stéréotypés (traduisant un stress ou un ennui) chez les animaux élevés en captivité, des études sur l’enrichissement du milieu sont menées. L’objectif étant d’offrir des conditions de vie optimales aux pensionnaires. Dans cette optique, la plupart des zoos cherchent à réaliser des enclos présentant des caractéristiques les rapprochant au plus près des milieux d’origine (végétation, relief, eau, qualité des substrats, abri, nid, etc.), afin de permettre aux animaux de s’y sentir à l’aise et d’avoir des comportements quasi naturels, suivant ainsi les normes fixées par les organismes référents comme l’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA)

Les animaux du parc de la Tête d’or

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Cette présentation de l’ensemble des animaux du parc zoologique de Lyon, premier parc en France créé en 1856, montre une biodiversité urbaine où se mélangent les animaux de tous les continents et des animaux plus communs : mammifères, oiseaux, reptiles.

3- Les arguments des opposants aux zoos ?

Le mythe du zoo sauveur des espèces en voie de disparition

Pour alimenter les zoos, des animaux ont été prélevés dans leur milieu naturel provoquant un véritable massacre en règle. L’unique manière de capturer un animal vivant comme l’éléphant, le singe, la girafe, l’hippopotame…est de tuer les mères qui protégent leurs progénitures ou les chefs de troupeau. James Fisher, sous directeur du zoo de Londres, estimait qu’un orang-outang capturé supprime 4 sujets sauvages, dont 3 mères en puissance. Domalain, célèbre marchand d’animaux, évaluait à 10 le nombre des tués pour un animal visible au zoo.
Les longs transports par bateaux des animaux d’Afrique ou d’Asie vers les zoos européens ou américains rajoutaient au carnage, cependant le transport aérien officiel conserve des taux de mortalité très élevés. Selon le rapport de BUAV de 1993 : Entre 1988 et 1991, le taux de mortalité des babouins et les macaques d’Afrique est de 10 % à 37 % ; ceux des Philippines : autour de 10 % ; d’Indonésie : de 18 % à 54 %. En ornithologie, les importations sont énormes : les mois d’août, les volières d’oiseaux exotiques d’Anvers contiennent de 50 000 à 60 000 oiseaux.
Pour pallier au risque de ne plus avoir de stocks d’animaux exotiques, les zoos ont pris conscience, dès le début du XXe siècle, qu’ils devaient mettre en place des programmes de reproduction en captivité donnant l’illusion de leur rôle bienveillant et utilitaire. C’est aujourd’hui le principal argument des zoos et de leurs défenseurs face aux critiques, dans la mesure où elle permet de justifier la captivité.
Malheureusement, les zoos auront toujours besoin d’animaux sauvages pour alimenter leurs stocks car les taux de mortalité des animaux, particulièrement dans les 18 premiers mois de détention reste très élevés depuis des décennies et ceci malgré quelques progrès d’espace chez certains zoos. En effet, selon les données de l’International Zoo Yearbook, regroupées avec celles des zoos de Londres et de Vincennes : en moyenne environ 17 % du « stock total » des animaux meurt chaque année dans les zoos. En clair, il suffirait de cesser le ravitaillement des zoos en animaux pendant 4 ou 6 ans pour les fermer, il ne resterait alors plus que quelques vétérans.
Source : Veganimal info

Les conditions de survie des animaux dans les zoos

Mortalité et espérance de vie des animaux :En moyenne la longévité des animaux n’a pas évolué au fil de l’évolution des zoos. 80% des animaux meurent avant leur première année, car ils ne s’adaptent pas, les 20% restant s’adaptent et arrivent à vivre plus longtemps. Selon l’International Year Book, 17% du stock total des animaux meurent chaque année dans les zoos.

Ne confondons pas reproduction et naissance. La reproduction implique une natalité qui doit l’emporter sur la mortalité et une croissance de nouveaux individus jusqu’à l’âge de se reproduire. Ce n’est pas le cas pour la majorité des espèces captives.

Des études qui le prouvent :

« Ros Clubb et Georgia Mason ont, espèce par espèce, scientifiquement étudié le lien entre ce besoin naturel d’espace et le taux de mortalité infantile affectant les animaux captifs. Ainsi l’ours grizzly, qui comme le renard, se contente de territoires relativement restreints, s’en sort assez bien. En revanche, avec l’éléphant d’Asie, le guépard et surtout l’ours polaire, le confinement en zoo tourne à la cata. L’ours polaire, par exemple, a « besoin » de 60 kilomètres carrés, un million de fois ce qui lui est généralement alloué en captivité. Résultat : une mortalité infantile de 65 % ».
(Le nouvel observateur 9-15 / 10/2003)

Source : Code animal : la détention des animaux dans les zoos

Knut, le bébé ours star à Berlin par basileblog

Les animaux dans les zoos ont rarement la chance de voir débarquer une équipe de tournage qui rompt la monotonie de leur quotidien.

« Plus que le manque de confort, c’est l’ennui qui transforme la vie des animaux en zoo en pur cauchemar. Dans la nature, les bêtes consacrent l’essentiel de leur temps à chercher de la nourriture. Comme le reste de la création poursuit le même but, ces mêmes bêtes vivent dans un état de perpétuelle attention, pour éviter de se faire manger, tout simplement. Une branche qui craque, une odeur apportée par le vent, un bruit bizarre les alerte : ami ? Ennemi ? Il faut savoir et vite. Leur vie est une perpétuelle montée d’adrénaline. (….) Dans la nature, rien n’est indifférent. Dans un zoo, des soigneurs préparent des nourritures délicieuses et équilibrées. Aucun assassin ne menace personne. Il n’y a qu’à se laisser vivre. Les ongulés, cerfs, dromadaires et autres mouflons dont la palette d’intérêts est assez réduite s’y font tout à fait. Les singes qui vivent en groupes aussi : leurs mode de relation crée perpétuellement l’évènement. Mais les bêtes au tempérament plus inventif ne sont pas faits pour la paresse. Sans le stress, l’excitation engendrée par le monde sauvage, elles s’ennuient. Les ours tournent en rond, les éléphants se balancent d’une patte sur l’autre, les tigres arpentent leur plateau, les lions lèchent leurs barreaux. Comme il n’y a rien à faire, on invente quelque chose quand même, gestes idiots et inutiles pour que ce monde du rien soit un peu moins vide. Ces comportements répétitifs à l’infini s’appellent stéréotypes ».

Source : Les animaux du zoo meurent d’ennui

Knut, l’ours polaire du zoo de Berlin est mort en mars 2011.
L’association de défense des animaux, Peta, a fait savoir qu’elle avait demandé « plusieurs fois au zoo de déplacer Knut » de son enclos, rapporte 7sur7.be. L’association affirme que « tout le monde savait qu’il était soumis à un stress énorme. Sa mort prématurée aurait pu être évitée ».
Habituellement, un ours polaire a une espérance de vie d’une trentaine d’années, explique Michel Louis, directeur du zoo d’Amnéville (Moselle) dans Le Parisien.

Pour finir, Zoo, un film de Frédérick Wiseman

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Les rapports de l’homme à l’animal observés, de chaque côté des barreaux, des cages, au grand zoo de Miami : un vrai questionnement sur les finalités d’un zoo, sur l’enfermement, sur la bestialité et ses représentations, et sur la prétendue supériorité de l’espèce humaine…

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