Energie nucléaire : le grand retour ?

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Si l’on a cru à la fin prochaine de l’ère nucléaire, on se trompait sans doute… Et pourtant il fut un temps, pas si lointain, où cette source d’énergie n’était plus au goût du jour. L’histoire de l’énergie nucléaire, aux applications d’abord militaires puis civiles, a été marquée par des évènements sombres et inquiétants (les effets dévastateurs de la bombe atomique, les retombées radioactives des essais nucléaires, les accidents des centrales nucléaires de Three Miles Island, de Tchernobyl …). Sous la pression d’une opinion publique de plus en plus réticente, les gouvernements ont dû ralentir son développement, pourtant fulgurant à ses débuts. A l’exception de la France, du Japon et de la Russie, de nombreux pays ont freiné, voire stoppé, leur avancée sur la voie du nucléaire (Etats-Unis, Suède, Autriche) au cours des années 80-90. Mais voilà qu’aujourd’hui, son retour est annoncé à grands renforts médiatiques et pédagogiques… Alors est-ce pour le pire ou le meilleur ?

ÉTAT DES LIEUX

- La réalité nucléaire en quelques chiffres

- L’annonce d’un renouveau

L’ENERGIE NUCLEAIRE EN QUESTIONS

- La radioactivité : quels effets ?

- Les centrales nucléaires : quelle sûreté ?




[actu]ÉTAT DES LIEUX[actu]

Face au développement de la Chine et de l’Inde notamment, la demande énergétique est en pleine croissance. Sa consommation dans le monde a déjà décuplé au cours du XXème siècle. Le charbon, le pétrole et le gaz assurent actuellement les 2/3 de la production énergétique mais sont à l’origine des gaz à effet de serre jugés principaux responsables du réchauffement climatique. A cela s’ajoute une flambée exceptionnelle des prix du pétrole et du gaz.

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Ed. Belin, 2007

Dans son livre L’énergie à l’heure des choix, Pierre Papon (scientifique reconnu) examine les divers scénarios énergétiques à l’horizon 2050 d’un point de vue économique, géopolitique, technique et environnemental.

Au cœur de ce débat, l’énergie nucléaire suscite un regain d’intérêt.



[actu]La réalité nucléaire en quelques chiffres[actu]

Le nucléaire fait figure « d’énergie rare », avec une contribution à la production mondiale d’énergie de 6 % seulement. Il se classe en bon dernier, après l’hydroélectricité et les énergies renouvelables, qui fournissent 7 % du total.

L’énergie nucléaire fournit 8 % de l’énergie consommée aux Etats-Unis, 14 % en Europe et 38 % en France. En Asie, elle est utilisée principalement au Japon (14 % de l’énergie consommée), en Corée du Sud (13 %) et à Taiwan (10 %) et fournit 1,4 % de l’énergie consommée en Inde, 0,9 % au Pakistan, 0,6 % en Chine, 2,4 % en Argentine et 1,9 % au Brésil.

L’Europe et l’ex-Union soviétique produisent 46 % de l’énergie nucléaire mondiale, l’Amérique du Nord 33,6 %. L’Europe communautaire apparaît donc comme la zone la plus « nucléarisée » du monde. Cela s’explique par son haut niveau de développement économique et technologique mais également par sa pauvreté relative en énergies fossiles.

La fourniture mondiale d’électricité est assurée presque aux deux tiers par des centrales thermiques classiques, qui fonctionnent au charbon (39 %), au pétrole (10 %) ou au gaz naturel (15 %). L’électronucléaire n’y contribue qu’à hauteur de 17 %. L’hydroélectricité et les énergies renouvelables à hauteur de 19 %. Faisant exception, la France avec ses 58 réacteurs répartis sur 19 sites produit 86.6 % de son électricité grâce au nucléaire.

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Réacteurs nucléaires en France


Le Conseil Mondial de l’énergie annonce un doublement de la capacité de production d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2020. L’International Atomic Energy Agency (IAEA) prévoit, quant à elle, une hausse de la production d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2030 de 25 % (projection la plus basse) ou de 93 % (projection la plus haute).

L’édition 2007 de la publication Données sur l’énergie nucléaire, réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), offre un aperçu complet et facile à consulter de la situation et des tendances de chacun des pays membres dans le secteur électronucléaire (les projections portant jusqu’en 2010).



[actu] L’annonce d’un renouveau[actu]

La volonté politique actuelle est de maintenir et développer l’électricité nucléaire en France et à l’étranger.

D’après l’IAEA, la croissance de la capacité énergétique nucléaire chinoise et indienne va augmenter de 6 à 10 fois ces 20 prochaines années. Aux États-Unis la construction d’une centrale nucléaire, la première depuis 30 ans, a été dernièrement décidée. Au niveau européen, l’Italie vient d’annoncer un programme de relance du nucléaire. Les exemples d’un sursaut nucléaire sont encore nombreux (Royaume-Uni, Vietnam, Suisse…). On assiste également au développement de nouvelles générations de réacteurs présentés comme plus sûrs et plus propres. Ouvrant la voie, la Finlande a ainsi opté pour la construction d’un réacteur EPR de troisième génération, avant même la France qui prévoit d’achever (malgré les difficultés actuellement rencontrées) le sien en 2012 à Flamanville (Manche). La France s’est également lancée dans la réalisation d’un prototype de réacteur de 4ème génération. Les Etats-Unis, l’Union Européenne, la Russie, le Japon, la Chine et la Corée du Sud sont par ailleurs réunis autour du projet ITER, programme d’étude à long terme de la fusion contrôléé.

Les pays refusant d’investir dans le secteur nucléaire, comme l’Allemagne et l’Autriche, se font de plus en plus rares.

Longtemps cible des écologistes, le nucléaire est aujourd’hui promu au rang d' »énergie verte ». Il nous est désormais présenté comme une source d’énergie propre, sûre et économiquement concurrentielle. Pour asseoir une telle affirmation, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) dans sa Revue générale nucléaire avance les arguments suivants : l’énergie nucléaire ne produit pas de CO2 ; le coût d’un KWh d’électricité produite par un réacteur nucléaire est de 2.84 centimes d’euros (démantèlement des centrales compris) ; le contenu énergétique d’un gramme d’uranium 235 est équivalent à celui d’1.6 tonnes de pétrole et de 2.4 tonnes de charbon…

Mais qu’en est-il vraiment ? Dans cette compétition entre sources fossiles d’énergie chimique (charbon, pétrole, gaz…) et sources renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, géothermie…), le nucléaire a-t-il vraiment sa place ?

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Ed. Le Pommier, 2003


L’énergie nucléaire a-t-elle un avenir ? répond aux questions techniques et économiques que posent ce renouveau du nucléaire. Son auteur, Hervé Nifenecker -ingénieur et docteur es sciences- est actuellement conseiller scientifique à l’Institut des sciences nucléaires (ISN) de Grenoble. Président du collectif « Sauvons le climat » créé en 2004, il participe au débat citoyen sur l’EPR et les déchets nucléaires et a organisé le pré-Grenelle de l’environnement qui s’est tenu en octobre 2007 au Sénat.



[actu]L’ENERGIE NUCLEAIRE EN QUESTIONS[actu]

À l’heure où les questions de protection de l’environnement et d’épuisement des ressources sont dans toutes les bouches, ce « réveil nucléaire » fait évidemment débat. Les questions liées au risque nucléaire (accidents, déchets radioactifs…), sources d’inquiétude, sont présentes dans tous les esprits.

L’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN), dans son rapport Société et énergie nucléaire : vers une meilleure compréhension, souligne qu’il est « d’une grande importance de mieux comprendre comment la société civile perçoit la technologie nucléaire et ses risques et comment mettre en place des mécanismes de communication entre toutes les parties prenantes visant à bâtir un cadre décisionnel consensuel ».

Pour mettre fin à une politique jugée opaque et responsable de l’hostilité de la population à l’égard du nucléaire, les pouvoirs publics français ont adopté la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire dite loi TSN. Ce texte vise la mise en oeuvre dans le domaine du nucléaire des principes environnementaux applicables aux autres secteurs d’activité : principe de précaution, principe pollueur-payeur, principe d’information du public. Un « Haut-Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire », créé à cette occasion en tant qu’instance de débat et de concertation, est chargé de contribuer à l’information du public sur les activités nucléaires. Il peut être saisi, pour avis, sur toute question importante concernant la sûreté nucléaire et la radioprotection ainsi que leur contrôle et l’information qui s’y rapporte.

Selon le rapport de la Commission européenne de 2006 intitulé Attitudes au sujet de l’énergie, seulement 12 % des européens se prononcent en faveur du nucléaire.

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Attitudes au sujet de l’énergie




[actu]La radioactivité : quels effets ?[actu]

Découverte par Henri Becquerel en 1896, la radioactivité existe à l’état naturel depuis 15 milliards d’années. A l’état artificiel, elle est utilisée à des fins militaires, industrielles et médicales. Au service de la médecine, la radioactivité peut pourtant présenter des effets nocifs sur la santé humaine.



[actu]Du phénomène à ses applications[actu]

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Ed. Vuibert, 2006

Pour connaître le phénomène physique à l’origine de la radioactivité et les différentes applications qui en sont faites, l’Histoire de la radioactivité : l’évolution d’un concept et de toutes ses applications de René Bimbot, agrégé de physique et docteur es sciences, synthétise tout le savoir sur ce sujet. Ce livre, abondamment illustré, est présenté en termes accessibles à tous.



[actu]Sa dangerosité[actu]

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Phénomène complexe et mystérieux, la radioactivité présente un danger pour l’homme. L’exposition à des rayonnements ionisants peut causer des dommages corporels importants, dont la gravité dépendrait de la durée d’exposition.

Mais tout le monde ne s’accorde pas sur la réalité du risque radioactif.

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Ed. Le Pommier, 2002

Selon Jean-Marc Cavedon (Directeur du département Énergie nucléaire et sûreté de l’Institut Paul Scherrer en Suisse) et son livre La Radioactivité est-elle réellement dangereuse ?, le degré nocif de la radioactivité serait exagéré. Surtout si l’on prend en compte la gestion des risques aujourd’hui mise au point. De façon très succinte, il s’interroge. Où trouve-t-on le plus de radioactivité ? Quels en sont les effets sur l’organisme ? Que risque-t-on à habiter près d’une centrale, à enfouir les déchets nucléaires ? Et comment agir pour réduire le risque ?

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Ed. Actes Sud, 2006

Dans son ouvrage Atomic Park : à la recherche des victimes du nucléaire, Jean-Philippe Desbordes, journaliste qui a déjà réalisé de nombreux documentaires sur cette question pour les télévisions publiques, retrace 10 ans d’enquête sur le nucléaire civil et ses victimes.


[actu]Les centrales nucléaires : quelle sûreté ?[actu]

L’homme sait utiliser l’énergie dégagée par la radioactivité pour produire de l’électricité. Avec ses centrales nucléaires, énormes bâtiments auxquels on reproche souvent de gâcher le paysage, il copie la nature et dit maîtriser les risques.

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Ed. Le Pommier, 2004

Qu’y a-t-il dans un réacteur nucléaire ? Comment est-il construit ? Que produit-il ? De quelle façon ? Le fait-il en toute sûreté ? L’édition Le pommier, dans sa collection Les petites pommes du savoir, propose pour répondre à ses questions, Qu’y a-t-il dans un réacteur nucléaire ? un livre de Jean-Marc Cavedon.

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Ed. EDP Sciences, 2007

Conçu pour les étudiants en Génie atomique mais abordable par toute personne curieuse de mieux connaître l’histoire énergétique française, L’épopée de l’énergie nucléaire. Une Histoire scientifique et industrielle de Paul Reuss présente le développement de l’énergie nucléaire en France depuis l’origine jusqu’à nos jours. Polytechnicien et docteur es sciences physiques, Paul Reuss est professeur émérite à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN).

« Jouant avec le feu », l’industrie nucléaire ne connaît pas le risque zéro. Défaillance du système de secours, fuite, erreur de manipulation, incendie, tremblement de terre… Nombreuses sont les causes d’accidents. Autres points noirs : les déchets nucléaires et le démantèlement des centrales.

La sûreté nucléaire, ensemble de dispositifs techniques de prévention des accidents s’appliquant à toutes les étapes du processus (de la conception au démantèlement des centrales en passant par le transport et le stockage des substances radioactives) est là pour garantir la sécurité. L’Autorité de sûreté nucléaire a ainsi pour mission d’assurer, au nom de l’Etat, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France. Elle vient de publier son rapport annuel sur l’Etat de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France.



[actu]Les accidents nucléaires[actu]

Encore récemment, un accident a touché une centrale nucléaire à Krsko en Slovénie. Jugé « sans danger pour l’environnement et la population » par le responsable de la sécurité nucléaire slovène, le système d’urgence européen d’information sur la radioactivité « Ecurie » a déclenché l’alerte européenne. Créé en 1987, après la catastrophe de Tchernobyl, Ecurie permet de communiquer en cas « d’accident nucléaire majeur ou d’urgence radioactive ». Cet évènement soulève encore une fois la question des conséquences sanitaires et environnementales engendrées en cas d’accidents nucléaires.

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Ed. Le Pommier, 2004

Dans son ouvrage, Que doit-on craindre d’un accident nucléaire ?, le radiobiologiste et chercheur en toxicologie, Roland Masse, ancien Président de l’OPRI (Office de Protection contre les Rayonnements ionisants), défend dans un format court la thèse d’une exagération des effets toxiques de la radioactivité et minimise les dangers causés par un accident nucléaire.

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Ed. Presses de Sciences Po, 2003

Le risque nucléaire de Marie-Hélène Labbé, Docteur d’Etat en Sciences Politiques et spécialiste des questions de prolifération et d’énergie nucléaires, propose une étude plus approfondie et plus objective sur ce sujet mêlant données techniques, sociologiques, politiques et historiques.



[actu]Le démantèlement des centrales[actu]

La durée de vie d’une centrale étant estimée à 35/40 ans, on assiste aujourd’hui aux premiers démantèlements. En France, plus d’une trentaine d’installations nucléaires sont actuellement en phase de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement impliquant une série d’opérations d’assainissement et de démontage où les risques de contamination radioactive ne sont évidemment pas absents.

Les autorités en charge de telles opérations affichent pourtant une grande confiance et souhaitent rassurer la population par un effort de communication et de transparence.

Le Comité à l’énergie atomique (CEA), dont les actions d’assainissement et de démantèlement constituent aujourd’hui un des impératifs de sa politique, propose un dossier complet pour mieux comprendre le processus et les étapes du démantèlement.

Dans une perspective identique, l’ASN propose un dossier consacré au démantèlement des installations nucléaires en France. Elle organise actuellement et ce, jusqu’au 31 mai 2008 une consultation des principales parties prenantes sur sa politique en matière de démantèlement et de déclassement des installations nucléaires de base en France.

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La volonté politique actuelle prônant une plus grande implication de la société civile, le Réseau Sortir du nucléaire demande un débat public au sujet du démantèlement des installations nucléaires. Agréée Association pour la protection de l’environnement, Sortir du Nucléaire, se bat pour obtenir l’abandon du nucléaire en France en favorisant notamment la maîtrise de l’énergie et le développement d’autres moyens de production électrique. Il publie une revue trimestrielle.

Il existe également des rapports officiels faisant état des premières expériences menées en matière de démontage de centrales nucléaires ainsi que des recherches en matière de stockage des déchets radioactifs. L’OCDE a ainsi publié en 2003 le rapport Démantèlement des centrales nucléaires : Politiques, stratégies et coûts et la Cour des Comptes a également rendu un rapport en 2005 sur Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs.



[actu]Les déchets radioactifs[actu]

Indissociable de la question du démantèlement, celle de la gestion des déchets nucléaires est également posée. Même après traitements et autres opérations physico-chimiques, ces déchets restent radioactifs durant des milliers d’années et leur volume ne cesse d’augmenter.

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Ed. Dunod, 2006

Stéphane Gin, qui dirige le Laboratoire d’étude du comportement à long terme des matériaux de conditionnement au CAE, s’interroge dans son livre Les déchets nucléaires quel avenir ? sur la réalité du déchet nucléaire (quantité produite, gestion et coût du traitement…). Assez technique, ce livre nécessite quelques connaissances préalables.

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Ed. Vuibert, 2004

En France, c’est l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (l’ANDRA) qui est chargée de leur gestion à long terme. Elle a publié un ouvrage Y a-t-il une éthique de la gestion des déchets radioactifs ? qui propose une vision pluridisciplinaire associant chercheurs, sociologues, écrivains, scientifiques, sur la perception des déchets radioactifs dans notre société.

A VOIR EN CE MOMENT

Du 18 juin au 17 juillet 2008, la mairie du 8ème arrondissement présente l’exposition “Nucléaire et société, de la connaissance au contrôle”. Conçue et réalisée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), cette exposition itinérante qui s’arrête donc aujourd’hui à Lyon aborde la question des risques liés à l’utilisation du nucléaire et à celle de leur maîtrise. Des conférences sont également proposées.

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