Cerveau d’homme, cerveau de femme : différent ou semblable ?

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - Modifié le 08/03/2018 par Sabine Cap'Culture Santé

Le cerveau des femmes serait-il différent de celui des hommes ? Souvent l'objet de stéréotypes, les capacités cognitives des femmes et des hommes ont pourtant fait l'objet d'études sérieuses. On voit cependant dans les médias, numériques ou papiers, régulièrement revenir des clichés comme le manque d'orientation des femmes, la capacité à faire deux choses à fois, la facilité masculine pour les mathématiques. Qu'en est-il vraiment ? C'est ce que nous allons tenter de vous faire découvrir...

cerveau
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En dehors de la programmation hormonale, pas de différence entre un cerveau masculin ou féminin

D’après Catherine Vidal, ainsi qu’un certain nombre de chercheurs en neurosciences, il n’existe pas de différence entre un cerveau d’homme et un cerveau de femme en dehors de la programmation hormonale.

Des études ont montré qu’ « il n’existe pas de différence anatomique entre les cerveaux des fœtus filles et garçons. Les gènes qui permettent de construire les hémisphères cérébraux, le cervelet et le tronc cérébral sont en effet indépendants des chromosomes X et Y. Le schéma structurel est donc exactement le même. Également, on ne trouve aucune différence entre les cerveaux des bébés filles et des bébés garçons concernant toutes les autres fonctions du cerveau, qu’elles soient cognitives – telles que l’intelligence, la mémoire, l’attention, le raisonnement – ou sensorielles, comme la vision ou l’audition. C’est ce qui se passe après la naissance qui compte le plus. Les interactions de l’enfant avec son environnement social, affectif, culturel vont en effet jouer un rôle majeur dans la construction du cerveau. »

La seule différence concerne les  hormones et leurs impacts, elles sont mentionnées dans un article du Monde :

« La seule différence que l’on peut relever concerne le contrôle des fonctions physiologiques de la reproduction. Les ovaires et les testicules, qui sont formés dès la huitième semaine de grossesse, produisent en effet une hormone différente chez le fœtus féminin et chez le fœtus masculin : respectivement la FSH (hormone folliculo-stimulante) et la testostérone. Il a été démontré que la testostérone produite pendant la vie fœtale influence une partie du cerveau, l’hypothalamus, qui va fonctionner différemment chez les filles et les garçons. A la puberté, des neurones vont ainsi s’activer chaque mois dans l’hypothalamus des jeunes filles pour déclencher l’ovulation. Une activité absente du cerveau masculin.« 

Mêmes données brutes mais interprétation différente

Avec beaucoup d’humour, le mathématicien et psychologue français spécialisé en sciences cognitives, Nicolas Gauvrit s’amuse des différentes conclusions autour des études sur les différences entre cerveau d’homme et de femme.

« J’ai souvent constaté que les différentes études présentées comme contradictoires reposaient en fait sur les mêmes données brutes. C’est le traitement statistique et l’interprétation qu’on en fait qui diffèrent. » Certains auteurs diront : « Il existe des différences bien établies entre les cerveaux masculins et féminins, mais elles sont vraies en moyenne seulement, localisées et souvent faibles » ; et d’autres : « Il n’existe aucune différence entre les cerveaux masculins et féminins, à part quelques-unes vraies seulement en moyenne, localisées et souvent faibles ».

Cela ne facilite vraiment pas les explications à donner autour de ce thème !

Les scientifiques s’interrogent et s’inquiètent de l’instrumentalisation de ses résultats. En effet, certaines études vont montrer que les hommes « spacialisent » mieux les formes dans l’espace, alors que les femmes sont meilleures en langage et en émotions, mais tout ceci est seulement une moyenne. Ce n’est pas vrai pour tout le monde. On pourrait cependant imaginer des recruteurs, ou voire même la société, contraindre hommes et femmes à des tâches spécialisées en fonction de leur aptitude cérébrale uniquement. Et on tombe ainsi dans le monde merveilleux du film « Bienvenue à Gattaca » ou du livre « 1984» d’Orwell. Alors que la société a déjà bien du mal à tendre vers une certaine égalité de traitement entre les sexes.

Gare aux abus : tout est affaire de moyenne

Ces mises en garde se retrouvent dans une autre étude scientifique intéressante de 2013 : 949 participants et participantes à une étude sur le cerveau ont effectué des scans et participé à des tests de comportements. Les résultats des scans montrent, qu’en moyenne, les cerveaux homme et les cerveaux femme ne réagissent pas de la même manière. Ils sont « câblés » différemment. Ces scans se retrouvent corrélés aux tests de comportement. En moyenne, les résultats se rejoignent pour montrer des différences. L’auteur de l’article sur cette étude, Sebastien Bohler, trouve les résultats intéressants mais met en garde contre des interprétations abusives et trop rapides. Ce sont des effets de moyennes qui ne peuvent être rapportées à l’ensemble d’une population.

 

Concernant la taille du cerveau, plusieurs études montrent que le cerveau des hommes est, en moyenne, 10% plus gros que celui des femmes – mais, rapporté à la taille moyenne du corps, cet écart disparaît.

 

En ce qui concerne la forme du cerveau, seriez-vous capable de déterminer, avec l’image ci-dessous, si c’est un cerveau d’homme ou de femme ?

 

http://s2.lemde.fr/image/2013/05/09/534x267/3174571_3_7663_imagerie-cerebrale-par-irm-fonctionnelle_5bc799176c4fd785902a34ee27e67bb3.jpg

 

Vous constatez qu’ils sont tous différents ! Rassurez-vous, tous les scientifiques sont unanimes sur cette question. La morphologie du cerveau est unique pour chaque individu.

 

Concernant les clichés sur les hommes et les femmes, les articles ci-dessous sont très clairs :
Non, les hommes n’ont pas un meilleur sens de l’orientation que les femmes
Est-il vrai que les hommes sont incapables de faire deux choses à la fois ?
Le secret de notre cerveau multitâche enfin révélé
La région du cerveau dédiée à la sensibilité est-elle vraiment plus grande chez les femmes que chez les hommes ? Une vaste étude américaine s’est penchée sur cette croyance populaire

 

Pour remettre en perspective la problématique autour des différences entre cerveau homme et cerveau femme,  voici l’introduction du livre Nos cerveaux, tous pareils, tous différents ! de Catherine Vidal :

« l’homme est une machine si complexe que souvent on ne s’y retrouve plus. Surtout si cet homme est une femme. »
Dotoïevski, l’adolescent (1875)

Nous les êtres humains, femmes et hommes, avons tous des personnalités et des façons de penser différentes. Mais d’où viennent ces différences ? De nos gènes ou de l’influence de l’environnement dans lequel nous vivons ? Autrement dit, nos différences sont-elles innées ou sont-elles acquises ? Quelle est la part de la biologie et quelle est celle de la société et de la culture dans la construction de nos identités ? Ces questions sont l’objet de débats passionnés depuis des siècles. Toutes les disciplines s’en mêlent, de la philosophie à la biologie, en passant par les sciences sociales, l’anthropologie, la théologie, l’histoire… Différents points de vue, souvent divergents, ont longtemps opposé les partisans de la nature à ceux de la culture.

Il serait tentant de croire qu’avec les progrès des connaissances, tant en biologie, qu’en sociologie, les arguments se clarifient, les débats s’apaisent. Il n’en est rien. Les polémiques sur les différences entre les sexes et la fameuse théorie du « genre », qui occupent l’espace public depuis 2011, l’attestent. Le clivage est toujours bien présent entre ceux qui proclament que femmes et hommes sont par nature différents et ceux qui avancent qu’on ne naît pas femme ou homme, mais qu’on le devient.

On pourrait espérer qu’au moins dans le monde de la biologie et des sciences du cerveau, un consensus émerge. Mais là aussi, les scientifiques ne sont pas d’accord. Les uns, défenseurs d’un déterminisme biologique inné, soutiennent que les cerveaux des filles et des garçons seraient câblés différemment depuis la naissance sous l’influence des gènes et des hormones. Les autres, partisans de l’acquis, font valoir les découvertes récentes sur la « plasticité cérébrale » qui montrent que le cerveau se construit en fonction des expériences vécues, et que rien n’est à jamais figé dans les neurones. »

Question, Questions, L'Homme, Tête, Succès, Lampe

Pour aller plus loin

Deux précédentes réponses du Guichet du savoir,  le service de questions/réponses de la bibliothèque de Lyon, autour de cette question :
Raisonnements sexués: banalité fausse ?
La guerre des sexes de 2015

Quelques lectures intéressantes  :

Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? / Catherine Vidal
Le sexe du cerveau / Jean-Albert Meynard
Mon cerveau a-t-il un sexe ? / un film de Laure Delesalle
Cerveau, sexe & pouvoir / Catherine Vidal, Dorothée Benoit-Browaeys
Nos cerveaux, tous pareils tous différents ! : le sexe du cerveau : au-delà des préjugés / Catherine Vidal

 

Et, pour terminer, quelques vidéos sur le sujet  :

Conférence sur le Cerveau, sexe et liberté par Catherine Vidal, chercheuse en neurosciences :

Débat autour du thème : Le cerveau a-t-il un sexe ? Forum Européen de Bioéthique : Quelles sont les différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes ? Une question âprement débattue dans l’histoire des sciences. Les deux auraient certes des spécificités, mais seules l’éducation et l’expérience de chacun les modèlent. Soit ! Avec Catherine Vidal, Gabriel André, Dorothée Browaeys, Jean-Richard Freymann, Grand Rabbin René Gutman, Alain Beretz.

Le cerveau a-t-il un sexe ? Franck RAMUS, chercheur en développement cognitif

Catherine Vidal – Le cerveau a-t-il un sexe ?

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3 thoughts on “Cerveau d’homme, cerveau de femme : différent ou semblable ?”

  1. Odile Fillod dit :

    Ce billet contient malheureusement beaucoup d’inexactitudes. Je trouve en particulier regrettable que vous citiez l’étude publiée fin 2013, censée selon vous avoir montré « qu’en moyenne, les cerveaux homme et les cerveaux femme ne réagissent pas de la même manière » alors qu’il n’en est rien, et que vous renvoyiez en outre à l’article de Sébastien Bohler censé mettre en garde « contre des interprétations abusives et trop rapides » de cette étude, alors que c’est précisément ce à quoi il s’était livré dans son article. Au sujet de cette étude et de sa vulgarisation désastreuse, voir http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2014/02/22/connectome-stereotypes-genre/.

  2. Odile Fillod dit :

    Je me permets également de suggérer le visionnage de cette vidéo pour aller plus loin sur ce sujet : https://uptv.univ-poitiers.fr/program/amphis-du-savoir-2018/video/46494/mirages-de-la-biologie-du-genre-psychologique/index.html

  3. moreau dit :

    Comme toujours, les femmes qui réfléchissent sur ces sujets veulent nier toutes différences… comme si c’était nécessairement au désavantage des femmes ! C’est étrange… De plus, des arguments comme : attention ! ce ne sont que des moyennes… comme si les moyennes n’étaient pas significatives ?! Bien entendu, il y a des distributions de fréquence, des écarts par rapport à la moyenne, personne ne le nie. Bref, l’idéologie se niche partout, y compris chez les scientifiques… hiere la part des hommes, aujourd’hui de la part des femmes. La doxa ambiante aidant…

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