Panorama

Jazz à Lyon

- temps de lecture approximatif de 33 minutes 33 min - Modifié le 14/04/2017 par Alfons Col

Le 30 avril prochain, aura lieu l'International Jazz Day, évènement mondial créé par l'UNESCO pour célébrer une musique vectrice de paix. Sous le parrainage de Herbie Hancock, les festivités ont lieu cette année à Istanbul. Mais chaque ville peut y participer en proposant ses animations autour du jazz. La scène lyonnaise (clubs, associations, collectifs...) a décidé de participer elle aussi à cette grande fête. A l'initiative de Jazz à Vienne, une vingtaine de lieux proposeront plusieurs manifestations ce jour là.

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Vous pouvez retrouver le détail de ces manifestations sur le site Jazz day Lyon.

Affiche Jazz Day Lyon

A notre échelle nous célébrons l’évènement en vous proposant un rétrospectif historique du jazz à Lyon à travers le prisme de nos collections (disques, livres et vidéos). Cet article s’accompagnera d’une exposition en salle Musique de l’ensemble de nos documents en lien avec le jazz à Lyon.

SOMMAIRE :

- §La Bande du Hot§
- §La Nébuleuse ARFI§
- §Le Jazz à l’école§
- §Diverses formes de jazz§
- §Les expériences Jazz rock jazz funk et jazz core§
- §Les Francs tireurs : personnalités inclassables§

§ La Bande du HOT §

Tout aurait commencé en 1947, aux Beaux-Arts de Lyon, où deux étudiants férus de peinture comme de jazz ont scellé une amitié indéfectible, à l’origine d’une grande aventure musicale. Raoul Bruckert saxophoniste et clarinettiste et Jean Janoir guitariste forment d’abord le quartet des Bôzarts avec le contrebassiste Gilbert Armand et le batteur Jean Loup. Le quartet (quintet quand ils trouvent un pianiste à leur convenance) va être le ciment musical du Hot Club de Lyon.
En 1948, douze ans après son grand frère parisien et après quelques autres expériences avortées, le Hot Club de Lyon naîtra à l’initiative d’Henri Devay, Henri Gautier et Raoul Bruckert.


Mais contrairement au Hot Club de France qui connut une guerre fratricide entre les Panassié et les Delaunay, le club lyonnais accueillera toutes les esthétiques du jazz jusqu’aux expériences les plus radicales du free. Jean Janoir quittera le club une dizaine d’années plus tard, pour s’adonner à sa première passion, la peinture.
Quant à Raoul Bruckert, il restera l’âme du Hot Club jusqu’à sa mort en 2006 et sera le fil conducteur de toutes les générations de jazzmen, jouant avec plusieurs formations (les Seven Brothers, le Raoul Bruckert Quartet ou les Happy Cookies…).

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Photo Georges Vermard

D’abord situé rue Bellecordière, le Hot Club changera plusieurs fois de lieu au gré des fermetures administratives, inondations et autres changements de propriétaires. De la rue de la Fromagerie à la rue de l’Arbre Sec (70’s : âge d’or du club) pour finir rue Lanterne autant de lieux qui ont marqué des générations de musiciens et d’amateurs de jazz à Lyon.
Bien que se revendiquant comme « club amateur », le Hot Club a vu passer dans ses murs, nombre de musiciens nationaux et internationaux de passage dans la capitale des Gaules tapant le bœuf jusqu’à l’aube avec les musiciens du cru. De mémoire de fidèles, on y a vu entre autres Boris Vian, Duke Ellington (président d’honneur), Chet Baker, Art Blakey, Oscar Peterson, Kenny Burrell ou Jimmy Smith.

Les quelques archives compilées par les aficionados du lieu ainsi que leurs témoignages (de plus en plus rares) constituent la mémoire de cette aventure de plus de 60 ans.

D’où l’indispensable et magnifique travail que représente le film Histoire(s) de jazz : le Hot Club de Lyon (2010) d’ Emilie Souillot qui a su retranscrire les mémoires de ce lieu de légende.


De ses innombrables sessions de jazz vivant, peu de traces discographiques restent en notre possession.

- Jazz à L’INSA (1963)
Ce concert enregistré en mars 1963 au Club de Jazz de l’INSA a donné lieu à un disque édité sur le prolifique label lyonnais JBP. On y entend quatre formations de l’époque dont le Raoul Bruckert quartet reprenant des compositions de Charlie Parker et Stan Getz ainsi que le trio d’ Albert Ravouna, pianiste du Quintette du Hot Club de Lyon. Ce disque fait parti du fonds local Musique de la BM de Lyon et il est écoutable sur demande en salle Musique.

- Happy Cookies Lmtd : New Orleans

Formation de Raoul Bruckert, ce sextet rend hommage au jazz new orléanais. Cet enregistrement constitue l’un des rares témoignages sonores du groupe phare du Hot Club dans les années 1960.

- Flagada Stompers : South (1983)

Le contrebassiste Jacky Boyadjian, fidèle du Hot Club depuis une cinquantaine d’années, a formé en 1966 avec des étudiants de l’INSA, les Flagada Stompers, petite formation défendant le jazz traditionnel (Dixieland). Cette formation (plus ancien groupe lyonnais encore en activité) est connue mondialement dans les festivals de Jazz « New Orleans ». Jacky Boyadjian dirigera par la suite un orchestre de 17 musiciens les Happy Stompers, big band au répertoire swing. Les deux formations sont régulièrement invitées au Hot Club.

- Captain Flapscat : Une petite laitue (1987)
(disque du fonds local écoutable sur demande en salle Musique)


Enregistré au feu Caveau Jazz de Saint Fons en juin 1987, cet enregistrement du Captain Flapscat Band représente assez fidèlement ce que vous pourriez entendre d’eux le 21 mai prochain au Hot Club. S’inspirant du côté burlesque et nonchalant de beaucoup d’orchestres de jazz des années 20-30, ce sextet amené par le trompettiste Phil Harbonnier, est un groupe qui compte sur la scène lyonnaise.
Il fait parti d’une confrérie plus importante, les Gabinets regroupant plusieurs formations de jazz amateurs, tel que les Tontons Swingueurs, What’s Up Docs ou Sweet Mary Cat orchestre formé en 1984 dont le “Concert at the Hot club de Lyon” sera bientôt disponible à l’écoute en salle Musique.

Jean-Louis Billoud, président du Hot Club dans les années 1970 et contrebassiste, compositeur, arrangeur, est lui aussi un fidèle du lieu qu’il fréquente depuis le milieu des années 1950. Diplômé du CNSM et de plusieurs écoles américaines de jazz, il travaille aussi bien avec des musiciens américains que français. En 1980 il forme l’Equinox jazz group, formation à géométrie variable (quartet, quintet, septet) qui lui permet autant de s’adonner à sa passion de l’arrangement qu’au jeu de contrebasse.
La Bibliothèque Municipale de Lyon possède l’intégrale de la discographie de ce grand musicien en écoute sur place. Voici une selection de sa prolifique carrière :

- Equinox Jazz Quintet : The forger (1982), hommage à John Coltrane

- Equinox Jazz Quintet : Last song of the day (1984)

- Equinox Jazz Quintet : Five aces (1985) pour sa carrière américaine

- Equinox Jazz Group : The Right stuff (1991)

Mais c’est aussi le Hot Club de Lyon qui a vu naître l’école lyonnaise de la nouvelle musique improvisée, en encourageant les musiciens les plus free (Free Jazz Workshop, Louis Sclavis) et en organisant les concerts des musiciens de l’avant garde américaine et européenne à Lyon. Une nouvelle scène émerge à la fin des années 1960, éprise de liberté musicale, d’autogestion et accompagnant les combats politiques d’alors.
En 1967 le trompettiste Jean Méreu, alors habitué du Hot Club forme avec Maurice Merle (saxophones) et Jean Bolcato (contrebasse) le Free Jazz Workshop, quartet d’obédience free. C’est le temps du free jazz à l’américaine où la radicalité est aussi bien musicale que politique : le temps des concerts de soutien, de l’autogestion et de l’improvisation.

Après un premier album en 1970, Interférences, ils accompagnent la chanteuse révolutionnaire Colette Magny sur l’album Transit.

En 1975 au départ de Jean Méreu parti vers d’autres révolutions musicales avec François Tusques, le Free Jazz Workshop devient Workshop de Lyon, recentrage géographique et abandon petit à petit de la radicalité free, vers une musique plus intellectualisée. L’arrivée d’un certain Louis Sclavis, saxophoniste et clarinettiste au sein du groupe lui donnera toute sa maturité et son professionnalisme.
Deux disques témoignent de la période du Workshop de Lyon avant qu’il n’intègre l’ARFI deux ans plus tard.
- Workshop de Lyon : La chasse de Shirah Sharibad (1975)
- Workshop de Lyon : Tiens ! les bourgeons éclatent… (1978)

Mais revenons au Hot Club de Lyon. La maison semble déjà trop petite pour accueillir cette nouvelle génération bouillonnante. Début 1977 la rupture est consommée entre les boppers et les futures arfistes. Bien qu’encouragée par Raoul Bruckert la jeune génération doit quitter le nid.
Ils se retrouveront pourtant tous un an plus tard pour enregistrer un disque hommage à Henri Gautier (poète, journaliste et fondateur du Hot Club) disparu tragiquement.
Le 13 janvier 1978 sont rassemblés à l’Auditorium Maurice Ravel les formations historiques du Hot Club (Happy Cookies de Raoul Bruckert, Happy stomp’s de Jacqui Boyadjian) et la Marmite Infernale, grand Orchestre que vient de monter la jeune association ARFI. Cette réunion donnera lieu à l’enregistrement « Mémorial Henri Gautier »

En attendant les dissidents ont déménagé aux Clochards Célestes, un café théâtre des pentes. En ce lieu va naître l’une des expériences les plus enrichissantes en matière de création musicale : l’ARFI.

§ La nébuleuse ARFI §

Association fondée en 1977, l’Arfi est le plus ancien collectif français, voire européen,
de musiciens de jazz et de musiques improvisées
.
Voilà comment se définit l’Arfi, collectif de musiciens formé à Lyon et qui est devenu une institution incontournable de la vie musicale de la ville.
Sur le plan musical, le free jazz d’origine s’est enrichi en intégrant les musiques folkloriques, les musiques savantes européennes ou encore les musiques électroniques.
Sur le plan formel, l’ARFI s’est toujours soucié d’une dimension pédagogique dans son travail, que ce soit en direction du jeune public (spectacles) ou du monde éducatif (formation). Son action s’est aussi dirigée vers les autres arts et sa musique accompagne très souvent des pièces de théâtre, des expositions de peinture et autre spectacle vivant. Le collectif s’est fait une brillante réputation dans le ciné-concert : l’illustration musicale en direct de films muets.
L’édition discographique, activité assez minoritaire au regard des autres, a fait quand même l’objet d’une cinquantaine de références.

Voici quelques disques à ne pas manquer :

- Workshop de Lyon : Slogan (2008)
Fêter les 40 ans de mai 68 ils ne pouvaient pas passer à côté. Contemporaine de ses années de luttes, la formation créée par Jean Méreu a vu passer plusieurs générations de musiciens en son sein, mais le fond est toujours là… une musique à clamer.

- Marvelous Band : Marvellous Band (1997)
Ce disque du septet formé par le tromboniste Alain Gibert avec Louis Sclavis (clarinette) et Maurice Merle (saxophone) regroupe les albums Chant libre (1975) et sept jeunes et fiers maris (1985)

- Big Band de l’ARFI depuis sa création, la Marmite Infernale reste une des grandes formations des plus innovantes en Europe, et chacun de ses disques (ou de ses spectacles) est salué par la critique. Accueillant toujours de nouveaux musiciens (Olivier Bost :guitare, Eric Vagnon : saxophone baryton) les membres fondateurs n’ont pas perdu leur enthousiasme ni leur intégrité. Qu’elle rencontre des chœurs sud africains (Sing for Freedom) ou qu’elle s’attaque à l’œuvre d’Hector Berlioz (le cauchemar d’Hector) la Marmite est toujours originale.

 

- Kif Kif : La descendance de l’homme (2010)
Kif Kif c’est le duo qu’a formé le tromboniste Alain Gibert avec son fils Clément à la clarinette. Complicité et originalité sont au rendez-vous pour des compositions de leur cru ainsi que des réinterprétations de standards du jazz (Monk) ou d’œuvres classiques.

- Villerd /Ayler quartet : One day (2002)
Rendant hommage à Albert Ayler, le saxophoniste Guy Villerd réussit à réactualiser, la puissance, la vélocité et la folie du saxophoniste américain.

- ARFI : Potemkine (1997) Ce disque est l’enregistrement du premier ciné concert créé dix ans plus tôt sur les images du célèbre film d’Eisenstein

Et s’il ne devait en rester qu’un, le disque anniversaire des 30 ans est un véritable cadeau. En plus de la compilation de 18 titres représentant toutes les formations issues de l’ARFI, le deuxième cd propose en format MP 3 huit albums plus anciens aujourd’hui introuvables.


§ Le Jazz à l’école §

Au début des années 1980, le débat fait rage de savoir si oui ou non le jazz peut entrer à l’école : être enseigné, institutionnalisé ? En d’autres termes apprendre le jazz est-ce encore du jazz ?
A Lyon on tranchera très vite dans ce domaine puisque en septembre 1980, ouvre l’AIMRA (l’association pour l’Information Musicale Rhône Alpes) une véritable école du jazz aussi réputée que le CIM à Paris. De ses fondateurs, ses professeurs et ses élèves beaucoup ont joué un rôle important dans le jazz aussi bien au niveau local que national. Après l’aventure AIMRA la plupart des enseignants continueront une double carrière : intégrant les cours du Conservatoire de Lyon ou de l’ENM de Villeurbanne et en participant activement à la vie musicale lyonnaise. Ces deux institutions (auxquelles on peut ajouter l’EMMA de Saint Fons) jouent un rôle important dans l’apprentissage du jazz dans l’agglomération.

Trois personnalités du jazz lyonnais et complices de longue date ont su particulièrement s’investir dans cette double carrière : le saxophoniste Jacques Helmus, le pianiste Mario Stantchev et le guitariste Jean Louis Almosnino.

Au regard de son C.V., Jacques Helmus, a eu une impressionnante carrière autant dans l’enseignement qu’en tant que musicien. Fondateur de l’AIMRA avec François Lubrano en 1980, il créé un label au sein de l’école « Instant Présent », qui éditera une partie de ses disques ainsi que ceux de Michel Perez ou du pianiste Mario Stantchev. Il sort deux albums sous son nom. Puis il fonde le groupe Touch avec le bassiste Brian Bennett (lui aussi enseignant à l’AIMRA) avec qui il fait une tournée mondiale et sort deux disques.
Voici une selection de ses disques empruntables à la BM de Lyon :

- Mondes secrets (1992)
- Touch : Luna (1996)
- Ishi’s chant (2002) inspiré par les musiques moyen-orientales
- Lettin’ go (2010) disque du fonds local, écoutable sur place.

Encore actif, Jacques Helmus s’apprète à sortir un nouvel album « From silence »

Pianiste d’origine bulgare, Mario Stantchev né en 1948 à Sofia a eu un parcours de vie assez singulier avant de s’installer à Lyon en 1980…
Complice des premières heures de l’Aimra, il crée en 1987 le Département de jazz du CNR de Lyon. Il aura entre autres comme élèves Franck Avitabile et Olivier Truchot.
Outre son métier d’enseignant, il connait une carrière internationale et on le retrouve sur une dizaine d’albums, en sideman ou en leader. Nous possédons trois de ses disques :

- Un certain parfum (1985) trio (piano, basse, batterie) avec Daniel Humair et Mike Richmond.
- Sozopol (1990) avec Laurent Blumenthal (saxophone) et Ricardo del Fra (contrebasse)
- Kukeri (2006) en sextet (disque du fonds local)

Jean Louis Almosnino est responsable du Département jazz au CNR de Lyon et professeur dans plusieurs écoles de la région. Il a été guitariste en sideman sur la plupart des disques de ses camarades de l’AIMRA mais n’a enregistré qu’un seul album sous son nom : « Sous verre » (1992) avec la chanteuse Nagette Haider. Il est avant tout un infatigable musicien de scène puisqu’il est actif dans une dizaine de formations (Karim & Co, Jean Louis Almosnino trio, Georges Benson’ Sound Projekt…).

§ Diverses formes de jazz §

Toutes les formes de jazz peuvent être écoutées à Lyon.

Le trio (piano, contrebasse, batterie), formation reine dans le domaine est très bien représentée et plusieurs trios lyonnais ont été récompensés par les médias nationaux.

- CHK pour les initiales de ses membres : Raphaël Chambouvet (piano), Denis Hénault-Parizel (contrebasse) et Rémy Kaprielan (batterie), plébiscité au concours jazz de la Défense en 2008 pour leur album Slow Motion
- EYM trio Elie Dufour (piano), Yann Payphet (contrebasse) et Marc Michel (batterie). On attend beaucoup de ce trio parti enregistré leur premier album en Italie.
- Eric Teruel Trio : Traboule pursuit (1999) disque écoutable sur place
- JB Hadrot trio : Half story (2011) entre EST et Bill Evans (disque bientôt disponible au fond local)
- David Bressat trio : Soleil caché (2013) ce nouvel album de David Bressat, pianiste confirmé de la scène lyonnaise, comparé à Brad Mehldau sera bientôt dans nos bacs.

Le world jazz

- Premier quintet du saxophoniste Philippe Gilbert (qu’on retrouvera dans la Compagnie du Facteur Soudain) Scope sort en 1986 son unique album, Scope : Grand Bassam (1986) :
du jazz modal de très bonne qualité.

- Le groupe Freeandise se forme au milieu des années 1990 après la rencontre du guitariste Jean-Marc Simon et du batteur François Grenier. D’abord attiré par le jazz rock, l’arrivée du multi-percussionniste Areski Hamitouche orientera le groupe vers des sonorités hindous, africaines et asiatiques. Deux albums reflètent cette ambiance :
- L’Effusion (1997)
- Elephant (1999) .

- Mad No Mad quartet : Génèse(2003). Groupe du saxophoniste Thierry Beaucoup et du guitariste Frédéric Louvet qui emprunte des sonorités moyen orientales.

- Le saxophoniste Michel Fernandez, musicien venu du free jazz s’est pris de passion pour les rythmes africains et sa musique rend compte de ce mélange. Plusieurs de ses disques sont disponibles sur le réseau des bibliothèques lyonnaises :



- Euphoria (1999)
- Soledad (1999)
- Elements (2006)
- Casa port / Rabat Ville (2008)

 

Les collectifs

Dans les pas de l’ARFI, plusieurs autres collectifs se sont formés dans l’agglomération lyonnaise. Le travail en collectif donne une synergie particulière, puisque dégagés des problèmes administratifs et financiers, les musiciens se consacrent pleinement à leur art et de surcroît provoquent des rencontres à travers des formations polymorphes. On peut citer la Compagnie du Facteur Soudain, la Tribu Hérisson, le collectif Polycarpe, ou le Grolektif.
Fondée en 1997, la Compagnie du Facteur Soudain promeut les différents projets de ces membres (concerts, disques, spectacles) à savoir le guitariste Jean Paul Hervé, le saxophoniste Philippe Gilbert et le violoniste et chanteur Yann-Gaël Poncet. A travers des formations comme JP Hervé trio, Sakom, Mourka, Yann-Gaël Poncet trio ou Electro facto, le prolifique label C.F.S. produira une quinzaine d’albums en quelques années.
- Mourka : Griffes (2000)
- Sakom : Premier (1999).

Groupe formé par Eric Delbouys (Batterie), Jean-Paul Hervé (Guitare), Eric Vagnon (saxophones)
Batteur très demandé Eric Delbouys travaille en parallèle des projets jazz et chanson. Eric Vagnon qu’on retrouvera dans les productions récentes de la Marmite Infernale.

La Tribu Hérisson est un collectif de 13 musiciens fondé à Vénissieux en 1998, proche d’une esthétique arfiste puisque s’ouvrant aux arts de la scène ainsi qu’aux musiques du monde.

- Traces (1999) est un éventail de toutes les formations que présente la tribu allant du duo à l’orchestre.

- Ograminations (2002) est l’album du big band l’Ogre (Orchestre de gargouilles remplies d’étonnement) proche des albums de la Marmite Infernale.

Jeune collectif lié à la salle de concert le Périscope (Perrache), Polycarpe regroupe 14 formations qui jouent un répertoire allant du post bop au soul jazz ou encore du jazz manouche. Les trios de David Bressat ou de Sébastien Joulie pour les plus connues, côtoient des formations moins matures. Proposant des stages, des formations et des jam-sessions le Collectif Polycarpe s’est doté aussi d’une structure de production qui vient d’éditer le tout nouveau disque de David Bressat.

Le Grolektif regroupe une trentaine de musiciens agissant dans une dizaine de formations alliant jazz, rock, pop, groove pourvu que ce soit inventif. Formé en 2004 le collectif cofonde le Périscope et en 2008 il monte son propre label pour mieux diffuser toute cette énergie. Voici quelques incontournables :

Bigre ! c’est le big band d’obédience groove du collectif. Ils ont produit deux albums :
- Bigre ! (2008)
- Tohu Bohu (2010)

RYR c’est deux saxophonistes, Romain Dugelay et Yoann Durant et un batteur Rodolphe Loubatière, trio représentant les musiques improvisées. Ils sont coupables d’un album éponyme de 8 plages où les deux souffleurs nous emmènent dans l’impro totale et sans concession.

Trio Dulabo : Ma mère l’oye (2007) Yoann Durant (saxophones) Arnaud Lapret (percussions) Sébastien Bonniau
(vibraphone, saxophone soprano et percussions) s’aventurent sur la relecture de Ravel, entre musique contemporaine et jazz.

Nous avions adoré Tô (2010) le premier album de Lunatic Toys et nous en avions parlé ici. Ce trio formé par Alice Perret (orgue, claviers, piano), Jean Joly (batterie, objets, boîte à rythme), et Clément Edouard (saxophone alto, piano) a commis un autre album en 2011, Briciola.

 

Lunatic Toys – Emergence JAZZ(s)RA 2010 « Entre… par OPOSSUM productions

En plus de ses formations ancrées dans les différents styles de jazz, le Grolektif proposent des groupes plus pop (N’Relax) ou funk (Sfonx).

 

§Les expériences Jazz rock, jazz funk et Jazz core§

Ces rencontres entre le jazz et les musiques actuelles ne datent pas d’hier. Depuis le milieu des années 1970 le jazz lyonnais est traversé par une multitude d’expériences de fusion.

Le groupe Spheroe constitue l’archétype de cette rencontre entre jazz et rock. Formé en 1972 par deux instrumentistes de talent, le claviériste Gérard Maimone et le guitariste Michel Perez, déjà actif dans le milieu du jazz (sessions au hot club de Lyon), le groupe est aussi bien apprécié des amateurs de rock progressif que ceux de jazz-rock. Exclusivement instrumentale et soutenue par une basse funky (le regretté Rido Bayonne), la musique de Spheroe est comparée à celle de Weather Report. Ils produiront deux albums :

- Spheroe (1977)
- Primadonna (1978)

Après l’expérience Spheroe, Michel Perez continuera à produire un jazz moins électrique durant les années 1980-90.
- Kaléidoscope (1982) son premier disque en quartet sur le label Aimra records.
- Virgile (1985) avec Dominique Di Piazza et André Ceccarelli
- Toujours (1993) enregistré à New York avec le contrebassiste Ron Carter.
- Orange (1991), en duo avec Marc Bertaux (contrebasse) déjà présent sur son premier quartet

Enfin on le retrouve en 2005 à la tête d’un super sextet pour l’album Storias avec André Ceccarelli, Sylvain Beuf, Vincent Artaud…album de jazz empli de soul où l’on croisent les fantômes de Wes Montgomery ou de Grant Green.
Il collabore aussi avec Elisabeth Caumont, Benny Golson ou Alain Jean-Marie.

Quant à Gérard Maimone, après une expérience dans l’electro pop avec Angel Maimone -Entreprise, il s’illustre dans les musiques de spectacles durant deux décennies. Il semble revenir depuis peu au jazz avec un sextet néo-bop et péchu. Le pianiste est accompagné par le saxophoniste Jean Cohen et plusieurs musiciens de la région lyonnaise dont le trompettiste Fred Roudet (Tribu Hérisson) et le bassiste Manu Vallognes.

- A dog on the wall (2011) compile plusieurs productions du sextet depuis 2002.

A la fin de l’année 1980, un autre groupe de jazz-funk se distingue dans la région.

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horn stuff


Horn Stuff, formation créée par le pianiste lyonnais André Manoukian et le trompettiste grenoblois Pierre Drevet, connaît un certain succès.

Ils sortiront deux albums, bizarrement jamais réédités en cd :

- Horn Stuff (1981) où l’on découvre les débuts d’Elisabeth Kotomanou (chanteuse née à Lyon).

- Horn Stuff et Cathy Valdès avec la chanteuse Cathy Valdès.

D’autres groupes éphémères :

- Epistrophe : Funk for you (1987) du saxophoniste Raymond Corchia produisant un jazz fusion proche de Sixun.

- Tourmaline : Sous les platanes (1995) Quintet avec Jean Paul Hervé et le batteur Denis Martins

- Colorblind : colorblind (2003) Portés par la vague acid jazz ce duo formé par DJ Spider (déjà actif dans le domaine du rock funk avec les Hey ! Bookmakers et le Kool Kats club)

Les années 2000

La rencontre du jazz et des musiques actuelles connait dans les années 2000, deux tendances opposées. Une plus festive, le Nu-jazz s’oriente vers le groove et les musiques électroniques et l’autre plus improvisée retourne vers le free jazz.

Pour le nu-jazz deux groupes ont marqués la scène lyonnaise :

Abigoba formé en 2000 par le claviériste Jean Luc Briançon a connu plusieurs ambiances (jazz-rock, electro, jazz funk) au gré des changements de personnel. Avec cinq albums à leur actif et des collaborations prestigieuses (Erik Truffaz, China Moses..) Abigoba est devenu un groupe à succès. Les trois derniers albums du groupe sont en écoute au Département Musique.

Novox Fanfare funk s’aventurant vers le hip hop jazz prenant son inspiration dans le groove mondial. Le groupe a produit deux albums :
- Out of jazz (2007)
- Hollywood is on fire (2011)


Jazzcore ? Punk-jazz ? Un nouveau courant envahi Lyon au début des années 2000 mêlant radicalité du free jazz à l’énergie du punk.
Les prémices d’un jazz saturé peuvent être trouvées dans les albums de Our Zoo, groupe du saxophoniste Antoine Bost dont nous avions chroniqué l’unique album studio Manimal et bien sûr de ceux de Lunatic Toys.
Tout semble s’articuler autour d’une même personne, le saxophoniste Clément Edouard, activiste multi-récidiviste de cette scène. En effet en plus des Lunatic Toys, il fonde Loup un duo avec Sheik Anorak, guitariste, batteur fondateur du label Gaffer. Ce label situé à Lyon édite tout ce qu’il y a de plus barré en jazz extrême et rock instrumental.
Clément Edouard se produit aussi en solo, avec AM-PM (duo avec le batteur Emmanuel Scarpa) ou encore avec le quartet Irène, premier prix au concours de la Défense en 2010. Le cd d’Irène sera écoutable dans le fonds local incessamment.

Le quartet CHROMB ! est le nouveau venu sur ce mélange jazz, punk et électronique, leur cd éponyme et autoproduit est en écoute sur place en salle Musique.

§ Les francs tireurs : personnalités inclassables §

Entre Rhône et Saône, sont nés (ou sont venus s’installer) des musiciens au parcours singulier et dont la musique ne se rattache à aucun style.

Louis Sclavis est le musicien de jazz lyonnais le plus connu dans le monde. A tout juste 60 ans, Louis Sclavis (clarinettiste et saxophoniste) a expérimenté toutes les configurations du solo au big band, du studio aux grandes salles. En presque 40 ans de carrière, il a participé à plusieurs dizaines d’albums dont une vingtaine sous son nom. Il a construit sa réputation sur un jeu très précis et très singulier qui lui a permis d’enregistrer et de se produire partout dans le monde.
Né à Lyon (Croix Rousse) le 2 février 1953, il n’a que 10 ans lorsqu’il entre dans l’Harmonie de Monchat-Monplaisir où il apprend à jouer de la clarinette, instrument qui ne va plus le quitter. Il débute sa carrière professionnelle en intégrant le Free jazz Workshop en 1975.
Naturellement il sera acteur de l’aventure « arfiste » et participera à plusieurs albums du Workshop de Lyon, du Marvelous Band et de la la Marmite Infernale.
Parallèlement, il collabore avec le clarinettiste Michel Portal, le pianiste sud africain Chris McGregor et surtout avec la Compagnie Bernard Lubat.

En 1981 il sort sur le tout jeune label Nato, son premier album sous son nom Ad Augusta per angustia Enregistré en public à la Chapelle de Chantenay (comme de coutume chez Nato) on retrouve les complices lyonnais de l’ARFI (Jean Méreu, Alain Gibert, Alain Rellay, Patrick Vollat). Il est déjà à l’époque le clarinettiste français le plus recherché.

Mais c’est en 1985 que sort son vrai premier album studio Clarinettes. Seul face à son instrument (de discrètes percussions l’accompagnent sur 2 morceaux) Sclavis révèle toute la puissance et la subtilité de son jeu.
Puis pendant dix ans c’est l’expérience du quintet et du sextet avec des musiciens qui lui sont restés fidèles : Bruno Chevillon (contrebasse), François Raulin (claviers) Christian Ville (percussions) et Dominique Pifarely (violon). On retiendra de ces années les albums Chine (1987), Chamber music (1989) et surtout Rouge (1992) , première signature du clarinettiste sur le prestigieux label ECM.

A partir de 1995 il forme un trio avec le contrebassiste Henri Texier et le batteur Aldo Romano (quartet avec le photographe Guy Le Querrec) qui va rester dans les mémoires et fera l’objet d’un triptyque discographique remarquable :
- Carnets de routes (1995)
- Suite africaine (1999)
- African Flashback (2005)

Les 3 inséparables, riches de leur expérience commune, se sont retrouvés l’année dernière pour enregistrer l’album « 3+3 », rencontre de leur fameux trio avec un autre trio : Enrico Rava (trompette), Nguyên Lê (guitare), Bojan Z (piano)

En 2012 c’est aussi le retour de Sclavis là où on ne l’attendait pas. Avec son Atlas trio il signe l’album Sources, soutenu par un section rythmique plus électrique (Gilles Coronado à la guitare électrique). Louis Sclavis parcourt tous les jazzs, confirmant qu’il est d’abord un immense musicien, inclassable et non-conformiste.

La discographie la plus complète de Louis Sclavis semble être celle établie par Mikiko, une fan japonaise en espérant pouvoir vous proposer bientôt l’ensemble de ces disques en écoute à la BM de Lyon

Disciple de Louis Sclavis, le saxophoniste Lionel Martin est un infatigable défricheur à l’aise dans toutes les configurations. Nous vous avions déjà parlé de lui lors du concert qu’il a donné dans nos murs en décembre dernier.

Nous possédons l’ensemble de la production discographique de cet artiste dans le fonds local Musique. Vous pouvez donc écouter en salle Musique les disques (édités ou non) qu’il a pu produire en 20 ans de carrière dans les formations suivantes : Lionel Martin Trio ; Free Sons Sextet ; Trio Resistances ; Octobando ; Bunk Tilt ; Ukandanz ou M’Sphères trio.

 

Complètement inconnu du grand public et très sous estimé par les critiques, Tchangodei est pourtant un personnage aussi énigmatique qu’hors du commun. Né à Dahomey (Bénin) il s’installe il y a plus de 30 ans à Lyon, ville qu’il affectionne et qu’il ne quittera plus. Pianiste de très grande qualité, il a enregistré une vingtaine d’album au piano solo ou en petites formations dont la simple évocation des membres suffirait à comprendre l’énorme valeur musicale du personnage. Archie Shepp, Steve Lacy, Mal Waldron, Sunny Murray, Kent Carter, Louis Sclavis, Henri Texier…ont été ses compagnons de jeu. Disciple de Mal Waldron, le pianiste excelle en solo, et a produit quelques sublimes morceaux de jazz avec ses collaborateurs. Parallèlement il créé son propre label Volcanic records et monte un club « le Bec de jazz » d’abord sur les quais de Saône puis sur les pentes de la Croix Rousse.

Il est difficile de choisir dans son œuvre, ceux que nous voudrions vous faire écouter en premier. Peut être ceux-ci :

- Les danses statues (1991) au piano solo

- Jeux d’ombres (1990) trio avec Kent Carter (contrebassiste de Steve Lacy) et Itaru Oki (trompettiste free japonais).

- Tôl (1998).
Plusieurs formats ici réunis : des titres en duo avec Louis Sclavis ou avec Itaru Oki, en duo ou en quintet avec le tromboniste Georges Lewis.

 

Pour aller Plus loin :

Le jazz est une musique vivante et c’est donc en live qu’il s’apprécie le mieux

Où écouter du jazz à Lyon ?

D’abords dans les Clubs, parce que c’est d’ici qu’il vient et que tout jazzman débutant commence par là :

- Hot Club de Lyon, 26 rue Lanterne 69001 Lyon
- Le Périscope, 13 rue Delandine 69002 Lyon
- La Clef de Voûte, 1 place Chardonnet 69001 Lyon
- Le Bec de Jazz, 19 Rue Burdeau, 69001 Lyon
- Les 101 Marches, 8 rue de nuits 69004 Lyon,

Les Festivals

Si Lyon n’a pas son propre festival de jazz c’est que la ville est cernée de festivals de très bonne qualité dans son agglomération.

- Jazz à Vienne
Du 28 juin au 13 juillet 2013

- A Vaulx Jazz
Du 20 février au 23 mars 2013

- Rhino jazz Festival
Du 2 au 20 octobre 2013

- St Fons Jazz
Du 17 janvier au 1er février 2013

- Fort en Jazz (Francheville)
Du 1er au 23 juin 2013

- Un Doua de Jazz (Villeurbanne)
14 au 25 octobre 2013

- Enfin l’Opéra de Lyon organise depuis 10 ans un festival très particulier puisque consacré à la scène régionale Jazz au Péristyle. Tous les soirs d’été de juin à septembre, le péristyle de l’Opéra accueille sur cette aire de restauration trois concerts gratuits. On attend avec impatience le programme de cette année.

Deux sites internet sont des mines de renseignements sur l’actualité du jazz en Rhône Alpes :
- Jazz(s) RA
- Jazz Rhône-Alpes

Quelques livres :

- Jazz de France : le guide annuaire du jazz en France
- Jean Dominique Brierre : Un siècle de jazz français
- Anne Legrand : Charles Delaunay et le Jazz en France dans les années 30-40
- ARFI 20 ans
- La revue Jazz notes éditée par le Hot Club de Lyon.

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