La Fabrique de l'Info

Des volontaires au service de l’Education aux Médias et à l’Information, engagés contre l’infodémie

Le rôle des AMIs de l’AFEV

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 15/04/2020 par eva.urbaneja

En cette période de crise sanitaire et de confinement, les fausses informations et théories du complot concernant le Covid-19 se multiplient sur les réseaux sociaux. Les Ambassadeurs des Médias et de l’Information de l’AFEV sur toute la France luttent depuis chez eux contre ce fléau en participant au décryptage de l’information.

Les Ambassadeurs Médias et Information de l’AFEV

L’AFEV -Association de la Fondation Étudiante pour la Ville- est une association à but non lucratif qui œuvre pour un monde plus égalitaire, plus solidaire et plus tolérant. Elle regroupe 8000 jeunes qui s’engagent sur le terrain pour défendre leurs valeurs au quotidien et consacrent 6 à 12 mois de leur vie à des missions d’intérêt général au sein d’associations et services publics. Parmi ces jeunes, les volontaires AMI, les ambassadeurs des médias et de l’information, interviennent auprès des publics dans les médiathèques ou autres institutions socio-culturelles du territoire. Leur mission est de participer à l’Education aux Médias et à l’Information, leur rôle n’étant pas d’imposer une « bonne pratique » des médias, mais de proposer aux usagers qu’ils rencontrent des outils et des postures afin que chacun puisse mettre en œuvre son esprit critique et être actif et responsable face à l’information.

« En cette période où l’éducation aux médias et à l’information (EMI) se fait… à la maison, son rôle dans la lutte contre les informations frelatées ou frauduleuses est essentiel. Que ce soit sur les médias de masse ou les médias sociaux et autres messageries instantanées, les infox sont envahissantes, notamment en ce qui concerne le coronavirus. Or, la désinformation sur le coronavirus peut contribuer à aggraver la pandémie mais ne doit pas inhiber notre esprit critique face à une couverture médiatique, qui produit un effet hypnotique inégalé depuis le 11 septembre 2001, tous azimuts. L’Education aux Médias et à l’Information permet d’en comprendre les mécanismes, de se doter d’un répertoire de « gestes barrières », et de prévoir l’après-coronavirus, où il faudra bien se poser la question de l’impact de la pandémie sur notre espace public numérique commun. » (Divina Frau Meigs dans son article Epidémie d’infox : des « gestes barrières » numérique à adopter aussi, pour The Conversation)

Depuis bientôt deux ans, les AMIs sont actifs sur ce terrain en créant et animant des ateliers pour tout type de public en bibliothèque comme à la Bibliothèque municipale de Lyon, où ils forment une équipe de 11 volontaires répartis sur le réseau depuis octobre 2019.

Pas de quarantaine pour les fausses informations

Si cela fait désormais presqu’un mois que la France est en confinement et que les bibliothèques et écoles sont fermées, la désinformation, elle, n’est pas en quarantaine. L’histoire prouve qu’en temps de crise, les fausses informations et les théories du complot fleurissent encore plus.

Le Covid-19 ne fait pas exception comme l’explique Alice Desclaux -anthropologue de la santé, des maladies infectieuses et de la santé publique- pour theconversation.com : « L’épidémie de Covid-19 s’accompagne sur les réseaux sociaux d’une épidémie d’information. Celle-ci est telle que l’OMS emploie le néologisme d’infodémie pour la qualifier. Une partie non négligeable de ce flux continu est constituée d’infox : des informations dont l’origine n’est pas explicite, qui ne sont pas validées par une institution et qui sont diffusées le plus souvent par les réseaux et médias sociaux, blogs et sites d’information en ligne, sous forme de courte vidéo ou d’image parfois assortie de texte. »

Des « désordres de l’information » de différente nature

Entre les théories d’arme biologique et autres remèdes naturels contre la maladie qui circulent sur les réseaux, difficile de démêler le vrai du faux. Les natures des infox sont diverses et leur intention aussi. Par exemple, les pièges à clique qui, par un titre racoleur ou une image choc, donnent envie d’en savoir plus et de cliquer sur le lien, conduisent vers un contenu souvent bien décevant. L’intérêt des médias de masse et médias sociaux derrière cette stratégie est tout simplement de générer du profit par le nombre de cliques et la publicité qui les accompagnent. Des personnalités publiques en quête d’influence sur les réseaux sociaux peuvent diffuser des rumeurs afin que l’on parle d’eux. Les théories du complot, quant à elles répondent souvent à un objectif de manipulation d’ordre politique. Rudy Reichstadt, auteur de l’essai sur la question du complotisme L’Opium des imbéciles, affirme qu’il n’y a pas de théorie du complot sans motivation ni manipulation idéologique, et que le complotisme est en réalité un discours politique.

Le schéma systémique des désordres de l’information ci-dessous, réalisé Divina Frau-Meigs est un bon outil pour repérer la nature des infox, leur auteur et leur intention :

Formes de désinformation

Le rôle des acteurs de l’EMI

Si notre vigilance face à l’information que nous recevons doit être constante, elle doit être encore plus marquée, en cette période  : « la désinformation sur le coronavirus peut contribuer à aggraver la pandémie mais ne doit pas inhiber notre esprit critique face à une couverture médiatique, qui produit un effet hypnotique inégalé depuis le 11 septembre 2001. L’éducation aux médias et à l’information permet d’en comprendre les mécanismes, de se doter d’un répertoire de « gestes barrières », et de prévoir l’après-coronavirus, où il faudra bien se poser la question de l’impact de la pandémie sur notre espace public numérique commun .[…] Dans tous les cas, l’éducation aux médias et à l’information est la solution qui ouvre la porte à toutes les autres solutions, notamment en matière de connaissance, de contre-discours et de réfutation durable. » (D. Frau Meigs)

C’est la raison pour laquelle les volontaires en service civique en charge de l’EMI dans les bibliothèques poursuivent leur mission depuis la maison ! Comment ? Entre autres, en compilant et recensent les Fake News liées au covid-19, en produisant des contenus de déconstruction et de fact-checking comme « 10 points clés pour ne pas se faire manipuler » ou encore « théorie du complot : les éléments » que l’on peut retrouver sur le site de l’Afev. Ils partagent aussi des ressources et outils à tous les engagés de l’Afev afin de les faire circuler. Grâce à leurs comptes « fact-checking AFEV » sur les réseaux sociaux, ils vont au front des fausses informations en diffusant des outils de fact-checking dans les commentaires des posts relayant une fausse information. Ils publient quotidiennement sur leurs comptes des articles de désinfox, des alertes fakes news, partagent des outils et méthodologie dans le but de vérifier les informations liées au Covid-19. Suivez leur travail sur le compte Facebook Fact-checking AFEV ou sur le Compte Twitter AFEVFactchecker .

Pour ne pas vous laisser noyer par cette infodémie, adoptez ces réflexes essentiels :

  1.    Qui est à l’origine de ce message ? Est-ce un site satirique comme « Le Gorafi », ou est-ce un média de confiance (c’est-à-dire avec des journalistes et des professionnels qui enquêtent, apportent des preuves.) ? Si je vois sur les réseaux sociaux un post d’un inconnu qui affirme qu’un médecin qu’il connait nous dit d’utiliser une seule paire de chaussures pour sortir et de la laisser hors de la maison car le virus se propage par le sol, puis-je lui faire confiance ? Je ne connais pas cette personne, je n’ai aucune preuve qu’elle connait un médecin qui lui a vraiment dit cela. De plus elle ne donne aucune source, aucun lien pour prouver ses dires.
  2. Quelles sont les sources de l’auteur de ce message ? Quelles sont les preuves? Faites attention aux dates et aux détails ! Les complotistes republient des messages datant de plusieurs années.  La plupart de ces messages qui circulent sur les réseaux ou bien en chaine par SMS ont le même profil : ils commencent par un argument d’autorité, la recommandation d’un professionnel de santé. Si la personne qui diffuse cette information ne me fournit aucune preuve et me demande de la croire sur parole, je dois douter ! Les images sont très utilisées comme preuves, mais n’oublions pas qu’il est facile de les manipuler en les recadrant pour couper un élément important, ou bien en les plaçant hors contexte. C’est le cas d’une photo qui a beaucoup circulé sur les réseaux, montrant des véhicules militaires transportés par un camion sur l’autoroute à proximité de Paris, prétendent qu’il s’agit de renforts militaires pour le confinement de la population. En vérité, une vérification de l’AFP, montre qu’il s’agissait d’un simple déplacement de routine.
  3. Traquez les incohérences! Un article où on parle au conditionnel est suspect car non vérifié. Le tweet du chroniqueur Alexis Poulin n’y échappe pas : « le #Coronavirus #COVID19 viendrait effectivement d’un labo de recherche ou un biologiste a été mordu par une chauve-souris utilisée pour des tests ». Il cite notamment un tweet d’Ezra Cheung, journaliste pour le New York Times et CNN qui à son tour utilise « might have originated », en français « pourrait provenir ». « Viendrait », « pourrait », il n’y a aucune certitude, ce ne sont que des hypothèses, ce n’est donc pas une information vérifiée que l’on peut croire.
  4. Dans quel but cette information est-elle diffusée ? Il y a toujours un objectif qui sous-tend une fausse information Comme l’indique Le schéma systémique des désordres de l’information cité plus haut, les intentions peuvent être diverses. Nous pouvons imaginer que la diffusion d’une fausse information prétendant que la cocaïne tue le Covid-19 pourrait favoriser la vente illégale de cette drogue.
  5. Croisez vos sources, comparez les informations avec des médias de confiance, utilisez plusieurs moteurs de recherche comme Qwant ou Yandex comme le recommande Divina Frau-Meigs. Si l’information que je vois sur les réseaux sociaux, telle que celle prétendant que retenir sa respiration permet de détecter le coronavirus, n’est relayée par aucun média sérieux, alors je dois douter ! De plus, une simple recherche permet rapidement de se rendre compte que l’information est au contraire, démentie.

Chacun d’entre nous, à son niveau, peut participer à la lutte contre l’infodémie. Acteurs des réseaux sociaux, nous sommes aussi à notre échelle, producteurs de l’information et donc responsable des contenus que l’on like et que l’on partage. En cela, comme l’invite Divina Frau Meigs, il est urgent de « ne pas amplifier ces messages, ne pas les rediffuser, les signaler aux proches, les réfuter sans insulter leurs auteurs. », de « signaler aux plates-formes de médias sociaux, démonétiser les vidéos et les sites, consulter des sites de confiance comme celui de l’OMS » .

Pour approfondir, quelques conseils de journalistes pour vérifier une information…

Les images étant également l’objet de nombreuses manipulations, pensez à ces outils de vérification :

…et une liste non exhaustive d’outils anti fake-news spécial Covid19 !

Quelques références à lire également pour aller plus loin :

affiche du filmManuel d’autodéfense intellectuelle / Sophie Mazet

Le film témoignant de cette expérience pédagogique menée dans une classe de Seine Saint Denis : Le vrai du 

faux, un documentaire de Sébastien Koegler et Zoé Lamazou

Et pour toutes les générations :

Décoder l’info : comment décrypter les fake news ? / Caroline Faillet ; avec la collaboration de Marc O. Ezrati

Crédulité & rumeurs : faire face aux théories du complot et aux fake news / textes Gérald Bronner ; dessins & couleurs Krassinsky : 

Fake news : évite de tomber dans le piège ! / Kevin Razy, Hamza Garrush ; illustration de Lionel Serre : l’humoriste Kevin Razy se met au service du débunkage de l’info pour les jeunes ados (dès 10 ans).

C’est quoi, les fake news ?  / illustrations de Jacques Azam , dès 9 ans, pour tout comprendre sur les fakes news en BD. Ce petit ouvrage reprend des épisodes de la série audiovisuelle 1 jour 1 actu, coproduite par Milan et 4 France-TV éducation.

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