Vivre jadis sur les quais de Saône à Lyon

- temps de lecture approximatif de 19 minutes 19 min - Modifié le 21/06/2016 par SBR

Le 5 novembre 2014 va être inauguré à la tombée de la nuit le 14e pont lyonnais sur la Saône. Il porte le nom de Robert Schuman, en l'honneur de cet homme d'Etat français, l'un des pères fondateurs de l'Europe (1886-1963). Un spectacle son et lumière, conçu par Yves Caizergues, va mettre en valeur ce bel ouvrage. Un jeu de faisceaux partira de la pile centrale, illuminera le ciel et se reflètera dans la Saône. Profitons de cet évènement festif pour retracer quelle place a eu la Saône et quelle a été son incidence sur l'aménagement du territoire lyonnais, principalement dans le quartier de Vaise.

Le pont Robert Schumann
Le pont Robert Schumann © Sylviane Blanchoz-Rhône, collection BML

Sommaire

1. Le pont Schuman

2. L’évolution des ponts sur la Saône à Vaise

  • Le pont de l’Ile Barbe
  • Le pont de pierre ou pont du Change
  • Le pont Masaryk et la gare d’eau

3. Les bords de Saône à Vaise

  • Quelques ports sur la rive droite… et sur la rive gauche
  • L’aménagement des quais

4. Les sociétés de navigation

5. La Saône conditionne le bâti sur ses rives à Vaise

  • Le quartier de l’Industrie
  • Le grenier d’Abondance

6. La Saône, lieu festif

  • La Fête des Merveilles
  • Les entrées royales
  • Le Pyroscaphe

1. Le Pont Schuman

L’ouvrage est réalisé par le cabinet Explorations Architecture, les Eclairagistes Associés et les bureaux d’études Flint and Neill Limited et Agibat. C’est le fruit d’une réflexion architecturale et paysagère originale privilégiant le site dans lequel il s’implante. Il annonce l’entrée nord-ouest de Lyon. Sa forme en contrepoint et sa structure symétrique sont directement inspirées des ponts de l’Ile Barbe et Masaryck qui l’entourent, créant un dialogue architectural entre ces trois ouvrages. Sa symétrie inversée évoque le ricochet d’un galet sur l’eau. Il est long de 180 mètres, élevé à 8 mètres au-dessus du niveau de l’eau, accueille 4 voies de circulation, de larges trottoirs et des pistes cyclables. Sa largeur atteint 30 mètres dans sa partie centrale où se trouve un belvédère.

La construction de ce pont doit permettre une meilleure mobilité urbaine dans ce quartier, les ponts de l’Ile-Barbe et Mazaryk étant sous-dimensionnés. Deux implantations sont possibles mais finalement le choix se porte sur celle plus au sud se trouvant au débouché de la rue de la Gare d’eau. Le projet comprend aussi le réaménagement des berges des 4ème et 9ème arrondissements, la requalification des quais Gillet et de la Gare d’eau ainsi que celle de l’avenue Birmingham et du quartier Serin. Cet aménagement est consécutif au percement du second tunnel de la Croix Rousse réservé au mode doux. Le pont Robert Schuman renforce la mobilité d’une rive à l’autre permettant ainsi au pont Masaryk d’être alors réservé aux modes de déplacement doux.

2. L’évolution des ponts sur la Saône à Vaise

Les ponts et les quais sont présents depuis l’origine de la ville mais leur physionomie et leurs rôles ont beaucoup varié dans le temps en fonction des techniques utilisables et des besoins du moment.

Les premiers ponts sont construits aux endroits où se trouvent des affleurements rocheux donnant ainsi des bases solides et diminuant la profondeur du cours d’eau. Il est probable qu’il existait un gué à l’entrée de Lyon, en basse saison.
Mais malheureusement les piles de ces ponts en bois de chêne ou de châtaignier sont instables et bien souvent la chute de l’une d’elles entraine la démolition totale de l’ouvrage. La maintenance et les réparations fréquentes des ponts vont souvent créer des querelles entre l’Eglise et le Consulat.
A partir de 1827, une amélioration notoire apparaît grâce à Marc Seguin qui va créer des ponts suspendus permettant de réaliser de grandes portées et supprimant au maximum les piles.

De 1827 à 1852, 6 ponts de ce type sont construits sur la Saône. De nos jours, seuls les ponts de l’Ile Barbe et Mazarik sont encore visibles.

Au fil du temps, l’emplacement des ponts va suivre l’évolution de la ville et surtout les réorganisations des grands flux de circulation. Ainsi le pont Mouton est détruit en 1952 pour être remplacé par le pont Clémenceau, construit en face du tunnel de la Croix Rousse qui dans les années 1950 constitue l’un des axes majeurs du trafic routier en rejoignant la rue Marietton.

L’évolution de la batellerie et les nouvelles normes de navigation conditionnent également l’avenir des ponts. Ainsi, le pont Serin situé à l’entrée du défilé de Pierre-Scize, plusieurs fois reconstruit, va finalement être détruit en 1968 afin de créer un passage dit « à grand gabarit ». Il est remplacé par le pont Koënig.

Le pont de l’Ile Barbe

C’est le tout premier pont construit dans la région lyonnaise selon la technique des frères Séguin. A l’origine, il est supporté par des chaînes de fer, très vite remplacées par des câbles, et il se distingue par sa pile unique s’appuyant sur l’île. Auparavant se trouvait le pont Cotton, en bois, construit à cet endroit en raison de la faible largeur de la Saône du fait de l’Ile Barbe.

Le pont de pierre ou pont du Change

Le lieu de la construction, en 1076, du premier pont de pierre sur la Saône est choisi en fonction de l’existence d’un banc de roches cristallines émergeant au milieu de la rivière facilitant ainsi les travaux. Il est édifié avec des pierres tombales et des morceaux d’antiques monuments romains récupérés suite à un éboulement de la colline de Fourvière. Long de 193 m, il possède 9 arches dont une plus haute et plus large située du côté de Saint-Nizier permet le passage des bateaux. Ce pont est un haut lieu commercial, de nombreux marchands y installent leurs étals. A l’autre extrémité se trouve la place du Change d’où il tire son nom et où se tiennent durant la Renaissance, les 4 foires annuelles dont l’activité va permettre à Lyon de devenir une grande puissance économique.

Longtemps unique pont sur la Saône, il est le passage obligé de la route de Paris, de celles en direction des Alpes et du Midi et relie ces axes de circulation à la Presqu’île où débute l’activité commerçante de la rue Mercière principalement en raison du développement de l’imprimerie. C’est aussi la voie empruntée par les marchands venant du nord de la France, des Pays-Bas pour se rendre aux foires de Lyon. Les nautes de la Saône correspondant à une importante corporation de bateliers sont regroupés près du pont du Change.

Afin de faciliter la navigation et l’évacuation de l’eau en cas de crue, le vieux pont est démoli entre 1842 et 1843. C’est aussi à cette période que va être raboté le rocher sur lequel est assise la pile centrale de cet ancien pont, rocher émergeant par basses eaux et donnant naissance au fameux « rapide de la mort qui trompe ». Le dérochement dure jusqu’en 1856. Un nouveau pont reconstruit en lieu et place en 1847 prend durant un an le nom de pont de Nemours avant de reprendre son nom initial. Considéré de nouveau gênant pour la navigation après la Seconde guerre Mondiale, ce pont axe principal de la ville durant 800 ans, est détruit en 1974 et remplacé légèrement en aval par le pont Maréchal Juin.

Le pont Masaryk et la gare d’eau

Edifié en 1830, ce pont s’appelle jusqu’en 1926, pont de la Gare d’eau, cette dernière ayant nécessité sa construction. Sa pile centrale, en pierres de Couzon, a la particularité d’être la plus ancienne de toutes les piles de pont de Lyon. Il contribue énormément au développement du quartier de Vaise le reliant à celui de Serin.

JPEG - 462.6 koC’est sur l’ordonnance royale du 30 avril 1828, que va être établie au plan de Vaise, une gare d’eau pour le stationnement des bateaux ainsi qu’un port pour l’embarquement et le débarquement des marchandises. La Compagnie des Ponts, gare et Port de Vaise est créée en avril 1830. Son projet est d’établir un nouveau quartier, ce sera le quartier de l’lndustrie. La gare d’eau de Vaise de la Compagnie Générale de Navigation, tel est son nom, est ouverte en 1831. De nombreux bateaux viennent y décharger leurs cargaisons de bois, de charbon ou de matériaux de construction.

Le port sert aussi d’entrepôt aux marchands de bois de Lyon.
On y trouve aussi des fours à chaux et une minoterie. Devenue totalement inutilisée la gare d’eau est remblayée en 1967 par les gravats extraits lors de la percée du tunnel de Fourvière et devient un équipement sportif : le stade Boucaud.

3. Les bords de Saône à Vaise

Durant les derniers kilomètres avant l’entrée à Lyon, la Saône, jusqu’ici étalée dans une large plaine, s’encaisse dans un défilé resserré bordé à droite par les pentes abruptes de Fourvière et à gauche par celles de la Croix-Rousse. Cet endroit correspond au quartier de Pierre-Scize et marque, à l’époque de la domination romaine, la limite septentrionale de la ville.
Les rives longeant la Saône à Lyon sont loin d’être identiques et on peut en distinguer trois types :

Les maisons sont construites directement au bord de la rivière jusqu’au XVIIIème siècle, principalement sur la rive droite. Elles ont une ouverture directe dans la Saône et servent d’entrepôts.
Des allées ou ruelles coupent ces alignements. Elles aboutissent à de simples amarrages et servent de débarcadères mais aussi souvent de décharges sauvages. Le courant de la Saône souvent trop faible pour évacuer ces immondices, la ville va connaître des épidémies, en particulier celles de peste en 1530 et 1534.
Les ports publics sont des espaces publics communiquant avec l’intérieur de la ville par des rues et ayant des dimensions permettant d’aborder et d’effectuer aisément des transbordements.

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Dès le Moyen Age, des ports sont mentionnés sur les deux rives de la Saône, c’est le cas des ports du Temple et de la Baleine. Puis à la Renaissance de nombreux sites d’accostage sont repérés et au XVIIIe siècle, les quais de la Saône ne sont plus qu’une succession de ports. Ainsi les bateaux peuvent soit échouer nécessitant alors un simple aménagement de la rive avec seulement quelques pieux et boucles d’amarrage soit accoster. Dans cette hypothèse, on trouve une estacade, terre-plein construit sur pilotis s’avançant sur la rivière, ainsi que des escaliers larges de 15 à 30 mètres, bordés ou non de parapets. La Saône dont les rives sont d’aspects différents accueille au début du XIXe siècle toute une série de métiers dont certains s’exerçent sur des bateaux accostés comme les teinturiers, tanneurs, tripiers, potiers, faïenciers.

Quelques ports sur la rive droite…

Les abords de la rive droite sont occupés par de nombreuses activités notamment des nautes, des artisans et négociants réunis en corporations. C’est aussi sur cette rive que se trouvent les bâtiments religieux, les quartiers de la noblesse, de l’administration royale, les banques, avec les places du Gouvernement et du Change. Onze ports sont situés entre Vaise et la porte Saint-Georges. Ils ont chacun leur particularité ainsi le port Mouton où débarquent pendant longtemps les souverains et hôtes de marque ; le port des Deux amants ou port de L’Observance (actuel lieu du Conservatoire national de musique et danse). Le port Saint Paul, face au passage le plus étroit de la Saône d’où il est possible de traverser d’une rive à l’autre grâce à de petits bacs conduits par des passeurs ou bêcheuses. D’autres passeurs sont positionnés à proximité de ponts à péage concurrençant ainsi illégalement les concessionnaires de ces ponts. C’est le cas au Pont d’Hallincourt. Le Consulat fait construire en 1482 le port Saint-Eloî, appelé plus tard port de la Douane (actuel emplacement du Palais de Bondy). Afin de créer le port de Roanne, François 1er va céder au Consulat le jardin situé devant le palais de Roanne, siège de l’administration et de la justice royale. Ce sera le port le plus majestueux de la ville, les principales manifestations nautiques partent de ses quais ; le port Sablet à Saint-Georges où des archéologues découvrent une pirogue monoxyle lors du creusement d’un parking de la place Benoît-Crépu.

… et sur la rive gauche

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Elle est beaucoup plus artisanale et marchande. Le développement des ports le long des quartiers de Saint Nizier, Saint Vincent amène une animation sur les rives de la Presqu’île : le port de Neuville est spécialisé dans le débarquement des vins ; le port de Saint-Vincent ; le port de Chalamont est l’un des plus actifs ; le port neuf ou port de la Feuillée où il est possible d’emprunter des bèches, petits bateaux payants pour traverser le cours d’eau. C’est aussi de ces rives qu’il est possible d’emprunter des coches d’eau permettant d’aller de Lyon à Macon, jusque dans les années 1920.
Le développement de cette rive va aller croissant permettant l’extension de la Presqu’île mais entraînant le déclin de la rive droite.
De nos jours on peut, en longeant les quais rive droite comme rive gauche, retrouver les emplacements des anciens ports.

L’aménagement des quais

Malgré les différents aménagements réalisés en amont de Lyon sur la Saône afin de réguler son débit tels les épis, barrages ou écluses, cette dernière possède néanmoins une vaste plaine alluviale dont l’inondabilité est un élément majeur. Encore aujourd’hui le débit et la taille du lit de la Saône peuvent varier dans des proportions importantes pouvant donner des crues heureusement d’une ampleur bien plus faible que celles catastrophiques et mémorables de 1840 et 1856 qui ont désorganisé totalement la vie des riverains.
Au fil des crues, beaucoup de maisons de la voie Pierre Scize, bien qu’étant construites sur pilotis sont inondées et détruites.

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Le développement de l’activité commerciale et du trafic fluvial va permettre de doter la ville dès le début du XVIIème siècle de ses premiers quais possédant des pentes aménagées facilitant les chargements et déchargements de marchandises et permettant la circulation des piétons. La réalisation des quais va s’effectuer en différentes étapes sous la Révolution. D’abord la rive droite, va connaître, en amont du pont du Change, les premiers aménagements entraînant la disparition d’une grande partie des ports et celle des petits métiers près de l’eau. Les maisons des bords de rives sont démolies à partir de 1793 notamment pour faciliter le passage des troupes laissant alors place à une berge inexploitée.

Puis les travaux se répètent sur la rive gauche à partir de 1822. Le préfet Vaïsse (1853-1864), suite aux inondations de 1856, met en place une politique d’urbanisation de la ville et fait établir des quais. Ceux-ci sont construits selon un modèle architectural initié à la Pêcherie. ll s’agit de quais hauts plantés d’arbres où il est agréable de se promener, d’un mur vertical de soutènement ayant escaliers ou rampes d’accès parallèles au fleuve, d’un bas port permettant la manutention et fondé sur un mur construit dans le cours d’eau. Le tout est réalisé en pierres provenant des carrières de pierre de taille de Villebois (Ain) donnant aux rives lyonnaises une unité architecturale unique.

4. Les sociétés de navigation

Dès le XVIIe siècle, il existe sur la Saône des services réguliers de coches d’eau tirés par des chevaux reliant Lyon à Chalon sur Saône puis à partir du XIXe siècle, le transport par voie d’eau connaît une transformation significative grâce au développement de la navigation à vapeur. De nombreuses sociétés de transport se créent portant comme nom l’Hirondelle, les Aigles, le Sirius ou entreprises des Frères Brettmayer ou Bonnardel. En 1849, certaines de ces compagnies engagent des négociations avec le gouvernement et la compagnie des chemins de fer car leur situation devient préoccupante, les transports en chemin de fer supplantant les transports fluviaux plus particulièrement le trafic « voyageurs ». Puis en 1855, est créée la Compagnie Générale de Navigation, devenant par la suite la Compagnie Lyonnaise de Navigation puis en 1894, la Compagnie Générale de Navigation HPLM. Cette dernière rachète des bateaux remorqueurs, exploite le Port de l’Occident situé près du pont Kitchner et acquiert très vite la suprématie sur la Saône.

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Puis les Compagnies de navigation reprenant ce service jusqu’en 1858, date de la prolongation du chemin de fer, se livrent une concurrence acharnée aboutissant à la diminution des prix de transports et à une amélioration des services. Les bateaux-mouches de la Compagnies des Bateaux-Omnibus sont de 1882 à 1913 un moyen de transport en commun fluvial de Perrache à l’Ile-Barbe. Les « mouches » puis les « Abeilles » naviguent jusqu’à la dernière guerre.

La fermeture de la gare d’eau de Perrache va marquer le début du recul du transport fluvial aussi bien celui des marchandises que celui des passagers. Il va continuer de régresser durant tout le XXème siècle rendant l’accès aux quais non utilisé et éloignant les riverains de leur fleuve.

Pour en savoir plus :

3000 ans de navigation sur la Saône : histoire des bateaux traditionnels en bois et de leur construction,

La Saône au coeur de Lyon : deux mille ans d’histoire qui ont fait la ville de Bruno Voisin,

Ponts et quais de Lyon de Jean Pelletier,

Caluire et Cuire : histoire de quartiers par Jo Basse, Francis Lavorel, Louis Naumin,

La Saône, une rivière, des hommes de Louis Bonnamour,

Lyon, la rivière et le fleuve de Jacques Rossiaud,

Dictionnaire historique de Lyon,

Le roman de Lyon : repères, territoires, identités de Bruno Benoit.

Un vingt-neuvième pont pour Lyon… : Point d’Actu réalisé par la Documentation Lyon et Rhône-Alpes en septembre 2006.

5. La Saône conditionne le bâti sur ses rives à Vaise

Contrairement au Haut-Rhône, où la navigation est périlleuse, la Saône est depuis la plus Haute Antiquité un grand axe de navigation. Jusqu’à l’ouverture des canaux, principalement celui de Bourgogne vers la Seine en 1832 et celui du Centre en direction de la Loire, les bateaux navigant sur la Saône sont identiques à ceux utilisés sur le Rhône, provenant en effet des mêmes chantiers, le bassin du Rhône et de la Saône ne communiquant pas avec les autres voies fluviales.

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A partir du début du XIXe, son activité va aller croissante et la Saône reste jusqu’à l’apparition du chemin de fer la voie privilégiée pour le transport de céréales, de fourrage, de sables, fontes et fers à la descente et de houilles, de vins, d’ardoises et épices à la remonte. Cette activité est essentielle dans l’économie de la ville et a contribué à faire de Lyon un carrefour commercial et une place financière européenne.

Cependant par mesure de sécurité, lors des temps troublés, une précaution est prise. La nuit principalement, une chaîne est posée sur des bateaux amarrés, au pied du rocher Pierre Scize. Une seconde est installée à la hauteur de l’église Saint Georges. Pesant chacune 75 quintaux, elles doivent protéger Lyon des invasions qui ravagent alors la région en barrant l’accès de la ville aux bateaux descendant la Saône. Sur demande, elles sont levées puis replacées.

Le quartier de l’Industrie

JPEG - 456.8 koLes Marécages des Vacques, situés à proximité de la gare d’eau de Vaise sont hors de l’enceinte de l’octroi lyonnais. En effet Vaise, faubourg indépendant est rattaché à Lyon le 24 mars 1852. Ces terrains souvent inondés vont devenir les lieux de stockage de nombreux produits transportés par bateaux sur la Saône comme des céréales, des vins, du charbon mais aussi du bois ou des pierres du Mont-d’Or. De nombreux entrepôts vont être construits autour de cette gare d’eau comme l’entrepôt agricole appelé « Halle aux grains de la gare d’eau de Vaise ». Par ailleurs de nombreux ateliers de transformations s’intallent, ainsi que des moulins, industries métallurgiques et chimiques, fours à chaux. A partir de 1870, ce lieu devient le quartier de l’Industrie.

Il est en constante évolution depuis 1950, avec durant ces dernières années, le souci de conserver l’ancien existant pour mémoire. Ainsi les bâtiments sont sauvegardés mais affectés à d’autres fonctions. C’est le cas de l’entrepôt des Chais beaucairois devenu le cinéma Pathé. Certaines rues du quartier portent des noms évoquant les anciennes activités s’y trouvant : rue des Docks, rue du Four à chaux, rue des mariniers, rue de la navigation.

Le grenier d’Abondance

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Une importante quantité de blé circule par bateaux sur la Saône faisant d’elle la rivière nourricière de Lyon. Le blé et autres céréales sont entreposés dans des locaux de fortune. Il est donc nécessaire de construire un grenier public à l’entrée de la ville. Ainsi entre 1722 et 1728, est édifié le grenier d’Abondance par l’architecte Claude Bertaud de la Vaure. Il s’agit d’un édifice de style classique large de 129 mètres possédant trois étages avec de longues galeries voûtées permettant de stocker aisément le blé nécessaire à l’alimentation annuelle des 120 000 Lyonnais d’alors. Mais à partir de la libéralisation du commerce des grains sous l’Ancien Régime en 1763, ce grand bâtiment devient inutile. Désaffecté, il est à partir de 1777 une caserne doublée d’un magasin d’artillerie et depuis 1993, après réhabilitation et restauration du bâtiment, le siège de la Direction régionale des affaires culturelles de
Rhône-Alpes.

6. La Saône, lieu festif

La vie des riverains de la Saône est ponctuée depuis toujours par de grandes fêtes et manifestations religieuses ou profanes.

La Fête des Merveilles

L’origine de cette grande fête lyonnaise remonte aux Romains. Il existe, à cette époque, une fête au moment du solstice d’été (24 juin) en l’honneur de la déesse Fortune avec une procession sur l’eau et des combats navals.

Puis à partir du Moyen-âge, la ville va célébrer la mémoire des martyrs de 177. Ainsi chaque 2 juin, jour de saint Pothain, au son de la cloche, la procession de Saint Paul rejoint à la cathédrale celle de Saint Jean, toutes deux remontent à pied jusqu’à Saint Pierre de Vaise retrouvant celles de I’Ile-Barbe, d’Ainay et de Saint-Just. Après une oraison commune, les cinq Eglises se rendent à pied jusqu’à la Saône où elles montent chacune dans la barque fleurie portant leur bannière et s’engagent sur la Saône en entonnant cantiques et hymnes jusqu’à l’abbaye d’Ainay, située au niveau de l’église Saint-Nizier. Ici sont vénérées les cendres des martyrs. A cette fête religieuse va se joindre une fête populaire. JPEG - 453.3 koDes magistrats et des représentants des corporations lyonnaises prennent aussi place dans des barques décorées et cette flottille d’embarcations accompagne la procession jusqu’à passer sous l’arche Merveilleuse du pont de pierre. Puis une fois la fête religieuse terminée, des taureaux sont précipités vivants dans la Saône, rattrapés et abattus par des mariniers, fournissant ainsi un immense festin à la foule. A partir de 1320, cette fête devient de plus en plus profane, les citoyens supportent de moins en moins bien tout ce qui rappelle l’autorité seigneuriale de l’Eglise contre laquelle ils ont conquis leur autonomie. Le Conseil de ville obtient l’abolition définitive en 1394. Du point de vue religieux elle est remplacée par le Grand Pardon de Saint-Jean, le 24 juin.

Le Pardon des mariniers est une fête qui tend à se développer. Il a lieu, depuis quelques années début juin, quai Rambaud à l’initiative de la mairie du 2e arrondissement. C’est un grand rassemblement, avec messe, bénédiction de bateaux, visite du bateau-chapelle le Lien, concours de péniches décorées et animations aquatiques. Cette fête religieuse et populaire rappelle les fêtes qui, autrefois, célébraient le fleuve.

Les entrées royales

La Saône va aussi être le théâtre de processions, organisées lors d’entrées royales ou princières. En effet il est de tradition pour les rois au début de leur règne, de faire une entrée dans les villes importantes du royaume afin d’affirmer leur pouvoir. Ce sont alors de véritables fêtes populaires.
Parmi les entrées remarquables, notons celle, le 12 juillet 1515, de François 1er saluée par de nombreux feux d’artifice, celle du 27 mai 1533 accueillant la reine Eléonore de Habsbourg et le Dauphin. C’est aussi le cas le 23 septembre 1548 pour Henri Il et Catherine de Médicis. A
l’annonce de leur visite, la municipalité décide de leur offrir un triomphe à l’antique. Les festivités, entre autres, promenades sur l’eau, batailles navales et feux d’artifice durent près d’une semaine.

Le Pyroscaphe

La Saône va être le théâtre d’un exploit dans le domaine de la batellerie. Le marquis Claude Dorothée de Jouffroy-d’Abbans (1751-1832), va essayer avec le Pyroscaphe, premier bateau à vapeur et à aube, de remonter la Saône. Ainsi le 15 juillet 1783, il va de l‘Archevêché à L’lle Barbe sans l’aide d’aucune force animale et par l’effet seul de la pompe à feu. Bien que Jouffroy-d’Abbans ne put aller au bout de ses projets, sa découverte est fondamentale pour la navigation. En 1852, 34 bateaux à vapeur naviguent sur la Saône, une soixantaine sur le Rhône faisant de Lyon la capitale de ce nouveau mode de navigation.

Pour en savoir plus :

La Saône : frontière et trait d’union, son histoire, ses riverains, son cours,

La Saône : de la source à la confluence,

Lyon : des origines à nos jours. La formation de la cité de A. Kleinclausz,

Recherches sur les merveilles, fête antique et populaire de la ville de Lyon encore célébrée à la fin du XIV siècle : mémoire par Marie-Claude Guigue,

La Ficelle : le magazine gratuit de la Croix-Rousse, Février 2009,

Rives et rêves de Saône aux temps des traditions : bulletin municipal officiel de Lyon des 8 et 29 novembre 2004.
Documentation régionale, 2014

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