Tout sur leurs mères

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Ces dernières viennent d’être gâtées puisque c’était leur fête le 25 mai. Dans le lot, sans doute quelques pauvres malheureuses qui se seront vu offrir le dernier robot à couper les œufs durs en forme de Mickey !!! Les écrivains ont eu et ont toujours mille manières de fêter leurs mères ou de leur faire leur fête, suivant les cas ; le thème n’a rien de novateur en littérature puisque nous sommes habitués à recueillir leurs témoignages, récits et souvenirs. Bonne fée inspiratrice ou « Folcoche » tyrannique, la mère règne en souveraine sur l’œuvre des romanciers, qu’ils écrivent contre elle ou pour elle.
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Tout sur ma mère

Les medias viennent de se faire l’écho des relations conflictuelles qu’entretiennent Michel HOUELLEBECQ et sa mère.

Teigne mère, tel fils, article de Marie-Dominique LELIEVRE paru dans le quotidien LIBERATION du 9 mai 2008
Interview de Lucie Ceccaldi, dans la revue LIRE, avril 2008, à l’occasion de la parution de son livre : L’Innocente, par Lucie CECCALDI, Scali
L’écrivain français, se fait attaquer par sa mère, lui qui a eu l’audace d’en faire un personnage antipathique dans son roman : Les particules élémentaires ; lui qui a eu l’audace de dire qu’il ne voulait plus la voir et qui a même déclaré qu’elle était morte.


Mais les relations des écrivains et de leurs mères ne sont pas exclusivement destinées à remplir les pages potins et scandales des journaux. Elles sont à l’origine de nombreuses grandes pages littéraires.
Aujourd’hui en particulier (les 4 romans suivants ont été publiés entre décembre 2007 et avril 2008), plusieurs auteurs adressent à leurs mères vieillissantes, malades ou décédées des récits vibrant d’émotion :

Sur ma mère, par Tahar BEN JELLOUN, Gallimard


- La mémoire défaillante de ma mère l’a replongée, pendant les derniers mois de sa vie.

dans son enfance. Redevenue soudain une petite fille, puis une très jeune fille tôt mariée, elle s’est mise à me parler, à se confier, convoquant les morts et les vivants. L’amour filial, fort et passionnel, est souvent enrobé de pudeur et de non-dits. En racontant son passé, ma mère s’est libérée d’une vie où elle fut rarement heureuse. Pendant des journées entières, je l’ai écoutée, j’ai suivi ses incohérences, j’ai souffert et en même temps je l’ai découverte.

Sur ma mère a été écrit à partir des fragments de souvenirs qu’elle m’a livrés. Ils m’ont permis de reconstituer sa vie dans la vieille médina de Fès des années trente et quarante, d’imaginer ses moments de joie, de deviner ses frustrations. Chaque fois, j’ai inventé ses émotions et j’ai dû lire ou plutôt traduire ses silences. Sur ma mère est un vrai roman car il est le récit d’une vie dont je ne connaissais rien, ou presque.

Devant ma mère, par Pierre PACHET, Gallimard

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Enfant, m’a-t-on dit, je voulais être avec ma mère, ne pas la quitter, qu’elle ne me quitte pas.

On me l’a rappelé plus tard, dès la fin de la guerre, avec attendrissement, ou pour se moquer un peu de mes désirs d’indépendance. A présent, je ne peux plus être avec elle, ni même près ou auprès d’elle. Dans l’état où elle est, ce que je peux espérer en allant la voir et en y passant du temps, c’est qu’elle regardera dans ma direction, sans me reconnaître vraiment, et qu’elle me permettra ainsi d’être devant elle, de lui parler pour réveiller brièvement sa capacité à mimer une conversation, de lui donner à manger.

Je la reconnais, je la regarde, je l’écoute. Malgré notre connivence humoristique de toujours, à présent presque totalement détruite, je me sens comme devant une figure très ancienne, une statue faiblement animée mais puissante, monumentale. P. P.

Pardon mère, par Jacques CHESSEX, Grasset


- « Longtemps j’ai eu le temps.

C’était quand ma mère vivait. J’étais désagréable avec elle, ingrat, méchant, je me disais : j’aime ma mère. Elle le sait ou elle finira bien par le savoir. J’ai le temps. En attendant, le temps passait. Je rencontrais ma mère, je la blessais parce que tout en elle me blessait. Son esprit était droit, sa pensée juste, son élégance de bon goût, sa taille bien prise, son regard d’un bleu un peu gris était pur et nie voyait.

Et moi je n’étais pas digne de ce regard.  » Un fils parle de sa mère. Sa mère,  » le contraire de la vanité et du tapage », lectrice de La Fontaine au regard bleu clair, et lui, l’écrivain, Jacques Chessex, l’excessif, le mauvais fils, le fils rebelle. Tombeau et résurrection, « fontaine de regret », violence et douceur, évocation pudique mais charnelle, ce récit autobiographique est l’un des plus beaux, des plus émouvants de l’auteur.

La vie d’après, par Donald ANTRIM, Ed. de l’Olivier



- « D’aucuns aiment dire que la vérité libère.

Mais qu’advient-il quand la vérité n’est pas une chose simple, unique, brute ? Je ne pouvais pas imaginer la vie sans Louanne. Mais ma vie ne pouvait vraiment commencer que sans elle. » Après la mort de sa mère, Donald Antrim fait le portrait de cette femme fantasque et séduisante, raconte sa chute dans l’alcool et ses tentatives pour échapper à sa tendance à l’autodestruction. Dans ce « livre de ma mère », à la fois lettre d’amour fou, album de famille et mémoires, le style et l’humour finissent par l’emporter sur l’amertume.

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Magritte

Le mal de mères des écrivains, article de la revue LIRE, mars 1998

- « Mère courage ou bourgeoise désoeuvrée, maman gâteau ou peste, vamp ou madame Tout-le-Monde, la mère plane telle une ombre sur l’œuvre des écrivains.

De quelque façon qu’elle se manifeste, elle est une figure obsessionnelle dans leur univers. Est-elle absente ? l’écriture est un instrument de quête. Est-elle omniprésente ? l’écriture devient un outil de rupture. Qu’ils écrivent pour leur rendre hommage ou pour les fuir, qu’elles aient bercé ou détruit l’enfance de leurs fils, elles ont le mérite d’avoir fait d’eux des écrivains. Ce sont d’ailleurs souvent elles qui ont initié leurs fils à la littérature.
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Simenon et sa mère

[*Ecrire sur sa mère*]

La belle ténébreuse de Bielorussie, par Jerome CHARYN, Gallimard

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-  » Les temps étaient sombres et romantiques. Le Bronx était vulnérable, dépourvu d’une digue qui offrît une protection sérieuse contre l’océan Atlantique et, selon la rumeur, des commandos ennemis allaient débarquer d’un sous-marin insidieux dans de petites embarcations en caoutchouc, envahir les égouts, dévorer ma terre natale. Mais jamais je ne vis le moindre nazi au cours de nos promenades. D’ailleurs, quelle chance aurait bien pu bien laisser au moindre d’entre eux la scintillante silhouette de ma mère dans son manteau de renard argenté ? Elle était née en 1911, comme Ginger Rogers et Jean Harlow, mais elle elle n’avait rien de leur platine : elle, c’était la belle ténébreuse de Biélorussie. « 

Ma mère, par Richard FORD, Ed. de l’Olivier

- Edna Ford, 1910/1981. Entre ces deux dates que s’est-il passé ? Une enfance banale dans l’Arkansas, une jeunesse turbulente pendant la Grande Dépression, un mariage, une naissance, des années de solitude, un cancer. En se penchant sur la vie de sa mère, qu’il a tendrement aimée, Richard Ford découvre que le grand secret, c’est qu’il n’y a pas de secret. Aussi la réponse à la question est-elle : rien. Il ne s’est rien passé – de notable, de mémorable, d’extraordinaire.  » Le pittoresque n’existe que dans l’esprit des insensés « , écrit Richard Ford.

Il s’agit pour lui de capter quelque chose qui tient à l’essence de la vie « , en la décapant à l’extrême de toute anecdote, de tout pathos. Ce qui reste, c’est alors ce que Richard Ford se refuse à nommer ( » A-t-on jamais une relation avec sa mère ? Non, je ne crois pas « ), le sentiment poignant d’une perte et celui, mystérieux, d’une identité profonde entre la mère et le fils.

La promesse de l’aube, par Romain GARY, Gallimard

- « Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.

Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : – Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »

Lambeaux, par Charles JULIET, Gallimard

- Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu célébrer ses deux mères : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d’un amour malheureux, d’un mariage qui l’a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré sans une profonde dépression.

Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d’atroces conditions. La seconde, mère d’une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l’a élevé comme s’il avait été son fils. Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l’auteur relate succinctement son parcours : l’enfance paysanne, l’école d’enfants de troupe, puis les premières tentatives d’écritures.

Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d’un homme qui, a la faveur d’un long cheminement, est parvenu à triompher de  » la détresse impensable  » dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d’espoir.

Pour vos cadeaux, par Jean ROUAUD, Ed. de Minuit

- « Elle ne lira pas ces lignes, notre miraculée des bombardements de Nantes, la jeune veuve d’un lendemain de Noël, qui traversait trois livres sur ses petits talons, ne laissant dans son sillage qu’un parfum de dame en noir.

Même si sa vie ne se réduisait pas à cette silhouette chagrine, comprenez, il m’était impossible d’écrire sous son regard. Cet air pincé par lequel se manifestait son mécontentement, j’avais dû l’affronter pour avoir ravivé, en dépit d’une prudence de Sioux, une rivalité amoureuse vieille de cinquante ans à propos d’un homme mort depuis trente. A présent qu’elle régnait dans son magasin et qu’éclatait son grand rire moqueur, je n’allais pas lui gâcher son triomphe tardif ». Jean Rouaud compose là un portrait de mère en sacrifice parmi les plus majestueux de la littérature contemporaine.

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PeterMadsen


[*Les livres de la mère : Proust, Céline, Bataille, Prigent*]

Proust et sa mère, un article de Michel SCHNEIDER à propos de son livre : Maman, dans lequel il a tenté d’éclairer par la Recherche, la vie psychique de Proust, qui s’est fait écrivain pour dire – et peut-être pour résoudre – ses conflits intérieurs, et notamment celui avec Maman, qui pour les autres se nommait Jeanne Weil. Un grand désir anime cette histoire d’amour, de mort et sans doute de haine entre un fils et sa mère : devenir écrivain pour raconter le temps à Maman.

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Madame Proust


Céline, les livres de la mère, par Jean-Claude RENARD, Buchet-Chastel

- Cet essai veut montrer l’importance de la figure maternelle dans les romans, la correspondance et les entretiens de Céline : suggérée, racontée, sorcière ou bonne fée, envahissante ou inaccessible, pathétique ou sublime. Si l’écrivain n’attend rien des hommes et ne croit pas en eux, l’empreinte de la mère est aussi importante pour sa personnalité que dans le cas de Proust.

Tuer la mère, un article de Esther TELLERMANN, écrit le 20 juin 2006 sur le site de l’Association Lacanienne Internationale. Cet article est une analyse du texte : Une phrase pour ma mère, par Christian PRIGENT, POL

A ma mère, par Marcel BISIAUX et Catherine JAJOLET, Horay

- Cinquante écrivains parlent de leur mère. Ces confidences d’écrivains contemporains sont une surprenante révélation. Après leur lecture, l’image idéale et traditionnelle de la mère ne peut plus être ce qu’elle était. Ce sont 50 aventures passionnées qui éclairent souvent autrement les vies et les œuvres et amènent le lecteur à se poser cette question.


K. de Villiers

« Pour moi, elle est la voix de poésie, qui porte plus loin » Edouard GLISSANT

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