Chasseurs d'images

Restaurant Berrier & Milliet

Photographe : Maison Jules Sylvestre, ca. 1929.

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par prassaert

Dans cette maison sis 31, place Bellecour, sur l'emplacement d'une ancienne auberge qui, à la fin du XVIe siècle, était à l'enseigne du Paon, un établissement connu plus tard une grande vogue : le restaurant "Berrier & Milliet".

P0546_S_1890
P0546_S_1890 Salle des fêtes du restaurant Berrier et Milliet, ca. 1929 [BM Lyon, P0546 S 1890].

Fondé peu avant la guerre franco-allemande de 1870 par le cafetier Monnier, cette maison devint un café-glacier renommé. A la fin du XIXe siècle, le café Monnier était ainsi devenu l’un des établissements les mieux fréquentés de Lyon et ses salons ne tardèrent pas à accueillir les réunions mensuelles des sociétés chansonnières, celles du Caveau Lyonnais de Camille Roy (1851-1922), puis du Cercle Pierre-Dupont, fondé en 1894 par Léon Mayet (1835-1909). En 1897, le nommé Berrier fit l’acquisition de l’établissement, avant de s’associer à Auguste Milliet, juge au tribunal de Commerce et Consul de la République d’Haiti.

Ouvert sous la raison sociale « Berrier & Milliet », le nouvel établissement et ses deux succursales – l’une aux Brotteaux et l’autre à Saint-Etienne – connut lui aussi un immense succès pendant toute la première moitié du XXe siècle. Nombreuses et fastueuses étaient en effet les réceptions qu’on donna en ce lieu à l’usage exclusif des noces, banquets et autres réunions de famille. La Société des Amis de Guignol y organisa ainsi quelques-uns de ses célèbres « mâchons » ; les maires Antoine Gailleton, Victor Augagneur et Edouard Herriot, venaient là, fort bien entourés, présider de grandes réunions politiques où l’on compta, certains jours, un président du Conseil et plusieurs ministres. Aussi, lors des élections municipales et législatives, les candidats du deuxième arrondissement ne dédaignaient pas venir en ce restaurant pour porter la bonne parole républicaine lors de joutes oratoires souvent orageuses. La vaisselle y était célèbre et la renommée de l’établissement, avec son armée de serveurs en gants blancs, s’étendait bien au-delà des frontières de la cité. C’est qu’à cent kilomètres à la ronde, les brigades des réputés restaurateurs allaient souvent dresser des tables dans quelques châteaux et demeures bourgeoises où il fallait préparer le repas pour plusieurs centaines de convives.

Salle des fêtes du restaurant Berrier & Milliet, 1er état, vers 1920.

En 1927, la décoration intérieure des salons Berrier et Milliet fut transformée. On décrocha les tableaux de maîtres au profit exclusif de l’art moderne. Pour cela, les propriétaires firent appel à trois Grand Prix de Rome : les Lyonnais Michel Roux-Spitz (1888-1957) et Marcel Renard (1893-1974), auxquels on adjoignit le sculpteur Alfred Janniot (1889-1969). L’architecte Roux-Spitz transforma à cet effet l’ancienne cour des écuries en une salle de réception des plus fastueuses qui fut inaugurée fin décembre 1927. Reconnus comme des amis des arts, Berrier et Milliet organisèrent parallèlement en leurs salons nombre de ventes aux enchères, telle cette vente de charité des tableaux offerts par les artistes du Salon du Sud-Est et organisée au lendemain de la catastrophe de Fourvière au profit des sinistrés et des familles endeuillées.

Monnaie de nécessité du restaurant Berrier & Milliet.

Puis vint la Seconde Guerre mondiale. Elle donna le premier coup de semonce à l’établissement qui resta fermé jusqu’en 1945. Suite au décès d’Auguste Milliet survenu à Port-au-Prince en janvier 1942, Mortier et Machet reprirent en mains l’exploitation du restaurant dans l’après-guerre, sans retrouver toutefois le faste des réceptions d’antan. Il déclina lentement avant d’être racheté en septembre 1956 par les facultés catholiques dont les locaux historiques de la rue du Plat jouxtaient l’établissement. « Berrier et Milliet », maison presque centenaire, fermait définitivement ses portes en avril 1962, tournant la page de l’une des plus belles aventures commerciale et gastronomique du quartier de la place de la Bellecour.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *