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Ordre du Mérite de Gnafron

Photographe : Marcos Quinones, 26 juin 2000.

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 13/06/2019 par Philippe RASSAERT

En 2000, Paul Bocuse rejoignit la longue liste des lauréats du Prix de Gnafron qui distinguait depuis 1964 les établissements particulièrement représentatifs de la tradition lyonnaise où cochonnailles et vins en pots jouèrent les premiers rôles.

[Paul Bocuse, "honoris causa" du Mérite de Gnafron] / Marcos Quinones, 26 juin 2000. BML.

En 1964, au coeur des années Pradel, un cercle d’amis regroupant journalistes et gastronomes, tels que le critique d’art Réné Deroudille (1911-1992) et le chroniqueur Félix Benoît (1917-1995), décida de créer un Prix de Gnafron, « Nobel du vin et de la mangeaille lyonnaise ». Placé sous le vocable – évidemment vineux – de l’illustre compagnon de Guignol, il sera décerné chaque année, à l’occasion de la sainte Opportune, à un professionnel des métiers de bouche respectueux de sa cave et de sa clientèle ou ayant fait montre d’une particulière maestria dans les domaines de la cochonnaille et du vin en pot. Cet authentique « Prix Nobel » gourmand, davantage orienté sur le folklore local des « bouchons » de stricte obédience lugdunienne que sur le rituel des temples gastronomiques déjà constellés d’étoiles, ne récompensera donc qu’à de très rares occasion le gotha de l’art culinaire.

Le 22 avril 1964, la première de ces distinctions fut remise devant un parterre d’experts en gastronomie et d’œnophiles distingués chez « Léon de Lyon » dirigé par le restaurateur Paul Lacombe. Le départ à la retraite d’une référence en la matière, Marius Giordano, maître d’hôtel de ladite enseigne et ancien finaliste du concours des meilleurs sommeliers en 1961, concrétisa cette naissance et fut l’amorce d’une longue série qui se poursuivit jusqu’au début de notre siècle. Dès lors, la grande chancellerie de l’Ordre du Mérite de Gnafron trouvait également un toit pour l’accueillir en l’établissement de la rue Pleney qui devint pour quelques années le siège de cette confrérie.

[Remise du Prix de Gnafron à Marcel Astic (avec Paul Lacombe et F. Benoît)] / G. Vermard, 22 avril 1966. BML, P0702 B02 08 635 00006.

De l’inoubliable Léa Bidaut de « La Voute » (1965) à Maurice Débrosse, patron de « La Meunière » (2002), en passant par Marcel Astic de « Chez Rose » (1966) ou la légendaire Tante Paulette (1974), pas moins de trente-huit prix seront ainsi décernés. Avec, aussi, quelques escapades hors les murs de la capitale rhodanienne pour célébrer Roger Roucou de « La Mère Guy » à La Mulatière (1973), Mado Point de « La Pyramide » à Vienne (1978) ou Jean Brouilly à Tarare (1993). En marge de la remise de ce mémorable diplôme, le récipiendaire se voyait offrir, au cours d’un dîner à la hauteur de l’évènement, un taste-vin d’honneur suspendu au bout d’une lourde chaîne d’argent, ainsi que sa propre mesure en bouteilles de Beaujolais, ceci afin de rester dans l’esprit de Gnafron qui ne comptait jamais le nombre de pots qu’il avait bus du fait qu’il les estimait au mètre.

[« Chez Rose » (Gérard Astic, gérant)] / M. Quinones, 8 sept. 1986. BML, FIGRPTP0109 .

Peu après la mort de Paul Lacombe en 1972, le siège de l’association fut établi « Chez Rose », situé comme par hasard rue Rabelais (Lyon 3e), avant d’aboutir en 1991 chez Louis Chabanel, au restaurant « Le Pasteur », quai Perrache (Lyon 2e). Dès avant l’an 2000, l’annonce du chantier d’urbanisme du futur quartier du Confluent et l’expropriation du Pasteur installé sur un site fortement convoité avait cependant fait prévoir la disparition de ce prix haut en couleurs qui lutta pour la maintenance des traditions gourmandes locales. Pendant quatre décennies, il aura récompensé tout ce que Lyon comptait comme accomodeurs de gras-double et chefs ès-andouillette. En avril 2004, les lauréats du Prix de Gnafron se rassemblaient une dernière fois au « Comptoir des Marronniers » pour fêter dignement le quarantième anniversaire de la confrérie qui retrouvait ainsi le berceau de ses origines au sein de la famille Lacombe, gardienne des archives de l’association.

 

Lauréats du Prix de Gnafron (1964-2004)

1964. Marius Giordano, sommelier. « Léon de Lyon », 1, rue Pleney, Lyon 1er.

1965. Léa Bidaut. « La Voute – Chez Léa », 11, place Antonin-Gourju, Lyon 2e.

1966. Marcel Astic. « Chez Rose », 4, rue Rabelais, Lyon 3e.

1967. André Fromentin. « Café du Commerce », 204, rue Paul-Bert, Lyon 3e.

1968. Lucien Giraud. « A ma vigne », 23, rue Jean-Larrivé, Lyon 3e.

1969. Laurent Neveu, dit « Gabriel ». « Café du Jura », 25, rue Tupin, Lyon 2e.

1970. La Mère Barbet, 10-12, rue Pizay, Lyon 1er.

1971. Pierre Rampon. « Chez Pierre ».

1972. Georges Drebet. « Café Chez Georges », 8, rue du Garet, Lyon 1er.

1973. Roger Roucou. « La Mère Guy », 33, quai Jean-Jacques Rousseau, La Mulatière.

1974. Marie-Louise Auteli. « Tante Paulette », 2, rue Chavanne, Lyon 1er.

1975. Roger Barailler. « Le Castel », 4, rue d’Alsace, Villeurbanne.

1976. Alice Biol. « Chez la Mère Jean », 5, rue des Marronniers, Lyon 2e.

1977. Louis Chabanel. « Le Pasteur », 83, quai Perrache, Lyon 2e.

1978. Mado Point. « La Pyramide », Vienne.

1979. Roger Chapeland. « Le Pied de cochon », 9, rue Saint-Polycarpe, Lyon 1er.

1980. Marinette Bernaud. « Le Râtelier », 83, cours Charlemagne, Lyon 2e.

1981. Jeanine Caillot. « Chez Raymond », 21, rue des Rancy, Lyon 3e.

1982. Jean-Louis Manoa, dit le Viking. « Le Mercière », 56, rue Mercière, Lyon 2e.

1983. Raymond Fulchiron. « Café des Fédérations », 9, rue Major-Martin, Lyon 1er.

1984. Jean-Paul Lacombe. « Léon de Lyon », 1, rue Pleney, Lyon 1er.

1985. Sylvain Roiret. « Café Comptoir de Lyon – Chez Sylvain », 4, rue Tupin, Lyon 2e.

1986. Bernard Lantelme. « La Pastourelle », 51, rue Tête-d’Or, Lyon 6e.

1987. Claude Chevalier. « Le Mâchon lyonnais », 46, av. Jean-Jaurès, Lyon 7e.

1988. Thierry Rochard. « Chez Chabert », 14, quai Romain-Rolland, Lyon 5e.

1989. [Pas de lauréat].

1990. Jean Vettard. « Café Neuf », 7, place Bellecour, Lyon 2e.

1991. Gilles Maysonnave. « Chez Brunet », 23, rue Claudia, Lyon 2e.

1992. Michel Laurent. « Le Garet », 7, rue du Garet, Lyon 1er.

1993. Jean Brouilly. « Jean Brouilly », 3ter, rue de Paris, Tarare.

1994. Jacques Dandel. « Le Val d’Isère », 64, rue de Bonnel, Lyon 3e.

1995. Marcelle Bramy, dite « La Grande Marcelle ». « Chez Marcelle », 71, cours Vitton, Lyon 6e.

1996. Roger et Jean-Paul Borgeot. « La Tassée », 20, rue de la Charité, Lyon 2e.

1997. Christiane Sibellin. « Chris », rue Victoire, Lyon 3e.

1998. Brigitte et Henri Josserand. « Le Jura », 25, rue Tupin, Lyon 2e.

1999. Daniel Leron. « Daniel et Denise », 2, rue de Créqui, Lyon 6e.

2000. Paul Bocuse. « Paul Bocuse », Collonges-au-Mont-d’Or.

2001. Josiane et René Thévenet. « Chez Paul », 11, rue Major-Martin, Lyon 1er.

2002. Maurice Débrosse. « La Meunière », 11, rue Neuve, Lyon 1er.

2003. [Pas de lauréat].

2004. Commémoration du 40e anniversaire.

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