Morand et la place Lyautey

- temps de lecture approximatif de 19 minutes 19 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

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Signe, s’il en est, de l’empreinte forte qu’a laissée l’architecte au coeur de la ville, la place Lyautey, située dans le 6ème arrondissement de Lyon est, alors que ce n’est plus son appellation officielle depuis 64 ans, encore aujourd’hui nommée, par de très nombreux Lyonnais, place Morand. Récemment, c’est sur cette même place qu’a été inauguré le dernier parc souterrain de la ville réalisé par Lyon Parc Auto. Son nom n’est autre que : Parc Morand.

[actu]Autrefois, les Brotteaux…[actu]

La création de la place et ses transformations s’inscrivent bien évidemment dans l’histoire globale de ce territoire s’étendant de l’autre côté du Rhône. Ancienne zone de divagations du fleuve, « les broteaux » désignaient le paysage constitué de lônes herbeuses.

Début XVIIIe, les Lyonnais, à la belle saison, prennent l’habitude d’aller chercher l’ombre et la verdure aux Brotteaux, par le bac à traille qu’ont établi les Hospices aux Cordeliers. A cette époque les Brotteaux appartenaient à la commune de la Guillotière qui dépendait administrativement du Dauphiné.

Peu à peu, il devint nécessaire de trouver un territoire d’expansion pour la ville de Lyon. Le développement de celle-ci est impossible dans la presqu’île surpeuplée. Deux projets voient le jour, pratiquement en même temps, dans les années 1763-1770 : celui de Perrache qui va agrandir la presqu’île vers le sud et, celui de Morand qui veut trouver de la place sur la rive gauche. Le projet de Morand est particulièrement important pour l’avenir urbanistique de Lyon. Mais, dans les années 1740 ce sont les Hospices Civils propriétaires des terrains qui font réaliser les premiers aménagements. Pour structurer un peu l’espace, en 1762, ils mettent en place, en plus des deux bacs à traille, une grande voie de 44 m de large dite la Grande allée, comportant deux contre-allées plantées de peupliers d’Italie : c’est le cours Franklin-Roosevelt actuel, jusqu’à la rue Duguesclin. En 1763, l’ingénieur Lallié dresse pour les Hospices un plan d’aménagement dont l’idée générale est de mettre en place un immense espace de 400 ha voué à la promenade et aux espaces verts.

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Plan Morand
Collection BM Coste 119

En fait, dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, une place apparaît en image et sans nom sur les plans. En 1764, sur celui que propose Jean-Antoine Morand aux recteurs de l’Hôtel-Dieu, on voit, sur la rive gauche, au bord du Rhône, un emplacement rectangulaire entouré par le damier des rues d’une ville à créer. C’est le célèbre « Projet d’un Plan général de la ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire dans les terrains des Brotteaux » . Il s’agissait, selon ce plan, de transformer la ville toute entière, inscrite dans un cercle dont le centre serait approximativement l’église Saint-Nizier.

Avec ce plan, Morand propose la création d’un canal circulaire pour dévier en partie les eaux du Rhône et évacuer les crues, ainsi qu’un réseau de rues en damiers parallèles au Rhône et comportant trois places stratégiquement placées, nommées actuellement : Puvis-de-Chavannes, Edgar-Quinet et Maréchal Lyautey. Il implique également la construction d’un nouveau pont sur le Rhône en remplacement des bacs, dans l’axe de la Grande allée existante, devenue l’épine dorsale du projet. Après avoir surmonté de lourdes et longues oppositions à son projet, Morand va gagner grâce à ses appuis parisiens. Le pont est construit et aura une longévité remarquable pour un pont en bois : de 1775 à 1885. Morand avait inventé un système astucieux qui rendait les piles et les travées indépendantes les unes des autres ; si l’une s’écroulait, l’autre demeurait.
En 1890, il est remplacé par un pont métallique. Le 1er septembre 1944 il sera dynamité par les allemands, reconstruit et de nouveau démoli pour le passage du métro en 1974, et réouvert à la circulation en 1977. La construction du pont Morand en 1775 est le premier jalon qui donne la possibilité aux habitants d’aller s’implanter rive gauche.

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Vue du pont Morand prise des Brotteaux
par Victor Fonville, lithographie de H. Brunet. Collection particulière

L’idée du plan en damier est également acceptée. Ce plan ne sera que très peu modifié par la suite et régit toujours aujourd’hui la morphologie de ce quartier.

Au 18e siècle, aux Brotteaux, les fêtes et les attractions sensationnelles se multiplient. En 1784, c’est l’ascension d’une Montgolfière qui emporta dans les airs 8 passagers dont Montgolfier lui-même. Des cirques, des chevaux de bois, un théâtre de marionnettes, des guinguettes s’ouvrent. Mais, l’installation des Lyonnais dans le quartier se fera, en fait, avec beaucoup de lenteur.

En 1789, des maisons de cinq étages s’élèvent autour de la place Morand. Théâtre des fêtes de la Fédération et de ses architectures éphémères, la plaine des Brotteaux est hélas aussi celui des fusillades de 1793.

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Ascension de la Montgolfière aux Brotteaux en 1784
Estampe dessinée par Boily.
In : tome 3 Histoire de Lyon de Steyert

Le développement de l’habitat bourgeois se fait peu à peu mais, en 1856, il ne constitue encore qu’une faible partie de l’arrondissement et s’établit, entre autres, sur le pourtour de la place Louis XVI qui comporte 4 carrés de prairies (sur lesquels on interdit aux chevaux de paître). Au début du XIXe on assiste plutôt au développement de l’habitat ouvrier.

En 1852 La Guillotière (et donc les Brotteaux) est rattachée à Lyon.

La vaste place, aujourd’hui place Lyautey (une demi place Bellecour) devint un trait permanent de la structure urbaine de ce quartier.

L’actuelle place Lyautey a changé très souvent de nom. En effet, elle a porté le nom de place des Brotteaux ; du pont Saint-Clair, Grande place, du pont Morand en 1826 ; c’est sous la Restauration que la place reçut le nom de place Louis XVI (attesté en 1839) ; elle a également porté le nom de place Robespierre, puis place Béranger (1848). Le nom de place Morand lui a été attribué le 22 février 1871. Place André-Maginot (24 avril 1940, dél. C.M. sans suite), Maréchal Pétain (dél. sans suite). Elle prit le nom de place Maréchal Lyautey en 1944, attribué par délibération du conseil municipal du 11 décembre.

Fin XIXe, un kiosque à musique est installé place Morand ; Gardes dans Lyon, l’art et la ville le décrit ainsi : Octogone régulier de 15 m de diamètre édifié en bois peint sur une assise de maçonnerie, celui de la place Morand (1883, Chavanne & L. Dugoujon) est dû à l’initiative de la brasserie du Bas-Rhin.

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Les nounous et kiosque à musique place Morand
Début XXe. Fonds Sylvestre. Cote SA 17/17

Au XXe siècle, suite aux travaux de la première ligne du métro de Lyon, la place a dû être réaménagée. Le 22 octobre 1977 a lieu l’inauguration. Le défilé coloré des majorettes officielles de Lyon envahit la place qui a été remodelée en espace de promenade dans le style des jardins à la Française. La circulation des automobilistes a été reportée sur le pourtour. Au nord, les joueurs de boules ont leur espace, la place est en effet un lieu où ils aiment se retrouver depuis longtemps. L’idée de faire pivoter la statue pour qu’elle soit face au 6ème arrdt a été évoquée mais ce serait difficile et onéreux. Malheureusement, la construction du nouveau pont a détruit la perspective sur le Rhône en raison de la surélévation de son arche.

En octobre 78, nouvelle inauguration suite aux derniers aménagements : piste de skate-boards, bancs… En fait, après les travaux du métro, le réaménagement de la place se fait progressivement et dure plusieurs années.

En 1981, on décide que le côté nord de la place sera divisé en 2. A l’est l’occupation est laissée aux boulistes, à l’ouest, on crée un grand square réservé aux enfants, aux jeunes mamans et aux bébés, le square est entièrement clos. Aujourd’hui ces dispositions n’ont pas été modifiées, la configuration reste la même, chaque génération peut s’approprier harmonieusement son propre espace de jeux, de rencontres ou de repos.

Pour en savoir plus :

Morand et les Brotteaux, par Josette Barre et Paul Feuga, éd. 1998
- un ouvrage fondamental sur Morand et l’histoire du quartier, réalisé avec rigueur par les deux auteurs qui ont pu enrichir leur travail en exploitant les documents des Archives municipales (Fonds Morand), départementales, ainsi que celles des Hospices Civils.

Histoire de la création du quartier des Brotteaux et de la construction du pont Morand, par Jean-Antoine Marie de Jouffrey, J. André, 1996

Lyon des origines à nos jours : la formation de la cité, A Kleinclausz, le chapitre III sur l’histoire des Brotteaux
- Les Brotteaux pendant et après la Révolution, l’histoire du peuplement du quartier, L’œuvre de Vaïsse…

Lyon, connaître son arrondissement, le 6e, par Jean Pelletier, Ed. lyonnaises d’art et d’histoire, 1999

La place Louis XVI, par A. Vachon n° 133, et 134 de 1995 de la revue Rive gauche
- Riche en détails concernant l’aménagement de la place, ses immeubles, ses habitants au fil du temps.

[actu]La place Lyautey aujourd’hui[actu]

Mise en place à partir de 1817, jugée trop grande à l’époque, la place Lyautey montre par sa proportion jugée aujourd’hui parfaite combien Morand était en avance sur son temps.

L’axe central Lyautey-Roosevelt-Vitton est toujours l’épine dorsale de l’arrondissement.

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La fontaine de la place

L’élément principal de la place est la fontaine monumentale. Réalisée par l’architecte Antoine Desjardins, elle commémore un événement politico-administratif d’importance. En effet, elle a été élevée sur une commande des habitants et de la ville pour remercier Napoléon III d’avoir instauré la disparition du péage sur les ponts du Rhône. La statuaire avait été confié au sculpteur réputé Guillaume Bonnet. A la base un large bassin ; au dessus : cinq gueules de lions remplissent cinq vasques qui symbolisent les cinq arrondissements du Lyon de l’époque. Au dessus cinq enfants (ou putti) dus au ciseau du sculpteur Clauses représentent la Navigation, la Force (ou l’Industrie), le Commerce, l’Histoire et la Géographie. Toutefois, c’est surtout la grande statue de 3 mètres 85 représentant la Ville qui retient l’attention des spectateurs. Bonnet aurait pris sa femme comme modèle. Altière, la tête parée d’une couronne murale, elle est drapée dans une longue robe à la romaine. La statue définitive en marbre de Carrare est posée en août 1867.

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La fontaine
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La fontaine (détail)

En 2001, le changement vivement souhaité a lieu : profitant des travaux nécessaires de restauration de ce monument, les architectes lui font opérer une rotation de 180° et c‘est désormais en direction du 6ème arrondissement que la statue est tournée. Depuis trois ans, l’eau (symbolique forte du monument) ne s’écoulait plus dans les cinq bassins et les sculptures s’étaient fortement dégradées au fil du temps. Une nouvelle pompe et un système de distribution de l’eau, entièrement neuf, permettent à l’eau de tomber, à nouveau, en débordant en nappes, des vasques aux bassins successifs. Après 6 mois de chantier la fontaine a pu retrouver sa splendeur initiale.

C’est un monument de style Second Empire qui marque l’extension, au milieu du XIXe siècle, des fontaines monumentales dans toutes les grandes villes de France et la suprématie artistique de la pierre que la fonte tendait à remplacer dans ce domaine. Elle est un signe qui donne au quartier sa personnalité.

A propos de la restauration de la fontaine en 2001, 2 articles :

Jouvence pour une fontaine, par G. Corneloup, Lyon figaro du 26 mars 2001

Une nouvelle jeunesse pour la fontaine Morand, par Sarah Geoffray, Le Progrès, 11 février 2001

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La fontaine avec enfants et lions
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Un des deux kiosques à fleurs

Les deux kiosques à fleurs qui subsistent encore aujourd’hui sont l’œuvre de l’architecte Charles Meysson (1911-1924) et Brizon pour la construction métallique. L’architecte avait prévu, à l’origine, quatre kiosques sur chaque place, cinq furent réalisés place Bellecour et deux, seulement place Lyautey. Bernard Marrey les décrit ainsi dans son ouvrage sur l’architecture Rhône-Alpes, éd. 1982 : Ils sont les derniers exemples de mobilier urbain légué par le 19e siècle, après la presque totale disparition des kiosques à musique, des kiosques à journaux et des pieds humides. …De trois mètres de côté, ils sont formés d’une charpente en fer, fixée dans un soubassement en ciment imitant la pierre blanche et d’une couverture en zinc.

Retiré pendant une longue période au moment des travaux du métro (19 ans), le buste de Joseph Serlin avait réintégré l’espace urbain, il siège toujours sur la partie ouest de la place.

Depuis l’année 2000, chaque année, début mai, un marché aux fleurs, organisé avec la collaboration du Parc de la tête d’Or et de la Société d’horticulture du Rhône, se déroule sur la place.

Un marché aux livres anciens et d’occasion créé plus récemment occupe désormais la place côté nord le premier et troisième samedi du mois. On peut y trouver également des cartes postales d’une autre époque ou des disques façon vinyle.

Un article du Progrès datant de mai 2002 est intitulé : Immobilier Place Maréchal Lyautey de plus en plus recherchée. Effectivement, aujourd’hui, la place bénéficie de nombreux atouts : métro, commerces, arbres, quiétude, immeubles en pierres de taille, exposition au sud, vue sur Fourvière. Les prix font partie des plus élevés de Lyon. L’auteur signalait : son seul point noir : les problèmes de stationnement car on ne trouve pas de parkings publics à proximité. Mais, désormais, ce problème est résolu …
Dernièrement, une vingtaine d’arbres on été planté, le projet final en intégrera une soixantaine dont la trame de plantation est définie par le plan Morand d’origine. Les dernières plantations seront réalisées en automne pour faciliter la reprise des arbres. Actuellement, même si l’accès est ouvert pour l’utilisation du parking, cette partie sud de la place est encore une zone en cours d’aménagement.

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Derniers arbres plantés
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La partie sud en devenir

La place Lyautey
- Blog illustré et très documenté.

[actu]Le parc Morand[actu]

Mis en service le 20 août 2008, inauguré le 10 septembre par Jean-Louis Touraine, président de LPA, et Gérard Collomb, avec ses 725 places c’est le 28ème parking créé par Lyon Parc auto qui gère 80 % des parcs publics de l’agglomération. Il est creusé sur six niveaux sous la place Lyautey. Il était inclus dans le projet d’aménagement des berges du Rhône afin de pallier la perte des places de parking des bas-ports (Voir notre dossier Repères : Lyon se penche sur ses berges). Auparavant, l’ouverture du parc Fosse aux ours avait depuis décembre 2006 offert déjà 423 places. LPA s’inscrit dans la politique générale des déplacements de l’agglomération visant à favoriser l’usage de modes alternatifs à la voiture en ville. Le parc Morand offre à ses usagers un accès piéton facile au nord de la presqu’île, aux berges du Rhône et à l’axe commerçant Vitton-Roosevelt.

Plans du parc sur le site de Lyon Parc Auto

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Accès au parking

Un édicule architectural à structure métallique et entouré de plaques de verre marque l’accès piéton du parc, il évoque l’œuvre de Morand.

Tous les parcs de Lyon Parc Auto proposent une ambiance architecturale forte ponctuée par une ou plusieurs œuvres d’art contemporaines. Le parking Morand a été confié à l’artiste lyonnais Georges Adilon pour l’habillage artistique. « Trois jeux de traits », tel est le nom de l’œuvre placé au plafond, au sol et sur les murs. Elle est constituée de jeux de lignes lumineuses, blanches et noires créant des traits de lumières en lignes brisées, des rythmes syncopés sur les murs ou sont disposées des lames en acier laqué noir de quelques millimètres d’épaisseur et de longueurs variables et sur les sols de fers plats en acier inox incrustés. Chacun des six niveaux est unique… Né à Lyon en 1928, l’artiste peintre est aussi l’architecte du collège des Maristes à Lyon et à la Verpillière. Il est connu notamment pour sa fresque murale appliquée sur l’usine d’incinération de Rillieux-la-Pape. Extrait de l’article du Progrès du 12/9/08 : Parking Morand : des voitures et des traits ; et de Bâtiment et TPE en Rhône-Alpes, article du 28 août 2008.

Documents sur Georges Adilon consultables à la BM

Avant d’accéder aux différents niveaux, les piétons pourront découvrir un agréable parcours muséographique consacré à Morand : les grandes étapes de sa biographie, une belle reproduction du plan circulaire en couleur, un tableau réalisé par Morand,… Un buste de l’architecte va également être installé.

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L’édicule
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Accès piétons


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[actu]Jean-Antoine Morand 1727-1794[actu]

Le 10 novembre 1727, il nait à Briançon. Issu d’une famille de juriste, Jean-Antoine, durant sa jeunesse, s’engage quelques temps dans la religion, mais, il finit par rompre pour s’orienter vers la peinture. En 1744, il s’installe à Lyon où, 4 ans après, âgé seulement de 21 ans, il ouvre un petit atelier de peinture. Ses bénéfices lui permettent d’installer sa famille à Lyon (rue Grenette) en 1753. Durant ces premières années lyonnaises, il noue des relations avec l’architecte Soufflot. Cette rencontre sera décisive. Ce dernier l’associe au projet d’une nouvelle salle de spectacles le Théâtre de Lyon, située alors à l’endroit même où se trouve aujourd’hui l’opéra. Afin d’élargir sa formation, il passe 6 mois à Paris, puis, de retour à Lyon, il participe à l’organisation de fêtes publiques et surtout à la décoration du Théâtre. Il loue alors un atelier plus grand, engage des peintres-décorateurs, un menuisier. Appelé par le roi à Paris en 1755, Soufflot lui confie la direction de la décoration du Théâtre. Ce fut un triomphe pour Morand qui devint connu et son talent apprécié. C’est à partir de cette époque qu’il devient architecte et promoteur. Sa vie privée change aussi. En 1759, il épouse Antoinette Levet, ils s’installeront dans leur immeuble du quai Saint-Clair (16 quai Lassagne). Morand fait ensuite élever la plupart des riches habitations du quai saint-Clair.

En 1765, il achète les 7 ha du pré Deschamps, appelé tout de suite pré Morand, situé au-delà de l’extrémité de la Grande allée et dont le centre correspond à notre actuelle Place Kléber. Cette acquisition est le point de départ de toute l’entreprise de Morand dans la création du quartier urbain au milieu de la plaine des Brotteaux alors entièrement rurale.

Il conçoit son projet connu sous le nom de Ville circulaire. Avec sa société il fait construire le pont en bois, et, ce sera un succès ; jamais les crues du Rhône ne lui ont causé le moindre dommage.

Il construit, en Italie le célèbre théâtre de Parme (1759). Il a été également nommé architecte du chapitre primatial à Lyon en 1777.

Morand, s’intéresse à l’histoire de l’art. Il constitue d’ailleurs une collection importante de dessins, de gravures. C’est un homme qui est représentatif du 18e siècle par sa grande curiosité d’esprit et son ouverture aux nouvelles techniques. Architecte bien sûr, mais il fut d’abord un grand urbaniste, un promoteur et un visionnaire.

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Un buste de Morand

En 1793, les travaux incessants de Morand pendant les 53 jours de siège, pour la défense de la ville, le désignaient naturellement à la vengeance du vainqueur. Il ne nie pas sa participation à la défense de la ville, ni son attachement à la cause royale. Il est exécuté place des Terreaux, le 24 janvier 1794.

Notice sur Morand et Perrache, lue à l’Académie de Lyon par Martin-D’Aussigny, ed. 1874

Histoire des deux Antoine et du vieux pont Morand
- Chapitre de la Revue du Lyonnais (consultable en ligne) éd. de 1886, série 5, n° 2 qui présente le parcours de Perrache et de Morand et contient un reproduction du pont en bois.

La Maison de Morand aux Brotteaux, Rive gauche, n°119, décembre 1991, par A Vachon
- Plusieurs plans accompagnent l’histoire de « La Paisible » que Morand construisit et habita pendant 5 ou 6 ans. C’est sur ce terrain, actuellement place Kléber, dans une belle maison que le célèbre restaurateur Pierre Orsi officie.

En 1978 et en 1993, Pierre Morand de Jouffrey dépose aux Archives municipales de Lyon la majeure partie des archives de sa famille et, notamment la totalité des documents provenant de son ancêtre Jean-Antoine Morand : Plans et dessins, comptabilité, dossiers de travaux, correspondance familiale, notes diverses. Ce fonds, très riche, est consultable par le public aux Archives.

Deux expositions ont été réalisées par les Archives municipales de Lyon, une en 1985 et l’autre en 1994, deux catalogues ont été édités :

Jean-Antoine Morand, architecte lyonnais 1727-1794 , catalogue de l’exposition réalisée par les A. M. de Lyon en 1985, par Henri Hours et Michel Nicolas
- Présente de nombreux plans, des feuilles de croquis, des extraits de lettres.

Hommage à Morand : à l’occasion du prêt à usage des papiers Morand de Jouffrey, catalogue de l’exposition des Archives municipales au Palais Saint-Jean, 1993-1994 ; études par Jeanne-Marie Dureau, Claude Mermet, Marie-Félicie Pérez
- 1994 est la date qui marque le 200e anniversaire de la fin tragique de l’architecte. L’exposition et son catalogue font connaître les acquisitions de Morand : des estampes de Piranèse, des aquarelles de Clérisseau, quelques vues rarissimes de l’architecte Victor Louis, et, des dizaines d’autres pièces inédites qui témoignent de son activité de décorateur, de ses voyages en Italie et de sa passion de collectionneur. Le livre contient également la biographie écrite par son arrière-petit-fils en 1854 ainsi qu’un hommage à l’architecte et à l’entrepreneur.

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