Mont Blanc, la science au sommet

- temps de lecture approximatif de 29 minutes 29 min - Modifié le 17/06/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

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Cet été, mettez-vous dans la peau des scientifiques qui, dès le XVIII° siècle, ont découvert les richesses de nos cimes alpines…
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La caravane de Saussure en pleine ascension du Mont Blanc

Autrefois, les montagnes étaient considérées comme la demeure des esprits malins et de l’âme des défunts, le lieu choisi par les sorcières pour se livrer à leur sabbat. Jusqu’à la fin du XVII° siècle, les reliefs étaient tout à fait ignorés par les scientifiques, qui ne voyaient en eux que des obstacles géographiques, des lieux infertiles et inutiles. Seuls les cols avaient droit à l’attention des cartographes, car ils permettaient le passage entre deux vallées, entre deux États. Mais personne ne se souciait encore de connaître l’altitude des pics ou la forme des massifs. Le Mont Blanc, longtemps, ne porta même pas de nom (si ce n’est celui de « montagne maudite », donné par les gens de la vallée voisine).

À la fin du XVIII° siècle, pourtant, il commence à faire l’objet de toutes les attentions : les cartographes s’y intéressent, mais aussi les botanistes, les géologues, les chimistes, les physiciens… En 1786, il est enfin conquis. L’année suivante, Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799), un savant genevois, inaugure l’ère des expéditions scientifiques sur le « toit de l’Europe ». Mesuré, jaugé, parcouru, le Mont Blanc connaît une nouvelle notoriété à la faveur du développement de l’alpinisme. Au XIX° siècle, il est l’objet de nombreux récits de voyages, et devient vite un incontournable des guides touristiques dédiés aux Alpes. Deux observatoires scientifiques y sont construits, rivaux et complémentaires à la fois dans la connaissance de la montagne et de l’univers : leur histoire est un véritable feuilleton qui mérite que l’on s’y attarde.

Sur les traces de ces épopées scientifiques, découvrez ou redécouvrez l’espace du Mont Blanc avec l’œil du chercheur : c’est ce que nous vous proposons cet été. Partez à la découverte des glaciers et de l’écosystème montagnard, découvrez la formation des cristaux de roche, prenez de la hauteur pour contempler les étoiles dans la nuit estivale !

La science au Mont Blanc, ou quand les hommes découvrent la beauté de la nature…

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Violettes des Alpes



Sommaire

1. Le Mont Blanc, observatoire de la nature

- 1786 : La cime enfin conquise
- Horace-Bénédict de Saussure, pionnier des sciences naturelles
- La montagne comme laboratoire

2. L’épopée des observatoires

- L’observatoire Vallot, une expérience qui dure encore
- L’entreprise Janssen ou la folie des hauteurs

3. Aujourd’hui… redécouvrir la montagne autrement

- Approcher les glaciers
- Comprendre le relief et son histoire
- Au plus près des étoiles
- Découvrir la faune et la flore

21. Le Mont Blanc, observatoire de la nature2

[actu]1786 : La cime enfin conquise[actu]

En 1760, Horace Bénédict de Saussure, un savant genevois, fait le voyage jusqu’à Chamonix. Accompagné de son guide Pierre Simon, il monte à la montagne du Brévent, belvédère exceptionnel sur la cime du Mont Blanc. Un projet fou prend alors naissance : accéder au sommet de cette montagne aux neiges éternelles. La science en serait la première bénéficiaire, puisqu’en ce siècle des Lumières, chaque partie du monde doit être visitée, mesurée, connue des esprits éclairés. Il faut mettre fin à l’ignorance qui fait des reliefs terrestres un monde à part, effrayant et repoussant.

Encore faut-il trouver l’itinéraire adéquat ! Et encore faut-il trouver celui qui acceptera de le tracer… Peu d’hommes sont près à se risquer dans ce monde minéral et glacial. Qu’à cela ne tienne : Saussure propose une forte récompense à qui lui permettra de réaliser son rêve.

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En montant au Mont Blanc : l’arête de l’aiguille du Bionnassay
Fonds cartes postales BmL

De nombreuses tentatives sont réalisées, car l’enjeu (ou plutôt la somme) est de taille pour les gens de la vallée. Suite à l’une de ces tentatives, au début de l’été 1786, Jacques Balmat, cristallier de son état, se trouve contraint de passer la nuit en montagne. C’est le premier bivouac de l’histoire : la preuve est désormais faite que la nuit en haute altitude n’est pas synonyme de mort certaine.

Le 7 août 1786, le même Balmat, accompagné du Docteur Michel Paccard de Chamonix, partent ensemble à l’assaut du sommet. Ils y parviennent le 8 août à 18h23, suivis à la lorgnette par le Baron de Gersdorf qui certifie l’ascension :

« Dans la soirée du 7, ils ont dormi dans une cabane sur la montagne de la Côte et ils sont repartis au lever du jour. Ont rencontré de légères difficultés avec les crevasses et les endroits glissants ; […] Pour les crevasses ouvertes, ils posaient leurs deux alpenstocks à travers et marchaient à quatre pattes. [Le docteur Paccard] attacha un mouchoir rouge sur un bâton et le planta au sommet et nous l’avons vu ensemble hier et aujourd’hui » (cité dans l’ouvrage de Philippe Joutard, L’invention du Mont Blanc , p.165).

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Statue de Saussure et Balmat regardant la cime du Mont Blanc, à Chamonix
Fonds cartes postales BmL

Saussure est immédiatement mis au courant, mais quand il accoure à Chamonix pour tenter enfin l’aventure, les conditions ne sont plus au beau fixe ; il est contraint d’attendre l’année suivante pour avoir enfin le privilège de poser ses instruments de mesure au sommet du Mont Blanc.

Mais l’évènement fait date : désormais, la montagne est un espace à conquérir par tous les alpinistes, par tous les voyageurs épris d’absolu et… par tous les scientifiques.

[actu]Horace-Bénédict de Saussure, pionnier des sciences naturelles[actu]

Saussure est de ceux qui, contrairement à son contemporain Buffon par exemple, pensent que la science ne peut progresser que par l’expérience du terrain. Sa démarche se veut naturaliste et pragmatique : les observations faites sur place sont la source essentielle de la connaissance. Au XVIII° siècle, les disciplines ne sont pas cloisonnées, et Saussure s’intéresse à tout : botanique, hygrométrie, géologie, météorologie, minéralogie, chimie, et jusqu’à la glaciologie, champ de recherche dont les bases restent encore à construire. Pour son ascension du Mont Blanc, le savant prépare une série d’expériences : puisque personne n’y a jamais travaillé, chaque détail compte pour la science.

Il atteint enfin le sommet le 3 août 1787, après deux nuits en bivouac, à la tête d’une impressionnante expédition de dix-huit guides (dont Jacques Balmat). Dans les charges portées par chacun, on trouve des baromètres, des thermomètres, des hygromètres, une boussole, des flacons pour échantillonner la glace, la neige et l’air, des produits chimiques dont la réaction en altitude est à tester (liqueur de Boyle, eau de chaux, etc.).


A la découverte du Mont Blanc

Saussure passe quatre heures et demi sur la cime ; il mesure le pouls de ses compagnons, et constate le fameux « mal des montagnes ». Il étudie la couleur du ciel, la vitesse du vent, la forme du massif alpin qu’il domine, il détermine l’altitude du Mont Blanc à 2450 toises (soit environ 4775 mètres, pas si éloigné des 4810 mètres que l’on admet aujourd’hui). Il mesure le dénivelé de la pente la plus raide. Il constate l’absence d’animaux, et la présence de lichen sur les dernières roches de la montagne (à plus de 3000 mètres d’altitude). Il prélève des morceaux de roche granitique pour les analyser, s’intéresse à la formation des glaciers (à partir de couches de neige accumulées en strates), à leur glissement, à leur fluctuation de longueur et à l’érosion qu’ils provoquent.

L’ensemble de l’expédition et des observations qui ont été faites est rapporté par Saussure lui-même, dans sa Relation abrégée d’un voyage à la cime du Mont Blanc, publiée en 1788, et dans le Journal de l’ascension du Mont Blanc (édité pour la première fois en 1926).

[actu]La montagne comme laboratoire[actu]

L’aventure d’Horace-Bénédict de Saussure au Mont Blanc n’est qu’un exemple du mouvement de quête d’une connaissance exhaustive du monde, qui caractérise le XVIII° siècle. C’est en effet l’époque des expéditions scientifiques aux quatre coins du globe, dans les terres, dans les mers et… dans les airs. La première montgolfière prend son envol en 1783, et Saussure assiste à celle des frères Montgolfier à Lyon, en 1784. C’est à cette occasion qu’il se lance dans l’étude de la météorologie.

Or, quel meilleur observatoire que la montagne pour étudier les mouvements de l’air et ceux du ciel ? En plaçant un observateur au Mont Blanc (Saussure lui-même), un autre en fond de vallée (son fils Nicolas-Théodore), et un troisième à Genève (son ami Jean Senebier), le savant effectue une comparaison de mesures atmosphériques qui préfigure la science complexe de la météorologie.

L’écosystème de la haute montagne est également à découvrir. À la suite de Saussure, topographes et naturalistes se rendent au Mont Blanc pour en étudier la situation si particulière (on y grimpe assez facilement avec un peu d’entraînement). L’altimétrie devient un élément incontournable : elle mesure les hauteurs, détermine et reporte sur la carte les contours du relief, grâce à des courbes de niveaux.

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La découverte du Mont Blanc par les cartographes

Les cartographes affinent donc leurs travaux. Le toponyme « Mont Blanc » apparaît pour la première fois avec l’anglais Faden, qui dresse en 1778 une carte de la Suisse. Par la suite, des cartes spécialisées (géologiques, glaciologiques, etc.) se développent.

L’annexion de la Savoie à la France en 1860 fait du Mont Blanc une montagne frontière : le monde militaire et politique a désormais pour priorité de maîtriser parfaitement l’espace alpin, sommets compris : l’intérêt pour la topographie du Mont Blanc redouble donc.

En fait, jusqu’à la seconde moitié du XIX° siècle, l’on ne conçoit pas encore de monter en altitude au seul motif de son plaisir personnel. La science reste le prétexte principal des ascensions – du moins en apparence. Partir en expédition dans ces contrées rudes et glaciales est souvent considéré comme une aventure dangereuse : seuls quelques hurluberlus masochistes pourraient en faire un voyage d’agrément… Pourtant peu à peu, les mentalités évoluent et l’alpinisme en tant que loisir commence à entrer dans les mœurs à partir des années 1850. Mais les scientifiques de profession gardent un intérêt soutenu pour le massif du Mont Blanc.

Pour en savoir un peu plus :

Yves Ballu, À la conquête du Mont Blanc

Philippe Joutard, L’invention du Mont Blanc ,

Horace-Bénédict de Saussure, Journal de l’ascension du Mont-Blanc

Bicentenaire de la première ascension du Mont Blanc

Gherardo Priuli et Patrizia Garin, Le Mont Blanc dans la gravure ancienne

Laura et Giorgio Aliprandi, La découverte du Mont Blanc par les cartographes, 1515-1925

22. L’épopée des observatoires 2

[actu]L’observatoire Vallot, une expérience qui dure encore

[actu]

Joseph Vallot (1854-1925) est, comme Saussure en son temps, un particulier plus ou moins autodidacte qui consacre sa vie à la science. Parisien d’adoption, il vient à Chamonix en 1875, à l’occasion d’un congrès de géologie. Fasciné par le Mont Blanc, son altitude et sa monumentalité, il décide d’en faire son laboratoire.

En juillet 1887, accompagné des guides Michel Savioz et Alphonse Payot, il réalise un record : passer trois jours et trois nuits au sommet même de la montagne, sous la tente, à 4810 mètres d’altitude, dans des conditions plus qu’extrêmes. Un orage éclate durant la troisième nuit, et Vallot et ses compagnons sont traversés par un courant électrique diffus : « mes cheveux se dressent sous l’action de l’électricité, il me semble qu’on me les tire chacun séparément. Sur tout le corps, on sent des étincelles », raconte-il dans le rapport qu’il fait de l’expédition, à la fin de l’année 1887. Il y décrit, entre autres observations scientifiques, le phénomène d’acclimatation à l’altitude : au bout de trois jours, les hommes ont moins de peine à respirer malgré la raréfaction de l’air.

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Le glacier des Bossons
Fonds cartes postales BmL

Vallot souhaite désormais pousser l’aventure plus loin : il lui faut un véritable laboratoire en dur, un observatoire de haute altitude. Mais il est impensable de construire au sommet, car selon lui, la cime est constituée d’un glacier mouvant et instable : l’emplacement rocheux le plus élevé est le bas de l’arête des Bosses, à 4358 mètres d’altitude. C’est là que sera construit l’observatoire Vallot, qui aura pour annexe un refuge ouvert aux alpinistes.

Au début de l’été 1890, cent dix guides et porteurs sont réquisitionnés pour transporter les matériaux de construction jusqu’au site choisi ; à la fin du mois de juillet, le bâtiment se dresse déjà fièrement sur le rocher. Mais peu à peu, il est envahi par des congères de neige ; et de toute façon, Vallot le trouve trop exigu pour accueillir les scientifiques qu’il invite régulièrement.

En 1898, un second observatoire est donc construit, un peu en contrebas. Il est en bois, à double paroi, revêtu de feuilles de cuivre sensées assurer l’étanchéité et procurer un peu de chaleur par réverbération. Vallot s’y installe confortablement : un salon chinois, avec tentures fines et ameublement luxueux, y est même installé ! C’est ce luxe qui permettra au savant de passer près d’une année entière à 4350 mètres d’altitude, entouré d’une nature très belle, mais aussi très hostile.

Entre autres recherches, Vallot cherche à mesurer la vitesse d’écoulement des glaciers. En 1891, il y abandonne notamment une plaque de plomb sur laquelle est inscrite la phrase : « Porté au sommet du Mont Blanc et déposé en place le 28 septembre 1891. J. Vallot ». Tout l’enjeu est maintenant de retrouver en contrebas cet émouvant objet, emporté par le courant glacé…

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Le refuge Vallot
Fonds cartes postales BmL

Après trente-quatre ascensions et une vie bien remplie à l’observatoire, Vallot décide, dans les années 1920, de léguer son bâtiment à la communauté scientifique. Pourtant celle-ci, considérant notre homme comme un philistin (il n’a pas reçu de formation spécifique et n’est pas membre de l’Académie des sciences), refuse. Ce n’est qu’en 1973, soit bien après la mort de Vallot, que le CNRS le réinvestit. Les Annales de l’Observatoire, qu’il a rédigées durant sa longue carrière et qu’il a agrémentées de nombreuses photographies, sont elles-aussi redécouvertes : publiées de 1893 à 1917, elles ont une valeur immense pour les glaciologues d’aujourd’hui.

[actu]L’observatoire Janssen ou la folie des hauteurs[actu]

Jules Janssen (1824-1907) s’intéresse lui aussi au Mont Blanc pour faire avancer la science. Il est, lui, membre de l’Académie des Sciences depuis 1873, et est chargé de diverses missions qui lui font parcourir le monde, du Pérou aux Açores en passant par la Grèce. Son domaine de prédilection est l’astronomie : il fonde l’observatoire d’astrophysique de Meudon en 1876, institution devenue aujourd’hui une référence pour l’étude du Soleil.

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Observatoire Janssen
© Observatoire de Paris

Du 17 au 23 août 1890, Joseph Vallot le reçoit dans son observatoire du rocher des Bosses, dont la construction vient d’être achevée. Janssen fait alors l’ascension au Mont Blanc : il est convaincu de l’utilité d’un observatoire à installer au point le plus haut du massif car, contrairement à Vallot, il juge l’entreprise possible. Selon lui, l’astronomie, la physique et la météorologie s’en trouveraient enrichies.

L’Académie donne son accord ; consulté, l’ingénieur Gustave Eiffel, père de la tour du même nom, se déclare prêt à entamer les travaux, à la condition qu’une surface rocheuse puisse être trouvée à moins de quinze mètres sous la glace pour servir de fondations. Un travail colossal de recherche est alors lancé : les hommes creusent un tunnel dans la calotte glaciaire sommitale, mais hélas, les résultats sont décevants. À douze mètres de profondeur, il n’y a toujours pas de trace de rocher. Par contre, à six mètres de la surface gît…un noyau de pruneau. Cela devrait servir de signal d’alarme : s’il s’est enfoncé ainsi dans la glace, c’est que le même sort attend sans doute tout objet placé au sommet ! Gustave Eiffel se retire de l’entreprise, la jugeant irréalisable.

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Le Mont Blanc depuis le lac Blanc : la cime, un objet de convoitise ?
Fonds cartes postales BmL

Mais Janssen ne s’avoue pas vaincu : coûte que coûte, il construira son observatoire sur la glace. Obstination, dites-vous ? Des études sont lancées pour en tester la résistance. À la fin de l’année 1893, le bâtiment se dresse donc fièrement au sommet du Mont Blanc. L’entreprise fait de l’ombre à celle de Joseph Vallot, que Janssen semble d’ailleurs mépriser…

Pourtant il n’est pas évident de travailler à une telle altitude et surtout, bon nombre d’observateurs craignent que les neiges du sommet ne se déplacent, entraînant avec elles la chute de l’édifice.

Et cette crainte s’avèrera justifiée ! D’année en année, la construction s’enfonce et dérive un peu plus dans la glace, exactement comme le noyau de pruneau… La mort de Janssen en 1907 signe la fin de l’aventure : en 1909, déjà bien englouti par le glacier, le bâtiment est démantelé pour servir de bois de chauffage à l’observatoire Vallot. Certains verront là une revanche de l’autodidacte passionné sur l’académicien arrogant… Libre à chacun d’interpréter les faits à sa manière.

Toujours est-il que durant ses quelques années d’existence, l’observatoire a tout de même servi à effectuer des recherches importantes sur le spectre solaire, l’électricité atmosphérique, l’ozone, l’hyperglobulie d’altitude, ou encore la bactériologie de la neige et de la glace. Vénus et Mercure ont été étudiés, et la couronne du Soleil a même été photographiée.

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L’observatoire dérive dans la glace
© Observatoire de Paris

Bien qu’impitoyable, insensible aux volontés de l’homme, la montagne est donc bien un « laboratoire de luxe » pour qui cherche à sonder la nature…

Pour en savoir un peu plus :

Robert Vivian, L’épopée Vallot au Mont Blanc : 100 ans déjà…

Philippe Bonhème, « Duel au sommet du Mont Blanc », Alpes Magazine, n°21, mai-juin 1993, p.82-59

Gaston Rébuffat, Chamonix Mont Blanc 1900

Françoise Launay, Un globe-trotter de la physique céleste : l’astronome Jules Janssen

Claude Francillon, « Mont Blanc : Joseph Vallot, un savant homme sur le toit de l’Europe », Le Monde, 18 septembre 1998

Charlie Buffet, « Les aventures de Joseph Vallot au Mont Blanc », en cinq parties, Libération, du 10 au 15 août 1998

23. Aujourd’hui… redécouvrir la montagne autrement2

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Grand Balcon Nord
Mario Colonel © Office de Tourisme de Chamonix

Cet été, de nombreux organismes se proposent de vous initier, à la suite des grands savants d’autrefois, aux merveilles de la nature montagnarde. L’énigme des glaciers, la belle histoire des roches et des cristaux, le ciel pur empli de constellations à reconnaître, et bien sûr, la diversité de la faune et de la flore alpine… Les idées de manqueront pas pour les amoureux des sciences de la nature dans la région du Mont Blanc.

En guise de mise en bouche, le Centre de la nature montagnarde

de Sallanches, installé au Château des Rubins, vous permettra de découvrir, selon différents niveaux de lecture adaptés à chacun, les secrets du climat montagnard au fil des saisons, ceux des milieux extrêmes (en haute altitude), ceux de la forêt et de sa faune, et vous initiera même à la science géologique. Dispositifs sonores, films, odoramas, jeux interactifs… La montagne met tous vos sens à contribution ! Les maisons et chalets des Réserves naturelles autour du Mont Blanc (Aiguilles Rouges , Passy , Contamines-Montjoie ), ainsi que le Musée Alpin

de Chamonix et le Parc animalier de Merlet (commune des Houches) viendront parfaire votre initiation. Il ne vous reste plus qu’à plonger tête la première dans la découverte des secrets du massif du Mont Blanc…

[actu]Approcher les glaciers[actu]

Jusqu’en avril 2011, l’exposition « Des Glaciers et des Hommes », à l’Espace Tairraz à Chamonix, permet de comprendre le phénomène glaciaire, les conséquences des changements climatiques sur ces époustouflantes (effrayantes ?) « glacières », grâce à un voyage à travers les légendes bâties par les hommes depuis la nuit des temps. Modelant les paysages, affluant et refluant au fil du temps, les glaciers sont aussi présentés selon une démarche scientifique qui permet, notamment, de s’imaginer l’époque où les langues glaciaires parvenaient jusqu’à Lyon…

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Exposition « Des glaciers et des hommes »

Et maintenant, place au terrain ! Le Mont Blanc voit couler sur ses flans de nombreux glaciers qui ne demandent qu’à livrer leurs secrets. Du 16 au 18 août 2010, le Centre de la nature montagnarde de Sallanches propose, sur réservation, un stage intitulé « Évolution postglaciaire et dynamique actuelle des glaciers du Mont Blanc », animé par Sylvain Coutterand, glaciologue au CNRS. Au programme : initiation à la glaciologie, excursion à la Mer de Glace et au glacier d’Argentière, avec observation fine de la glace, mesure de son âge et de sa température…

Le 19 août, l’association des amis de la Réserve naturelle des Aiguilles Rouges propose également une sortie commentée au glacier des Pélerins (toujours sur réservation). Enfin, citons l’organisme Chemins d’en haut , basé à Saint-Gervais, qui vous propose tous les jeudis de l’été des « randos glacier » d’une journée, au glacier du Bionnassay.

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Séracs
Fonds cartes postales BmL

[actu]Comprendre le relief et son histoire[actu]

Le massif du Mont Blanc et ses alentours sont constitués de roche granitique cristalline, formée notamment de quartz, de mica, de feldspath, etc. Durant l’ère glaciaire, les glaciers ont considérablement érodé la montagne en formant des cirques et des auges qui leur permettaient de s’écouler vers les grands bassins tels que le Rhône ou le Léman. Mais les reliefs alentours restent, eux, très accidentés et effilés, sculptés par le temps et l’érosion. Peu à peu, pendant des milliers d’années, des cristaux de quartz se formèrent, qui font aujourd’hui le bonheur des minéralogistes du monde entier. Les glaciers ont aussi laissé ça et là des traces de leur passage : les lacs de montagne (Lac Blanc, Lac Cornu, Lacs Noirs, etc.) sont autant de miroirs célestes dans lesquels, hélas, il ne fait pas vraiment bon se baigner (l’eau atteint rarement les 10°C). Ils ont vu le jour suite à la formation de barrages morainiques déposés lors du retrait des glaciers : l’eau est en fait restée « emprisonnée » en altitude.

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Le lac Blanc
Mario Colonel © Office de tourisme de Chamonix

L’exposition des Cristaux de l’Espace Tairraz de Chamonix vous présente jusqu’en avril 2011 les plus beaux spécimens de quartz fumés et de fluorines roses que la nature a fait éclore au Mont Blanc. Vous apprendrez les secrets de leur formation, de leur structure et de leurs couleurs, tout en faisant connaissance avec d’autres minéraux venus du monde entier (Himalaya, Rocheuses, Oural, Namibie…).

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Exposition de cristaux

Ensuite, la 14ème édition du festival Rencontres & Nature des Houches met à l’honneur, du 26 juillet au 06 août prochain, les sciences de l’environnement. Elle donnera cette année la part belle à la géologie. Alors que les enfants pourront partir à la chasse aux cristaux, vous apprendrez, le sac au dos et de solides chaussures aux pieds, à « lire » les paysages, décrypter les traces des étapes de formation du massif alpin, avant d’assister aux conférences thématique.

Les passionnés pourront aussi, sur réservation, participer au stage organisé par le Centre de la nature montagnarde, intitulé sobrement « Initiation à la géologie du Pays du Mont Blanc », qui se déroulera du 02 au 04 août. Sur les pas d’Horace-Bénédict de Saussure, qui s’était rendu au Col du Bonhomme pour mieux comprendre la Terre, préparez vous à un voyage dans le temps, raconté par la montagne elle-même…

[actu]Au plus près des étoiles[actu]

La montagne est parfois perçue comme un véritable escalier vers le ciel. C’est sans doute ainsi que la concevait l’astronome Jules Janssen qui voulait, coûte que coûte, installer un observatoire au « sommet de l’Europe ». Il faut dire que l’air, raréfié par l’altitude, semble plus limpide qu’ailleurs ; il laisse percevoir, la nuit, une voûte céleste ahurissante de beauté (à condition de profiter d’une météo favorable et de pouvoir s’écarter des pollutions lumineuses !).

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La Lune
NASA © Glenn research center (NASA – GRC)

Les chanceux et les vrais passionnés emporteront leur télescope et leur carte du ciel sur les hauteurs pour contempler l’espace. Ceux qui souhaitent simplement s’initier pourront, eux, faire appel à la Réserve naturelle de Passy (les 22 juillet, les 5 et 9 août) ou à l’organisation Chemins d’en haut pour partir en excursion nocturne, à la rencontre des étoiles, des planètes et des galaxies.

Le mois d’août est aussi connu pour les nombreuses « étoiles filantes » qui strient le ciel d’été. C’est l’occasion rêvée d’en apprendre plus sur ces météorites : le 06 août est donc organisée au Majestic de Chamonix la conférence « Météorites, messagères de l’espace », par Alain Carion. De quoi garder, au moins pour un moment, « la tête dans les étoiles ».

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Conférence sur les météorites

[actu]Découvrir la faune et la flore[actu]

L’écosystème montagnard est extrêmement riche ; étagées selon l’altitude, la faune et la flore des Alpes s’adaptent au froid, à la neige et au manque d’oxygène. En effet, à mesure que l’on s’élève en altitude, la pression atmosphérique diminue, et la proportion d’oxygène dans l’air respiré diminue d’autant. L’effort, pour l’homme comme pour les animaux, est donc plus pénible : il faut s’adapter. Les arbres eux-mêmes ne poussent plus au-delà de 2300 mètres d’altitude, et la végétation se raréfie. En fait, l’écosystème est communément divisé en trois étages : au niveau des neiges éternelles, on ne rencontre que quelques oiseaux, et quelques spécimens de fleurs comme la renoncule des glaciers. Un peu plus bas, au niveau dit « alpin » (les prairies) se rencontrent beaucoup d’espèces aux superbes floraisons (la gentiane, la campanule, l’edelweiss). Dans ces prairies et dans les éboulis de pierre, on retrouve le bouquetin, la marmotte, l’aigle royal, le gypaète barbu (réintroduit dans les années 80) voire, un peu plus haut, l’hermine et le lièvre variable. Enfin, les sous-bois de l’étage subalpin sont très riches en fleurs de toutes sortes (le « sabot de Vénus », le lis martagon, l’ancolie des Alpes, la myrtille, le rhododendron, l’arnica…) et sont habités par le cerf, le chevreuil, l’écureil, le pic vert, etc.

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Bouquetin
Mario Colonel © Office de tourisme de Chamonix

Pour découvrir cet univers, il s’agit de se faire oublier : la discrétion, ainsi qu’un équipement de marche et des jumelles, vous aideront à observer les animaux dans leur environnement. Les maisons d’accueil des Réserves naturelles (Aiguilles Rouges , Passy et Contamines-Montjoie ) vous permettront de vous documenter et de préparer votre excursion sur les sentiers de découverte. Le Parc animalier de Merlet , sur la commune des Houches, permettra sans doute aussi quelques rencontres intéressantes…

Plusieurs possibilités s’offrent à vous pour être guidés dans cette quête de connaissance des écosystèmes montagnards.

Pour découvrir les petites bêtes de nos forêts, vous pouvez, là encore, faire appel à Chemins d’en haut à Saint-Gervais, qui propose durant tout l’été des randonnées guidées pour aller à la rencontre des fourmis des bois. D’autre part, du 26 au 28 août, le Centre de la nature montagnarde propose un stage sur les coléoptères , avec une initiation à l’entomologie, une chasse à l’insecte suivie du montage de la collection du parfait entomologiste.

Si vous préférez les oiseaux, la Réserve naturelle de Passy vous propose un sentier ornithologique à parcourir, avec une documentation complète sur les oiseaux de montagne à découvrir au chalet d’accueil.

Enfin, la Réserve naturelle des Contamines-Montjoie propose, du 03 au 16 août, des journées de découvertes intitulées « Regards sur la biodiversité alpine » : au programme, balades botaniques, cueillette et étude de champignons, de baies et de plantes alpines, sorties naturalistes et observation des oiseaux, le tout sur réservation auprès de la Maison de la Réserve.

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Rhododendrons

Pour en savoir un peu plus :

Robert Vivian, Glaciers du Mont Blanc

Sciences naturelles et montagnes , Actes du 116° Congrès national des Sociétés savantes (Chambéry, 29 avril – 4 mai 1991)

J.P. Schaer, Guide du Naturaliste dans les Alpes

Roger Desbiolles, Anouck Richard, Frédéric Vaillant, Pour découvrir la Haute-Savoie

Un Point d’Actu ! sur l’astronomie, avec une partie sur les « randonnées célestes en Rhône-Alpes » : Rendez-vous avec les étoiles à Lyon et dans sa région

Sandrine Stefaniak, 80 animaux des montagnes : où les trouver, comment les reconnaître

Rudolph Hofer, Animaux des Alpes

Insectes et autres petites bêtes en montagne : 330 espèces dans leur milieu

Jean Terrisse, Petit atlas des fleurs de montagne : 80 fleurs entre 1.600 m et 3.000 m

Fleurs des Alpes

Venance Payot, Herbier des Alpes

Pierre-Louis Roy, Corinne Tourrasse, Mont Blanc. Jeu de regards

Un Point d’Actu ! sur la faune et la flore de montagne : Destination nature : les parcs naturels de Rhône-Alpes

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