Lyon, un patrimoine vivant : 20 ans d’inscription à l’UNESCO

- par GB - Documentation régionale

En décembre 1998, le site historique de Lyon est inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco. Cette candidature d'une ville plus reconnue pour ses bouchons (ceux où l'on mange mais surtout ceux où l'on patiente à l'entrée du tunnel de Fourvière) que pour ses attraits touristiques crée la surprise. C'est surtout une formidable occasion pour la ville de Lyon de se construire une nouvelle identité territoriale forte et attractive, en renforçant ses actions de protection et de valorisation du patrimoine bâti et paysager.

© Corinne Doucet
© Corinne Doucet Photographie exposée dans le cadre de Portraits de ville, place Antonin Poncet, du 15 sept. au 14 nov. 2018

Genèse d’une inscription

Merci Régis Neyret

Journaliste, ardent défenseur du patrimoine, Régis Neyret s’est investi dans le combat de l’association Renaissance du Vieux Lyon dans les années 1960, permettant le classement du Vieux-Lyon en tant que Secteur sauvegardé en 1964. Il a travaillé auprès de plusieurs municipalités lyonnaises sur différents projets : réhabilitation de la halle Tony Garnier, préparation de la Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain (ZPPAUP) de la Croix-Rousse… Lorsqu’en 1995, Raymond Barre devient maire de Lyon, son adjoint à la culture et au patrimoine, Denis Trouxe, propose à Régis Neyret de devenir son chargé de mission « patrimoine ». Incité à proposer des « idées qui ne coûtent pas trop cher » dans le domaine du patrimoine, Régis Neyret soumet au maire des « Notes pour une politique crédible de valorisation du patrimoine mobilisant la volonté plus que les finances » où figure en première ligne la candidature du Vieux-Lyon au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le projet est inscrit au plan de mandat et un comité de pilotage se monte sous l’autorité de Denis Trouxe pour élaborer le dossier de candidature  : il compte Régis Neyret, coordinateur du projet, Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques, Thierry Dahan, délégué général à la culture au secrétariat général de la Ville de Lyon et Denis Eyraud, président de la Renaissance du Vieux Lyon (RVL). Archives, musées et Renaissance du Vieux Lyon planchent sur les données historiques, Yves Neyrolles, photographe de la RVL, s’occupe des clichés photographiques.

Du Vieux-Lyon au Site historique de Lyon

En janvier 1997, trois experts de l’UNESCO visitent la ville en compagnie de la fine équipe et concluent à la nécessité d’un élargissement du périmètre de la candidature. Le Vieux-Lyon, malgré son intérêt, ne comporte pas à lui seul un caractère suffisamment exceptionnel et universel. En revanche, l’ensemble composé du Vieux-Lyon, de la Presqu’île et des pentes de la Croix-Rousse représente un site fortement original puisqu’il a abrité le développement de la ville pendant près de 2000 ans, jusqu’à la disparition des remparts et l’annexion des faubourgs au cours du 19e siècle. Un site qui n’en est pas moins vivant, qui évolue et porte trace des différentes grandes phases d’urbanisation de la ville : le Site historique de Lyon.

La reconnaissance du patrimoine lyonnais

C’est sur cette nouvelle entité de plus de 400 hectares que la Ville de Lyon élabore sa candidature. Le 30 juin 1997, le dossier finalisé sous la forme d’un volumineux ouvrage dans une reliure en cuir et corde « à la Lyonnaise », recouvert par une soierie aux armes de Lyon réalisée par le soyeux Dutel, est remis au Ministère de la Culture pour être présenté à l’UNESCO. En effet seul un pays (et non une collectivité locale) est habilité à présenter une candidature. Le 5 décembre 1998, le Site historique de Lyon est officiellement inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Un succès qui repose sur deux critères, auxquels s’ajoutent les notions d’intégrité (patrimoine architectural représentatif de toutes les périodes) et d’authenticité :

« Critère (ii) : Lyon représente un témoignage exceptionnel de la continuité de l’installation urbaine sur plus de deux millénaires, sur un site d’une grande importance stratégique, où des traditions culturelles en provenance de diverses régions de l’Europe ont fusionné pour donner naissance à une communauté homogène et vigoureuse.

Critère (iv) : De par la manière particulière dont elle s’est développée dans l’espace, Lyon illustre de manière exceptionnelle les progrès et l’évolution de la conception architecturale et de l’urbanisme au fil des siècles. »

Un succès qui réjouit les acteurs du patrimoine lyonnais, qui suscite des interrogations chez les habitants, et qui surprend ceux qui pensent que Lyon n’a rien à montrer. C’est que la ville souffre alors d’une image peu attirante qu’elle devra dépasser pour faire découvrir ses trésors au delà de (mais aussi dans) ses murs. L’inscription au patrimoine mondial sonne comme une opportunité pour la collectivité de se forger une nouvelle identité.

Pour aller plus loin :

© Corinne Doucet, oxybis.net

Protéger, restaurer et valoriser le patrimoine

Un label incitatif

Quel est l’impact de l’inscription à l’UNESCO sur le patrimoine lyonnais ? Le périmètre du site historique de Lyon ne présente pas de caractère réglementaire. Le rôle de l’UNESCO est avant tout incitatif, fournissant des orientations pour guider la mise en œuvre de la convention, tandis que la protection du patrimoine est assurée dans chaque pays par le droit national. Un rapport périodique doit être soumis à l’UNESCO pour chaque site inscrit au patrimoine mondial. Si l’intégrité du site n’est pas respectée, l’UNESCO peut choisir de retirer l’inscription au patrimoine mondial en guise de sanction. Ce fut le cas pour le sanctuaire de l’oryx arabe (Oman) en 2007 et pour Dresde en 2009. A Lyon, en 2000 les experts de l’UNESCO s’étaient émus de la destruction de fours de potiers du 7e siècle à Vaise (Lyon Figaro, 21 avril 2000).

Un patchwork de protections

Plusieurs mesures de protection cohabitent sur le territoire du site historique de Lyon :

– La plus ancienne est celle des périmètres de protection autour des monuments historiques, qui découle de la loi de 1913 sur les monuments historiques : le cumul des périmètres des 174 édifices présents sur le site historique de Lyon couvre l’intégralité du secteur UNESCO.

  • Visualiser le périmètre des monuments inscrits ou classés et leur périmètre de protection sur l’Atlas des patrimoines, un outil cartographique en ligne proposé par le Ministère de la Culture.
  • Consulter la base nationale Mérimée qui répertorie les immeubles protégés au titre des monuments historiques

La loi Malraux de 1962 s’intéresse plus largement aux ensembles urbains avec la création de Secteurs sauvegardés bénéficiant d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV). Le Vieux-Lyon est le premier secteur à avoir bénéficié de ce classement en 1964, sauvegardé suite à l’abandon de projets d’urbanisme dévastateurs. Décision de l’Etat, le PSMV est placé sous la responsabilité ministérielle.

– La loi du 7 janvier 1983 crée les Zones de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain et Paysager (ZPPAUP), conçues pour améliorer la gestion des abords des monuments historiques et des sites à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d’ordre esthétique ou historique. La délimitation est établie dans le cadre d’une charte entre la commune et l’Etat. La ZPPAUP est soumise à l’accord de la commune et placée sous la responsabilité du chef de région. Les pentes de la Croix-Rousse sont protégées par une ZPPAUP depuis 1994.

– Par ailleurs, la Place Bellecour est un site classé depuis 1941, le centre historique de Lyon et les quais de Saône sont des sites protégés au titre du code de l’Environnement, inscrits en 1962 et 1979.

  • Voir les sites classés et inscrits sur le site de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL)

La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP), promulguée le 7 juillet 2016, simplifie une partie de ces dispositifs : à compter du 8 juillet 2016, les secteurs sauvegardés, les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) et les aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP) sont automatiquement transformés en « site patrimonial remarquable ».

– Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) complète ces dispositifs en définissant des éléments bâtis à préserver et des orientations d’aménagement de quartier et de secteur.

Ces protections entrainent des contraintes et des obligations tant pour la commune que pour les propriétaires privés (travaux soumis à autorisation préalable…).  L’ Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine (UDAP, anciennement SDAP) joue un rôle prépondérant dans l’application des législations concernant l’architecture, le patrimoine monumental, l’environnement et l’urbanisme. C’est au sein de ce service qu’exercent les Architectes des bâtiments de France.

Au delà de l’aspect législatif, la collectivité locale peut également inciter les propriétaires à prendre en compte des préconisations visant à améliorer l’aspect du bâti. Ainsi, dans la foulée de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Ville de Lyon a mené une campagne de sensibilisation autour des « paraboles indésirables » (Le Monde, 21/01/1999). Le Plan couleur (initié dès 1989) permet quant à lui d’harmoniser les façades en proposant un nuancier travaillé spécialement pour la ville.

Restaurer et valoriser

Une convention quinquennale Etat-Ville de Lyon permet d’engager des chantiers de restauration de grands édifices historiques comme l’Hôtel de Ville, les églises Saint-Bruno-des-Chartreux, Saint-Bonaventure (…) ainsi que des actions de sensibilisation du public. La convention a également joué un rôle majeur dans la mise en place d’un inventaire du patrimoine (compétence transférée à la région Rhône-Alpes en 2004), précieux outil de connaissance et de communication consultable sur un site web dédié :

En parallèle des actions menées par les acteurs publics, la Ville de Lyon et l’Etat encouragent les actions de restauration des immeubles privés, grâce à des dispositifs d’aide à l’amélioration de l’habitat : opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH), opérations de restauration immobilière (ORI), Valorisation du patrimoine architectural (VPA), aides financières pour la restauration et l’ouverture des cours et traboules, subventions de l’Agence nationale pour l’habitat (ANAH)…

Un plan de gestion

La multiplicité des enjeux, des intervenants et des actions à mettre en place pour une gestion harmonieuse du site historique a nécessité l’élaboration d’outils de gestion par la Ville de Lyon. Création d’une Mission site historique au sein de la Ville, définition des grandes orientations, coordination des actions… les différents aspects de la politique de la ville envers le site labellisé UNESCO sont formalisés depuis 2013 par un Plan de gestion du site historique de Lyon, dont les grandes orientations stratégiques au sein d’un plan d’actions.

A lire à la bibliothèque :

Le label Unesco : Lyon à la conquête d’une nouvelle image

« Lyon, secret le mieux gardé d’Europe » : ainsi titrait un journaliste du Monde le 21 janvier 1999 à propos de l’inscription du Site historique de Lyon au Patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est dire si Lyon était alors loin d’avoir une image attractive. Tunnel de Fourvière et couloir de la chimie, accueil haut de gamme trop limité, manque d’animation en soirée, budget trop faible de l’office du tourisme, peu de promotion à l’étranger… le constat dressé par Agnès Guénard dans son article du Progrès du 29 décembre 1998 est sévère. En 1999, un sondage révèle que 55% des lyonnais sont au courant du label UNESCO attribué à leur ville, alors que 90% des français l’ignorent. Après avoir communiqué auprès de sa population, Lyon débloque 45 millions de francs de budget pour promouvoir la ville et renforcer son rayonnement international.

20 ans après, le Progrès du 29 mars 2018 titre « Le regard du monde entier sur la ville a changé« . Selon l’article des Échos du 3 avril 2018, Lyon celèbre ses vingt ans d’inscription à l’UNESCO, « Le nombre de touristes accueillis par l’office du tourisme a bondi de 92 % entre 1998 et 2017″. Entretemps, Lyon a su développer son offre, modifier son image et affuter ses outils de marketing territorial, avec notamment la création de sa marque Only Lyon en 2007. D’abord destination privilégiée pour le tourisme d’affaires, Lyon a été élue en 2016 meilleure destination européenne de week-end aux World travel awards.

A lire également :

Pour aller plus loin :

© Corinne Doucet, oxybis.net

Lyon fête ses 20 ans d’inscription

Du 22 mars au 5 décembre, la ville propose plusieurs évènements en lien avec le patrimoine pour célébrer ses 20 ans d’inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Trois expositions sont à découvrir en ce deuxième semestre 2018 :

  • Vingt ans ! L’aventure UNESCO du site historique de Lyon : organisée par la Renaissance du Vieux Lyon (RVL), l’exposition est accueillie aux Musées Gadagne du 13 juillet au 9 décembre 2018. Les photographies prises par Yves Neyrolles dans les années 1996 pour la constitution du dossier d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO sont mises en résonance avec des vues du Lyon d’aujourd’hui et avec les réflexions de l’historien Bruno Voisin sur la construction de la ville, de sa fondation au XXIe siècle. Voir le dossier de presse de la RVL
  • Portraits de ville est une exposition photographique participative, issue de balades photographiques organisées au printemps et à l’été 2018 sur le site historique de Lyon. Les plus belles photographies sont exposées sur la place Antonin Poncet du 15 septembre au 27 novembre 2018.
  • Lyon dans le détail  confie l’objectif aux élèves en photographie de l’Ecole de Condé. L’exposition sera visible sur des panneaux JCDecaux dans les 9 arrondissements de Lyon du 10 au 24 octobre.

Et pour permettre aux lyonnais de mieux appréhender ce maintenant célèbre patrimoine mondial, des balades urbaines et des visites guidées sont proposées par les Musées Gadagne et les guides de l’Office de Tourisme de la Métropole de Lyon (13 visites thématiques sont prévues en novembre).

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