La nouvelle tournée du facteur Cheval

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 17/06/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

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Du 6 avril au 1er septembre 2007, pour la première fois, le Musée de la Poste à Paris célèbre l’un de ses plus illustres employés, le facteur Cheval (1836-1924), créateur d’un édifice magique, le Palais Idéal. Cette exposition est organisée avec le soutien de la direction du monument, à Hauterives, dans la Drôme. Dans les 2 lieux, de nombreuses animations accompagnent cette célébration. Une opportunité pour mettre en lumière la démarche créatrice singulière d’un bâtisseur hors normes dont l’œuvre a inspiré de nombreux artistes et continue de susciter interrogation et admiration

[*Une brève histoire ponctuée par des écrits du facteur Cheval*]

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le facteur Cheval
BML – Fonds Marcelle Vallet

Il y a 140 ans, en 1867, Ferdinand Cheval occupait son premier emploi de facteur rural à Anneyron dans la Drôme, avant d’être nommé 2 ans plus tard à Hauterives. Par tous les temps, il effectuait un parcours difficile de 32 km, en osmose avec la nature : « que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe ? Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve un palais féerique ». C’est au cours d’une de ses longues tournées que le rêve du piéton de Hauterives prit forme en 1879 :
« Je marchais vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m’envoya rouler quelques mètres plus loin. Je fus très surpris de voir que j’avais fait sortir de terre une pierre à la forme si bizarre, à la fois si pittoresque que je regardais autour de moi. Je vis qu’elle n’était pas seule »
Ce fut le début d’une extraordinaire aventure qui dura 33 ans, de 1879 à 1912. Seul, à l’aide de sa brouette « sa fidèle compagne de peine », il transporta des milliers de cailloux dans son jardin potager. Les pierres, les coquillages devinrent fontaine source de vie, grottes, temples orientaux, crèche merveilleuse, géants, château, mosquée… Des végétaux s’épanouirent, de nombreux animaux et oiseaux y trouvèrent refuge. Des inscriptions aussi, comme celles-ci : « Tout ce que tu vois, passant, est l’œuvre d’un paysan. D’un songe, j’ai sorti la Reine du monde ». Un monument inclassable de 26 m de long, entre 8 et 10 m de haut et 14 m de large, surgit peu à peu « où les fées de l’Orient viennent fraterniser avec l’Occident »

[*Les manifestations*]

Avec le facteur Cheval, Musée de la Poste, Paris

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facteur Cheval
affiche
(Bernard Rancillac)

-L’exposition et le catalogue qui l’accompagne, présentent un historique du Palais idéal (contexte, sources d’inspiration…), des hommages d’artistes d’hier et d’aujourd’hui ainsi que des réalisations des « poulains » de Cheval. Ce sont plus de 200 œuvres qui sont réunies au Musée de la Poste autour de la maquette au 1/10e du site. Très tôt les surréalistes se sont intéressés à cet étrange palais qui ne ressemble à aucun monument existant. Chacun lui a dédié une œuvre (André Breton, un poème, Max Ernst, un collage…). Picasso a dessiné des croquis. Des photographes (Robert Doisneau, Brassaï, Denise Bellon, Hidehiko Nageshi, etc.) l’ont fixé sur pellicule. Des cinéastes comme Jacques Brunius l’ont filmé. Des musiciens, des écrivains s’en sont inspirés (Peter Weiss, Alain Borne, etc.)
Parmi les artistes qui ont reconnu son influence ou qui travaillent dans le même esprit, on remarque : Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely, Etienne-Martin et ses demeures, Paul Amar qui collecte des coquillages, Marie-Rose Lortet, Edward James… Tous ces hommages et toutes ces œuvres témoignent de l’importance de la création de Ferdinand Cheval. Comme le souligne Christian Delacampagne dans Outsiders : fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne : « c’est en 1879 que, pour la première fois dans l’histoire de l’art européen, un « prolétaire », sans avoir reçu de formation particulière… se risque à entreprendre un monument digne de passer à la postérité et atteint son but »

Le Palais idéal du facteur Cheval
- Site du monument à Hauterives dans la Drôme des collines. Classé monument historique par André Malraux en 1969, il est aujourd’hui propriété de la ville de Hauterives depuis 1994. Il attire chaque année plus de 100 000 visiteurs.

L’attrait pour le Palais idéal ne se dément pas, comme nous pouvons le constater dans cet article de la Gazette des communes du 24 mars 2008 : « Hauterives tient avec succès les rênes du Facteur Cheval ».
Des artistes sont régulièrement sollicités pour « nourrir culturellement le lieu » : création d’affiches, de disques, expositions comme celle de 2003 sur Gaudi et Cheval, architectes de la nature…Depuis 2004, un festival de jazz se tient fin juin. Cette année particulièrement, est marquée par la sortie d’un disque de jazz : l’Obsessioniste par Edouard Bineau et Sébastien Texier, inspiré par l’atmosphère du site et la personnalité de son auteur. Illuminations, concerts, spectacles vont se dérouler tout l’été

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Palais idéal
Hauterives
(wikimedia)

Nous les oiseaux que tu charmes toujours du haut de ces belvédères
Et qui chaque nuit ne faisons qu’une branche fleurie
de tes épaules aux bras de ta brouette bien-aimée
Qui nous arrachons plus vifs que des étincelles à ton poignet
Nous sommes les soupirs de la statue de verre qui se
soulève sur le coude quand l’homme dort

André Breton, extrait de : facteur Cheval, Le Revolver à cheveux blancs

[*Quelques livres sur le facteur Cheval*]

Parmi les nombreux ouvrages :
Le facteur Cheval : un rêve de pierre, par Pierre Chazaud, Ed. Le Dauphiné
- Comment un simple facteur sans formation, ni véritable connaissance de l’art, issu d’un milieu pauvre, marqué par les deuils, a-t-il pu bâtir un monument si extraordinaire ? L’auteur a consacré plusieurs études au célèbre postier devenu un inspirateur, un précurseur du surréalisme et de l’art brut




Le Palais idéal du facteur Cheval : quand le songe devient la réalité, par Jean-Pierre Jouve, Claude Prévost, Clovis Prévost, Ed. du Moniteur
- Analyse minutieuse et très documentée sur la genèse et la construction du monument, agrémentée de dessins et de nombreuses photos

Le Palais idéal du facteur Cheval, rêves de pierres, par Philippe Bonifay, Thierry Schneyder, Julien Grycan, Glénat
- Cette bande dessinée, sortie en 2006, met en scène un jeune journaliste à l’Illustration, Jean-Philippe Lauteur, chargé d’effectuer un reportage à Hauterives. Il rencontre le créateur du Palais idéal…

[*Sur les créateurs de l’art brut, les « bâtisseurs du rêve »*]

Art brut : l’instinct créateur, par Laurent Danchin, Ed. Gallimard
- L’auteur propose un panorama de l’art brut (notion inventée en 1945 par le peintre Jean Dubuffet) et analyse toutes ses composantes. Il revient aussi sur les antécédents du mouvement et présente toutes les évolutions actuelles : art singulier, art outsider international, à l’aide de nombreuses illustrations

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mondes imaginaires

Fantasy worlds=Mondes imaginaires, par John Maizels et Deidi von Schaewen, Taschen
- Présentation d’architectures fantastiques, utopiques du monde entier. Certaines sont inédites, d’autres des classiques du genre comme les tours de Watts de Simon Rodia à Los Angeles, le jardin de pierres de Nek Chand à Chandigarh, le parc des Tarots de Niki de Saint-Phalle en Toscane ou le Palais idéal de Hauterives considéré comme le tout premier site visionnaire reconnu et répertorié. Ces « environnements visionnaires » sont particulièrement nombreux en France et aux Etats-Unis. Des associations de sauvegarde ont permis la préservation de certains de ces sites menacés de ruine ou de destruction

[*Des exemples en Rhône-Alpes*]

Le jardin Rosa Mir

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Jardin Rosa Mir
allée
(Aurélie Chaumat)

- Œuvre d’un maçon d’origine espagnole, Jules Senis Mir (1913-1983) qui lui consacra plus de 20 ans de sa vie et le dédia à sa mère, Rosa Mir Mercader et à la Vierge Marie. Situé à Lyon, à la Croix-Rousse, dans une cour intérieure, c’est un jardin « extraordinaire » composé de pierres, de milliers de coquillages et de plantes variées. Il a été sauvé de la destruction par l’association qui porte son nom et appartient à la ville de Lyon depuis 1983

Le jardin de Nous Deux
- Crée par Charles Billy (1910-1991) pendant sa retraite. Situé à Civrieux-d’Azergues, c’est un ensemble architectural de style oriental et médiéval, orné de sculptures et de statues et entouré de plantes, que l’auteur a édifié autour de sa maison. Cette œuvre est aussi un hommage au couple formé par Mr. Billy et sa femme. Malheureusement, la survie de ce site merveilleux est incertaine

Maisons extraordinaires : dossier de Pays de Rhône-Alpes, n°16, 2007. Présente des demeures originales, des créations insolites d’architectes d’aujourd’hui définis comme les lointains héritiers du facteur Cheval

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