Et si on allait faire un tour au Luna Park ?

- temps de lecture approximatif de 17 minutes 17 min - Modifié le 17/06/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

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Le Luna Park d’hiver à Lyon, c’est en ce moment et jusqu’à fin février, 76-79 quai Perrache. Plusieurs dizaines d’attractions sont dressées. L’occasion pour tous (entrée du site gratuite) de retrouver les plaisirs simples et l’ambiance si chaleureuse de la fête foraine.

[actu] Hier, les vogues [actu]

Les vogues sont un peu à Lyon les ancêtres du Luna Park. Au départ, le mot est utilisé dans la région Rhône-Alpes pour désigner les fêtes patronales de la paroisse. Elles deviennent vite simplement des fêtes de quartiers. Il s’agit le plus souvent de fêtes foraines, forains et manèges sont là mais, surtout dans les petits bourgs, bien d’autres divertissements sont aussi proposés : courses en sac, épreuves de force, défilés, fanfares, retraites au flambeau, cirques forains, et même le cinématographe trouve son essor au sein de la fête foraine. Souvent leurs origines sont très anciennes, c’est le cas de la vogue aux noix de Firminy qui daterait (selon certains) du XIIIe siècle.

A Lyon, la vogue des marrons et du vin blanc doux de la Croix-Rousse est une des plus populaires. Mais, à la fin du XIXe, il y a à Lyon 31 vogues qui s’étalent de Pâques à la Toussaint. Il y a des vogues partout, à Ainay, à la Part-Dieu, à la Guillotière, à la Mouche, à Saint-Just ; celle de la Croix-Rousse est la dernière de la saison. Voir notre point d’actu : la vogue des marrons.

Voir aussi le chapitre intitulé : la vogue et les joutes dans : La Lyonnitude : dictionnaire historique et critique par Bruno Benoit, ELAH, 2000

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La vogue place Ollier, début XXe
Fonds Sylvestre
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La vogue devant l’église Saint-Pothin
Fonds Sylvestre

Dans son ouvrage : Les vieilleries lyonnaises, première édition, 1879

Nizier de Puitspelu consacre un chapitre à la vogue de Perrache où, autrefois, avait lieu la vogue des choux nommée ainsi parce qu’elle était la fête des jardiniers de la presqu’île Perrache, où l’on cultivait en effet beaucoup de choux. C’était une vogue, elle aussi très renommée. Il présente ainsi les promenades des vogueurs sur le cours du Midi : le rit traditionnel veut qu’elles se fassent avec un beau tambour-major « tout galonné d’or », une belle cantinière fortement capitonnée en avant et en arrière, des tambours et « une musique de vogue », ce qui vaut autant à dire comme musique d’enragés… Derrière la musique, une bande de jeunes gens. Deux d’entre eux portent une balle à lessive recouverte d’un linge blanc sous lequel se blottit une foison de brioches qu’on va offrir aux habitants du village ou du quartier, lesquels se fendent en retour d’un petit écu ou d’une pièce de cinq francs, moyennant quoi on leur joue, en manière d’aubade, quatre mesures de bastringue. Selon Louis Gamichon, dans : Quand Lyon s’amusait, les gones se régalaient de bugnes, de matefaims, de gaufres, de pâtes de guimauve ou de berlingots à la rose. Mais le roi de la fête restait le « pâté de vogue », c’était une sorte de beignet en forme de chapeau de gendarme qui renfermait une couche de poires beurrées, marinées pendant vingt quatre heures à l’eau de vie et au sucre .
La surenchère était un des composants majeurs de la fête. Un exemple dans le Progrès illustré du 24 avril 1892 : L’homme le plus fort du monde

Aux Archives municipales, il est possible de voir les nombreuses demandes d’emplacement manuscrites des forains, des tableaux de roulement des vogues (1927-1944) et, aussi des plans, par exemple, ceux de la vogue de Perrache, le long du cours Verdun, dans les années 60 avec la représentation de chaque emplacement et le nom de chaque occupant.

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La fête foraine d’autrefois

La fête foraine d’autrefois : les années 1900, par Christiane Py et Cécile Ferenczi, La Manufacture, 1987
- De cette étude faite à partir de l’observation de fêtes parisiennes, fête à Neu-Neu (de Neuilly), Foire du trône et d’autres, ressort une réalité de la fête d’autrefois beaucoup plus complexe que son image traditionnelle. Fête populaire certes, mais lieu de rencontre de toutes les classes sociales où bourgeois, ouvriers, gens du monde venaient s’encanailler. Duchesses et demi-mondaines séduisent lutteurs et dompteurs, les militaires courtisent les nounous, gommeux et voyous draguent les jeunes grisettes. A la Belle Epoque, elle connaît vraiment son apogée. Un document passionnant sur ces lieux insolites qui apparaissent comme le miroir des mutations sociales et aussi des innovations techniques qui ont marqué le passage de la fin du XIXe au XXe siècle. L’abondante iconographie existante (cartes postales, affiches, gravures, peinture sur toile…) illustre l’ampleur et l’impact qu’avait, à cette époque là, la fête foraine.

[actu] Le Luna Park fait son entrée [actu]

L’utilisation du nom Luna Park est, elle, beaucoup plus récente, elle date du début du XXe siècle. D’après cette page de Wikipedia, elle a pour origine la création d’un parc d’attractions à New York, à Coney Island précisément qui fonctionna de 1903 à 1944. Les créateurs du parc Frederick Thompson et Elmer « Skip » Dundy inventèrent une attraction : A trip to the moon (aller-retour sur la lune). Le nom du véhicule spatial était Luna, Dundy ayant suggéré le prénom de sa soeur.

Ce site présente plusieurs photos du somptueux Luna Park de Coney Island, celui-ci également

Suite au succès du parc de New York, de nombreux Luna Park ont été créés en s’inspirant de son nom et de son aspect, notamment aux Etats-Unis mais aussi en Australie : à Melbourne (1912) et à Sydney (1935).

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Luna Park de Lyon

[actu] Les nombreuses pérégrinations du Luna Park de Lyon [actu]

C’est en 1967 que celui de Lyon est créé, par un forain, Monsieur Morand. Pendant 25 ans, les forains s’installeront au Palais de la mécanique, quai Achille Lignon. Un lieu qu’ils appréciaient beaucoup car, avec la proximité du Parc de la Tête d’or, toute la clientèle familiale déferlait.

Ensuite, de 1992 à 1996, il occupe le site de la ZAC du Dauphiné à l’angle de la rue Félix-Faure et de la rue Mouton-Duvernet dans le 3e arrondissement.
En décembre 1997 un terrain à l’angle du boulevard Vivier Merle et de l’Avenue Félix-Faure, toujours dans le 3e.
En avril 1998 il est à Gerland dans le 7eme, place Antonin-Perrin.
En décembre 1998 quai Charles-de-Gaulle (ex quai Achille Lignon) dans le 6e.
En avril 1999, sur le bas-port du quai Claude Bernard, ce qui provoqua d’ailleurs de nombreux mécontentements.

En fait, le choix d’un site revenait le plus souvent à concilier l’inconciliable. Depuis que les forains n’ont plus accès au quai Achille Lignon, très souvent, les implantations ont suscité des réactions, soit, parce qu’elles étaient mal adaptées aux besoins des forains soit parce qu’elles étaient génératrices de nuisances pour les riverains.

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Fonds Lyon figaro 30/12/1988
Photographie Marcos
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Fonds Lyon figaro 30/12/1988
Photographie Marcos


C’est en décembre 1999 que le Luna Park s’installe quai Perrache, le long de l’autoroute, sur un terrain d’environ 10 000 m2, là où oeuvraient naguère les Nouvelles messageries de la Presse parisienne (NMPP). Pour la saison 2008-2009, le Luna Park d’hiver est toujours à cet emplacement. Sera-t-il encore là durant les prochaines années alors que l’opération d’urbanisme d’envergure au Confluent va redéfinir les contours névralgiques du centre-ville ?

Voir articles du Progrès :
- Luna Park de Lyon : controverse en vogue du 7/5/1999
- Luna Park d’hiver : les forains débarquent à Perrache du 11/12/1999
- Luna Park : c’est bon pour le moral du 29/12/1999

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Luna Park Lyon 2009

[actu] Le Luna Park aujourd’hui quai Perrache [actu]

Le Luna Park de Lyon, contrairement aux grands parcs d’attraction est de dimension humaine. Il y règne une ambiance plutôt bon enfant, surtout les dimanches après-midi où petits et grands peuvent se divertir plaisamment. L’alchimie qui fait la fête populaire fonctionne bien. Passé le seuil, on pénètre dans un autre monde. Le temps s’arrête. On est dans une sorte de parenthèse.

Musique, effluves de gaufres, de crêpes, de churros ou de barbe à papa, décors magnifiquement colorés, lumières scintillantes, le charme opère. Chacun peut aisément renouer avec son âme d’enfant. On peut, au choix : faire un tour dans Jurassik Park, pénétrer dans le Palais des glaces ou dans celui du rire, s’aventurer dans le train fantôme ou dans la maison hantée.

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Luna Park Lyon
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Le palais des glaces

Les plus téméraires, amateurs de sensations fortes, se verront projetés dans les airs dans le « Speed » ou le « Beach Party » car, on vient pour s’amuser mais aussi pour avoir peur dans les labyrinthes, le toboggan géant ou les chenilles. On peut aussi tester son adresse au tir à la carabine, ou encore tenter sa chance à la grande loterie. Des visiteurs passionnés de vitesse et de tumulte aux amateurs de divertissements plus paisibles, chacun trouve l’attraction qui lui convient.

Pour les petits, manèges, pêche aux canards, petit toboggan pour glisser en douceur sur la vague : le « Wave Park ».

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Luna Park Lyon
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Luna Park Lyon

Ouverture du Luna Park d’hiver cette année du 13/12/2008 au 22/2/2009

- Durant les vacances scolaires :

lundi, mardi, mercredi, jeudi, dimanche de 14h00 à 22h00

vendredi, samedi, et veille de fête de 14h00 à 24h00

- Hors vacances scolaires :

mercredi et dimanche de 14h00 à 22h00

vendredi de 20h30 à 24h00

samedi et veille de fête de 14h00 à 24h00

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Luna Park Lyon
Faire un tour dans les airs

[actu] D’autres attractions au cœur de la ville [actu]

Deux beaux carrousels sont installés à Lyon.
- Celui de la place de la République, installé cette année du 25 octobre 2008 au 19 avril 2009, a parfaitement trouvé sa place dans ce bel espace qu’il contribue à mettre en valeur. Il a l’air ancien avec ses délicats tons pastel, en fait ce sont ses 20 ans qu’il célèbre cette année. Il fait la joie des enfants, surtout le samedi, jour ou les familles envahissent le centre ville. En réalité, il y a 2 manèges, Michel Hilt laisse sa place chaque année, en avril, à un autre de même style.

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Place de la République2
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le cheval un des thèmes les plus représentés


- Celui du parc de la Tête d’or est d’époque, il date de 1895, la force motrice était alors fournie par un cheval attelé au pourtour du manège. C’est à Angers qu’il a été fabriqué dans les fameux établissements de Gustave Bayol. Abandonné en 1939, il est redécouvert en 1982, retrouvé à l’état d’épave, il est restauré et complété pendant deux ans par une équipe d’artistes passionnés. Tous les sujets sont en bois, il illustre parfaitement le bestiaire de l’art forain. Emerveillé, le spectateur voit tourner chevaux, zèbres, ânes, cygnes, cigogne, dromadaires, ours, panthère noire, lions…, un vrai zoo. Pour les enfants, le choix est difficile, il y a aussi l’exotique pousse-pousse bleu tiré par un chinois ou le romantique pierrot à califourchon sur sa demi-lune. Au centre du manège, l’orgue à cartons Gavioli de 1908 égrène le temps d’un tour des airs d’une autre époque. Un moment de pure magie, pour tous. C’est le Lyonnais Joseph Marie Jacquard qui est à l’origine de l’orgue à cartons, en inventant son système de cartes perforées, en 1801.

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Le Carrousel du Parc
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l’éléphant ou la demi lune ?

Mais la star des animations est sans doute la grande roue. Tous les hivers, elle vient s’installer au centre ville, place Bellecour. Et, si elle ne rivalise pas avec les plus hautes grandes roues du monde, avec ses 60 m, elle offre tout de même des sensations uniques. Suspendu dans les airs, installé dans une des 42 gondoles, dépassant l’appréhension, on découvre alors la cité différemment. La nuit, avec ses 60 000 ampoules, elle occupe une place prédominante pour la mise en lumière de la ville. En 2009, elle est là jusqu’au 12 février.

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La grande roue, place Bellecour

Cependant, un peut partout dans la ville, bien d’autres vogues, attractions ou parfois de simples manèges animent la vie des quartiers. A Chassieu, (à Eurexpo), l’Euro Parc, couvert et chauffé, propose ses attractions, lorsqu’il est ouvert, sur une surface de 6000m2.

[actu] Pour en savoir plus sur l’art forain [actu]

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Art forain

Ce numéro Art forain, n°76 HS, 1995 de la revue Connaissance des arts a été édité à l’occasion d’une importante exposition « Il était une fois la fête foraine, 1850-1950 » présentée à la Grande Halle de la Villette du 20 septembre au 14 janvier 1996. Le scénographe Raymond Sarti avait choisi de présenter l’exposition comme un parcours mettant le spectateur en situation, en dégageant les principaux thèmes de la fête et de l’art forain : l’ivresse, la transgression, l’illusion, la curiosité ou encore le destin. Les articles très documentés du périodique offre une approche passionnante de l’histoire de l’art forain français et allemand, et de l’industrie foraine anglaise. Dans le chapitre consacré à l’architecture foraine souvent chargée d’une symbolique complexe, une large place est faite aux « carrousels-salons » dont l’intérieur était entièrement clos aux regards de la rue ; le Demeyer, sculpté par Bayol et peint par Lens, le dernier complet existant en France se trouve aujourd’hui à l’Ecomusée d’Alsace. La collection du Stéphanois Jean-Paul Favand installée désormais au Musée des arts forains, aux Pavillons de Bercy est également présentée. Un ensemble unique de 1522 oeuvres indépendantes constitue le seul musée des arts forains existant en France. Le dernier chapitre est, lui, consacré au cirque forain. L’ensemble est magnifiquement illustré de grandes photos en couleurs.

L’art forain, Chêne, 1978
- Un Petit recueil de photographies essentiellement des années 70, pour entrer dans cet univers d’artifices ou, comme le dit le préfacier François Barré dans cet espace qui s’adresse à notre entière sensorialité et appelle à une fête simultanée les lumières et les bruits, les chaleurs et les textures, les images et les odeurs. Lieu aussi où l’argent de poche de nos enfances a amassé nos premiers rêves de fugue et de clandestinité.

Manèges d’autrefois de Zeev Gourarier, Flammarion, 1991,
- l’auteur, conservateur puis directeur adjoint du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP), est, actuellement, directeur du Musée de l’homme à Paris. L’ouvrage débute avec un chapitre sur l’invention du manège en France (1559-1750) et se poursuit avec l’histoire des jeux de bagues, sorte de manège, dont ils sont un peu les ancêtres et, où il faut tenter d’attraper un anneau. Une partie est consacrée aux carrousels aux Etats-Unis où l’engouement des Américains pour l’art forain s’appuie sur des fonds documentaires et sur des collections établies très tôt. Les premiers grands constructeurs de manège aux Etats-Unis furent Dentzel à Philadelphie dont les chevaux réalisés avant 1900 semblent largement inspirés par les œuvres de Heyn et des fabricants allemands. Loof (également originaire du nord de l’Allemagne) crée son école à Coney Island en 1876. Illions, Mangel, Stein et Goldstein développent le style de Coney Island.

D’autres chapitres présentent les carrousels-salons (véritables palais ornés d’immenses façades décorées) ainsi que les orgues et aussi les décors de manèges. Dans la partie consacrée à l’apogée de l’art forain (1890-1914), on peut relever quelques grands noms : en France, Antoine et Eugène Limonaire, en Angleterre, Savage, en Allemagne, Heyn. Une école française se confirme fin 19e début 20e avec deux foyers créateurs d’une véritable école de sculpture animalière, à Gand avec Alexandre Devos et Jules Moulinas et à Angers avec Gustave Bayol et ses successeurs Coquereau et Maréchal.

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l’art forain : les animaux de manège

l’art forain : les animaux de manège, de Fabienne et François Marchal, Ed. de l’amateur, 2002
- Même si la fête foraine a inspiré de nombreux artistes, des poètes et des romanciers comme Baudelaire, Verlaine, Queneau, Prévert, des peintres également tels que Delaunay, Toulouse-Lautrec, Seurat, Rouault, des cinéastes, Méliès, Fritz Lang, Carmé, Fellini, Jacques Tati…, la reconnaissance de la valeur de l’art forain et la prise de conscience de la nécessité de conserver les objets de la fête tardent à venir. C’est pourtant bien en Europe qu’est née la création foraine et s’y est développée avec une vitalité exceptionnelle, d’où l’importance de la parution de cette publication scientifique qui rend à la sculpture foraine l’hommage qui lui est dû et la fait apparaître comme une discipline à part entière de l’histoire de l’art.

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Lyon carrousel du parc

Comment fait-on la barbe à papa ? Voir

Quelle est l’origine de la vogue, fête foraine lyonnaise ? Voir

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