Envolée de mousseline sur Tarare !

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La Fête des Mousselines 2010 coïncide avec le tricentenaire de la naissance de Georges-Antoine Simonet, initiateur de la Fabrique des mousselines. Durant 10 jours, du 18 au 27 juin, la ville de Tarare met la mousseline à l'honneur en drapant ses bâtiments et en décorant ses rues de rubans aux couleurs vives. Concerts, spectacles et manifestations diverses se succèdent jusqu'à l'apogée, du défilé de chars sur le thème « Tarare lève le voile sur les rythmes du monde », couronné par la reine des mousselines. Depuis plus de cent ans, ces fêtes sont l'occasion pour tous de rendre hommage à un savoir-faire industriel qui a fait la renommée et la richesse de la ville de Tarare.

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Fête des Mousselines
dôme place du marché 2005
Ville de Tarare


Sommaire

1. Georges-Antoine Simonet

- Jeunesse et débuts
- Projet d’une fabrique de mousselines
- Résultat décevant
- Réussite grâce à Claude-Marie Simonet

2. Fêtes des Mousselines

- De 1893 à 1939
- Depuis 1955…
- Et en 2010

3. Industrie textile dans la région de Tarare

- Bref historique
- L’apogée : vers 1840
- Le déclin : 1860…
- Le renouveau : 1954…

4. Le textile en région Rhône-Alpes en 2010

21. Georges-Antoine Simonet2

[actu]Jeunesse et débuts[actu]

Georges-Antoine Simonet est né à Tarare le 28 novembre 1710. Il reçoit une éducation supérieure à celle des enfants de son âge. En plus du tissage qui est presque la seule chose qu’on enseigne à cette époque aux enfants dans ce bourg, il s’intéresse très tôt à l’étude du dessin pour lequel il manifeste un goût précoce. Son père, un important marchand-toilier, décide alors de l’envoyer à Lyon pour qu’il suive la carrière industrielle dans la fabrique lyonnaise si renommée, qui offre alors un avenir brillant. Il fait de rapides progrès dans le dessin de fabrique. En 1735, il doit à son habileté d’être pris par l’importante maison Perret, en qualité de dessinateur-maître tout en restant ouvrier satinaire. En plus de ses fonctions, on lui confie la délicate mission d’aller étudier la mode à Paris et de faire accepter les dessins dont il a surveillé la production. Après être resté plusieurs années, il quitte cette maison pour former une association pour la fabrication des étoffes de soie, d’or et d’argent.
En 1749, il épouse Jeanne-Nicole Dubois, orpheline et héritière d’une fortune considérable. En 1751, à la mort de son associé et ami, Georges-Antoine Simonet décide de liquider leur commerce et peut alors suivre les inspirations de son esprit entreprenant.

[actu]Projet d’une fabrique de mousselines[actu]

A cette époque, la Cour essaie de donner de l’essor à l’industrie nationale. Grâce à la persévérance du ministre Trudaine, le filage du coton s’impose, nuisant nullement à celui du chanvre. Les étoffes sont cependant épaisses et Georges-Antoine Simonet entrevoit la possibilité de les rendre plus fines et plus déliées.

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Maison natale de
G.A. Simonet
où furent
installés les premiers
métiers à tisser
Avril 2010 S. B-R

En 1757, il passe un mois à Zurich et à Saint-Gall pour apprendre, en toute illégalité, à fabriquer la mousseline, tissu de coton très fin. Il en revient avec tant de renseignements et de détails qu’il peut faire monter suivant ses propres plans les métiers nécessaires à la réalisation de son projet. Il installe un atelier rue Déguirasse, actuellement rue Anna Bibert, en vue de créer une industrie jusqu’alors inconnue. Convaincu de sa réussite, il informe le ministre Trudaine de son intention d’établir à ses frais une manufacture de mousselines à Tarare, sur le modèle de celles qui existent en Suisse. Georges-Antoine Simonet est alors désigné comme un homme généreux méritant de grands éloges.
En 1756, pour faire fonctionner sa manufacture, il doit faire venir de Suisse, en prenant maintes précautions, une famille afin qu’elle forme des hommes et des femmes dans les diverses manutentions relatives à son projet.

[actu]Résultat décevant[actu]

Malheureusement, les premières mousselines, imitées de la Suisse, causent une énorme déception, les résultats n’étant pas à la hauteur de l’attente. La finesse et l’égalité des fils, conditions primordiales d’un tissu léger ne sont pas réunies. En effet, le coton filé à Nantua est grossier et inégal et le tissu produit présente les mêmes défauts. Tarare est pratiquement le seul débouché où il se vend, à grande perte, aux paysannes pour en faire fichus, bonnets ou robes. Simonet réalise alors qu’il ne peut avoir des cotons fins et forts pour chaîne comme ceux utilisés en Suisse, élément essentiel pour réussir dans son projet. Les années passent et les pertes s’amplifient.

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Fête des Mousselines 2010
Paroisse Saint-André
S. B-R

Georges-Antoine Simonet décide pour secourir sa manufacture de perfectionner la filature, de la développer sur les lieux mêmes où elle est utilisée. Il souhaite obtenir un fil fin et uni pouvant donner de belles trames et surtout un fil fort et tendu pouvant être employé en chaîne. Le coton filé dans le canton de Tarare l’est de façon beaucoup trop grossière et est destiné à fournir la trame des futaines.
Par l’intermédiaire de Monsieur Brisson, inspecteur du commerce et des manufactures du Lyonnais, le ministre, saisissant toutes les occasions de venir en aide à aux industries naissantes, met à la disposition de Simonet des cardes et des rouets à filer qui sont distribués gratuitement dans le canton. Cette fois encore, ne disposant pas de fils de qualité, le résultat n’est pas au rendez-vous ; la mousseline obtenue est encore plus grossière et inégale que celle réalisée avec les cotons du Bugey.
Georges-Antoine Simonet comprend alors que ses efforts sont inutiles : il ne parvient pas à combler ses pertes. Toute la dot de sa femme (60 000livres) est absorbée. Il doit même vendre plusieurs propriétés pour payer les dettes contractées au service de la prospérité de son pays. En 1773, il se retire à Charbonnières, où il décède le 15 août 1778, indigent et oublié.
En 1804, un décret de l’Empereur Napoléon accorde une pension viagère de 1200 francs à la veuve de Georges-Antoine Simonet, créateur des manufactures de mousselines de Tarare.

Laissant ses métiers à ses ouvriers, Georges-Antoine Simonet est néanmoins convaincu de la réussite prochaine de son projet.

[actu]Réussite grâce à Claude-Marie Simonet[actu]

Son neveu Claude-Marie Simonet dit Le Jeune (1749-1822) reprend son projet et parvient à réaliser le souhait de Georges-Antoine Simonet. Dès 1786, il décide de faire venir de Suisse le coton humide en fuseau et de Manchester le coton filé à la mécanique. Les mousselines claires deviennent fort recherchées et des améliorations se produisent chaque année. Aussitôt la fabrique prospère comptant, dès 1789, 600 métiers employant 2000 personnes et produisant 15000 pièces pour un million de francs. De grands établissements de blanchiment et d’apprêts se créent à proximité des tissages à Tarare. Claude Marie Simonet devient le premier président de la Chambre consultative des Arts et Manufactures de Tarare.

Pour en savoir plus :

Notice sur George-Antoine Simonet, créateur de la fabrique de mousselines de Tarare éditée en 1846 : de nombreux renseignements biographiques ont été tirés de ce document,

Notice sur Georges-Antoine Simonet, créateur de la fabrique de mousselines de Tarare
reproduction en fac-similé ; 2010,

Georges-Antoine Simonet, 1710-1778 et les innovateurs textiles.

22. Fêtes des Mousselines2

[actu]De 1893 à 1939[actu]

- 1893 : 1ère Fête des Mousselines les 8, 9 et 10 juillet. Inauguration de la statue en bronze de Georges-Antoine Simonet réalisée par Charles Bailly, sculpteur lyonnais. Voici le refrain du chant des Mousselines entonné à cette occasion :

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Carte postale
Collection BmL

Debout ! Tisseurs Mousseliniers !
Au travail que chacun s’apprête
Poussons notre agile navette
Animons battants et métiers :
Debout ! Tisseurs Mousseliniers !
De Simonet et de Jacquard
Poursuivons la pensée féconde,
Et sachons au progrès du monde
Apporter aussi notre part.

En hommage au créateur des mousselines, les rues de Tarare sont ornées d’arcs de triomphe multicolores faits de mousseline multicolore, 42 sociétés musicales.

- 1901 : 12, 13 et 14 octobre. Pose de la première pierre du barrage de La Turdine. Tous les quartiers de la ville prennent part à cette seconde édition.
- 1904 : 3 et 4 avril. Inauguration de l’école primaire supérieure et pavoisement des rues par la mousseline.
- 1911 : 6 et 7 août. Apparition du vocable « Fête des Mousselines » sur une série de cartes postales.

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Fête des Mousselines 1912
Ville de Tarare

- 1912 : première Fête des Mousselines annoncée comme telle avec un comité des fêtes. Grâce aux 200 000 mètres de mousseline, l’édition de 1912 détient le record de métrage de mousseline pour la décoration des rues.

- 1913 : 2, 3 et 4 août. Meeting d’aviation par le pilote Marius Lacrouze. Il n’y aura pas de mousseline dans les rues à cause des grèves de février dans l’industrie textile.

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Fête des Mousselines dôme 1920
Ville de Tarare

- De 1920 à 1924 : la Fête des Mousselines propose chaque année des courses cyclistes, de chevaux ou d’ânes ; des concours de boules, de manœuvre de pompes à incendie (1923) mais aussi des défilés de sociétés musicales, de chars fleuris… Apparaissent à cette époque les élections de la Reine des Mousselines, d’abord au niveau des usines, puis plus largement. Création par M. Cazin, directeur de l’Harmonie municipale d’une chanson « la valse des Mousselines » dont les paroles sont de Jean Dulck, maire de Tarare.

Pour donner plus d’intérêt et de magnificence à la Fête des Mousselines, les Tarariens décident de désigner une reine des mousselines, la première est élue en 1921. Puis se déroule en 1923 la première élection officielle des « reines de l’industrie locale et de leurs demoiselles d’honneur » : reine de la broderie, reine de la teinture et apprêts, reine du tissage ainsi que la reine des reines symbolisant l’activité féminine des ouvrières, la grâce et la jeunesse. Depuis, tous les critères d’éligibilité restent sensiblement les mêmes (âge, résidence, célibat,…) à l’exception de celui d’être considérée comme une bonne ouvrière. Depuis 1990, la reine des mousselines est choisie parmi les huit reines des quartiers de Tarare. Deux des sept deviennent dauphines et les cinq autres demoiselles d’honneur. Elles sont les véritables ambassadrices de la fête et représentent la ville durant cinq ans.

En 2009, Laure Buisson, native de la région et écrivain, donne vie à Isabelle, reine des mousselines et lui imagine un destin dans un roman intitulé La reine des mousselines.

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Bargillat, Gabriel L.-M.
Collection BmL

- De 1928 à 1939, d’autres Fêtes des Mousselines sont organisées lors d’inaugurations : celles de l’établissement d’hydrothérapie et du parc du « Vert Galant » en présence de E. Herriot en 1928 ; de l’hôpital-maternité en 1933 et de l’Hôtel des Postes en 1939. En plus des manifestations incontournables comme la décoration des façades et des rues, les défilés et concerts, chaque édition apporte ses particularités : médailles commémoratives, chanson, timbre…

[actu]Depuis 1955…[actu]

La guerre ayant mis un terme aux Fêtes des Mousselines, elles ne réapparaissent qu’en 1955 et ont lieu tous les cinq ans (années en 5 et en 0). Les rues, les monuments mais aussi certaines maisons particulières de Tarare se parent alors de voiles et de mousselines multicolores.
Au fur et à mesure des éditions, le programme s’intensifie : outre les inaugurations viennent s’ajouter des épreuves sportives régulières ou ponctuelles (moto-cross en 1955, course automobile de côte en 1970) et un feu d’artifice tiré chaque fois d’un lieu différent.
Mais le temps fort de la fête est le défilé, plus impressionnant d’édition en édition : aux camions fleuris et décorés ont succédé de véritables chars confectionnés durant des mois par des associations et entreprises locales. Voici quelques faits marquants :

- 1955 : inauguration de la station de traitement des eaux de Mouillatout, du lotissement de la plaine, de la place et du médaillon Georges-Antoine Simonet.
- 1960 : première rencontre avec la ville d’Herrenberg (République fédérale d’Allemagne) dans le cadre du jumelage, apparition des animations culturelles : expositions
- 1965 : les spectacles de variété font désormais partie du programme. La première tête d’affiche est Annie Cordy
- 1970 : inauguration du lycée de La Plata
- 1985 : la mousseline polyester remplace le coton, 90 000 mètres de tissu sont utilisés pour cette édition

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Statue actuelle de
Georges-Antoine Simonet
Avril 2010 S. B-R

- 1990 : Inauguration de l’actuelle statue de Georges-Antoine Simonet en marbre de Carrare sculptée par Serge Castor. La précédente fut déposée en 1942 pour cause de récupération de bronze.
- 2000 : participation des communes des Sauvages et de Saint Loup pour la réalisation d’un char
- 2005 : 150 000 mètres de tissu pour la décoration ; confection de 85 dômes ; défilé de mode avec présentation de créations en mousseline par des maisons de couture lyonnaises dont celle de Nicolas Fafiotte.

Les Tarariens de toutes générations sont attachés à ces Fêtes des Mousselines, synonymes de travail et de fête et ont à cœur de les faire perdurer. Elles sont une survivance de la fierté de l’industrie textile et de ses savoir-faire. Au fil des éditions, elles sont devenues une commémoration joyeuse, très festive, colorée et unique en France. Leur succès, toujours confirmé, est dû à l’investissement et à la motivation des commerçants mais aussi des acteurs économiques dans la commune, le département et la région Rhône-Alpes.

[actu]Et en 2010[actu]

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Fête des Mousselines 2010
Théâtre municipal
S. B-R

Pour cette édition intitulée « Tarare lève le voile sur les rythmes du monde » correspondant au tricentenaire de la naissance de Georges-Antoine Simonet deux évènements ont lieu à l’extérieur de Tarare :

- A Charbonnières où il passa les cinq dernières années de sa vie avec l’exposition « Georges-Antoine Simonet et les siens » organisée par les municipalités et les sociétés d’études historiques de Tarare et de Charbonnières du 16 au 26 juin 2010 (salle Entr’vues). C’est aussi l’occasion d’honorer d’autres membres de la famille qui à des titres divers ont marqué leur époque.
- A Lyon où un défilé de mode est organisé le 17 juin 2010 à l’Hôtel de Ville. Il mettra à l’honneur le savoir-faire local des industriels du textile à travers le travail de 10 créateurs lyonnais et italiens. Chacun propose 6 modèles de robes de soirée sur le thème de l’édition 2010 « Tarare lève le voile sur les rythme du monde ». Au-delà du cadre festif du défilé, l’idée est de faciliter les rencontres, les échanges entre industriels, créateurs, professionnels de la mode, distributeurs. Cet évènement est possible grâce à la convention « territoires partenaires » unissant le Grand-Lyon, le Grand-Roanne, les villes de Tarare et de l’Arbresle, ainsi qu’à la vitalité du village des créateurs.

La Fête des Mousselines 2010 se déroule à partir du vendredi 18 au dimanche 27 juin, jour du grand défilé de chars décorés sillonnant les rues de Tarare en musique et se terminant par un concert puis un feu d’artifice.

Les nombreuses manifestations sont :

- historiques et culturelles, comme le Parcours Mémoire Textile. Il s’agit de regards d’artistes sur le monde ouvrier textile avec notamment des témoignages récoltés par le photographe Francis Mainard auprès de personnes ayant travaillé dans le secteur textile des années 1930 à nos jours. Parallèlement un travail a été fait avec les enfants des écoles de Tarare sur l’univers sonore de ce secteur de l’industrie. Samedi 19 juin 2010, conférence de Thierry Sabot, historien généalogiste, sur le contexte historique de la période de la vie de Georges-Antoine Simonet et dimanche 20, journée sur le thème du siècle des Lumières, en référence au tricentenaire de sa naissance. Les Fêtes Vénitiennes, samedi 26 juin 2010, au cours desquelles sera célébré le 50ème anniversaire du jumelage entre Tarare et Herrenberg.

- touristiques : visites guidées des rues de Tarare sous les dômes, celles des broderies mécaniques et les portes ouvertes et visite guidée du studio d’enregistrement l’Hacienda.

- sportives : compétitions de natation, course de vélo…

- festives : concerts (H. Aufray, P. Fiory, A. Bent et M. Jones) ; festivals (Nouveaux talents en Beaujolais vert et Rotarire) et deux spectacles de danse « Le roi lion » réalisé par l’association E.F. Gymdanse, et « Liberté en mer » donné par les enfants de l’Institut Jean Lonjaret (Châtillon d’Azergues).

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Mousselines chocolat
Ville de Tarare

Les mousselines sont aussi une friandise pour les gourmands !
Dans les années 1950, voulant honorer la célèbre étoffe et rappeler la grande activité textile de Tarare, un chocolatier de la ville a nommé « mousseline », sa spécialité : deux coques en nougatine garnies de praliné noisette, enrobées de chocolat noir. Aujourd’hui, le chocolatier Jean-Louis Poncept perpétue cette tradition.

Pour en savoir plus :

Tarare : des origines à nos jours . Edité en 1985 par la Commission mixte des affaires culturelles de Tarare avec la collaboration de la Société d’histoire et d’archéologie et des Monts de Tarare.

Tarare . Document édité en 2001 par les Archives municipales et la Société d’histoire et d’archéologie des Monts de Tarare.

100 ans d’histoire : Tarare au 20ème siècle , 2007.

Le Tout Lyon en Rhône-Alpes : n°4853 du 15 au 21 août 2009.

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Programme officiel 2010
Ville de Tarare

Les articles de la base Dossiers de presse Rhône-Alpes.

Et ceux d’Europresse, disponibles uniquement depuis les postes de la Bibliothèque municipale de Lyon, comprenant les articles du Progrès depuis 1997.

La ville de Tarare.

Toutes les informations détaillées de ces fêtes se trouvent dans le programme officiel.

23. Industrie textile dans la région de Tarare2

[actu]Bref historique[actu]

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Fête des Mousselines 2010
S. B-R

En 1573, l’activité textile est déjà l’activité principale de Tarare et de sa région. On y tisse le lin, le chanvre, certains tissus sont expédiés en Turquie et en Syrie.
A partir de 1664, l’activité est ébranlée par l’importation massive de toiles peintes rapportées par la Compagnie française des Indes orientales.
Ces toiles appelées « indiennes », imprimées avec des tampons de bois, apportent un air d’exotisme et de nouveauté. L’enthousiasme suscité, crée un marché prometteur pour la Compagnie des Indes et facilite aussi l’introduction en France de techniques de fabrication grâce à des marchands arméniens. Les productions locales moins onéreuses sont moins attrayantes, la chimie des colorants n’est pas encore maîtrisée. De plus, les soyeux et les lainiers supportent difficilement cette concurrence.
Pour protéger ses activités bien implantées et fortement exportatrices, la France promulgue en 1686, des lois interdisant non seulement l’importation des indiennes mais aussi la production des imitations imprimées ainsi que leur port et usage.
Le filage du coton apparaît alors dans les campagnes à l’égal de celui du chanvre auquel il ne nuit pas. Dans la région, c’est Etienne Mulsant (1733-1795), industriel à Thizy, qui l’introduit dans le tissage à la place du chanvre ou du lin.
Pendant longtemps les toiles de fil pur sont les seuls tissus produits en France, puis des futaines seront tissées étoffes croisées, serrées, rayées, moirées, d’aspect souvent très riche mais aussi des basins, étoffes croisées en coton. Cependant ces produits restent grossiers.
La publication de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert, de 1751 à 1772, permet de vulgariser les procédés techniques jusqu’alors conservés dans chaque fabrique.

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L’aventure textile en
Rhône-Alpes

Toujours très appréciées, les étoffes appelées indiennes entrent en fraude en France et un marché clandestin s’organise. Ainsi en 1754-1755, Louis Mandrin, chef d’une troupe de contrebandiers à la frontière du Dauphiné et de la Savoie, achète en Suisse ces étoffes afin de les revendre en France. Malgré les risques d’emprisonnement encourus, les femmes de toutes conditions cherchent à se les procurer. C’est ainsi que la Marquise de Pompadour fait sensation en décorant ses appartements d’indiennes de contrebande.

L’interdit n’est levé qu’en 1759 par Louis XV. Des indienneries se créent autour de Lyon : à Fontaines-sur-Saône en 1759, à Tarare et à Villefranche en 1772, à Pierre-Bénite en 1785, à Saint-Symphorien-d’Ozon en 1786. Après 73 ans d’interdiction, les artisans français ont recours au savoir faire des imprimeurs allemands ou suisses. Pendant plus de 150 ans, la technique de l’impression à la planche gravée en relief s’impose dans les manufactures régionales, n’accordant qu’une place secondaire aux autres techniques comme l’impression au cylindre ou à la plaque de cuivre. Longtemps dans l’ombre des soieries façonnées de Lyon, l’étoffe imprimée, sur coton, impose peu à peu ses qualités esthétiques et fonctionnelles.

Georges-Antoine Simonet essaie d’implanter à Tarare la fabrication d’un tissu léger à base de coton, fabriqué à cette époque, uniquement en Suisse et en Inde : la mousseline.

Ce tissu fin, voire transparent, présente à l’oeil une série de jours formés et séparés par des fils entrecroisés. Il est d’autant plus agréable à regarder que les jours se rapprochent davantage, jusqu’à un certain point, de la forme la plus parfaite possible, c’est à dire du carré.

[actu] L’apogée : vers 1840[actu]

En France, les premières mousselines sont fabriquées à Tarare vers le milieu du 18ème siècle, soit quinze ans avant les tentatives du même genre constatées en Angleterre. Claude Marie Simonet, neveu de Georges-Antoine, lance véritablement la fabrique de la mousseline tararienne. A cette même période vers 1788, l’industrie de la broderie, proche de celle de la mousseline, prend aussi son essor à Tarare et dans les bourgs voisins, ainsi que d’autres industries annexes comme la teinture, l’impression.

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Simonet et les innovateurs

La fabrication de la peluche pour chapeaux d’homme et de velours introduite par M. Martin-Gubian en 1836 est une autre activité importante de Tarare.
Début 19ème siècle, Tarare compte 5000 métiers, l’industrie est particulièrement florissante entre 1845 et 1864. La fabrique de mousseline est réputée être la première d’Europe en 1846. La centaine de fabricants de Tarare réalise, en 1861, un chiffre d’affaires de vingt-cinq millions. La ville de Tarare est passée de 2 000 à 15 000 habitants et fournit du travail à 50 000 personnes de la région.
La fabrique de Tarare s’est faite remarquer très favorablement aux expositions industrielles : à Paris en 1855 et 1867 et à Londres en 1862.

[actu]Le déclin : 1860…[actu]

A partir de 1860, la prospérité de la mousseline diminue notamment à cause de l’apparition de concurrents étrangers. La fabrique de Tarare doit s’adapter et faire évoluer les usages de la mousseline conduisant à une diversification des produits. C’est d’abord la singalette, mousseline blanchie utilisée comme gaze à pansement avec comme extension le coton hydrophile puis la singalette brodée appelée plumetis trouve, quant-à-elle d’importants débouchés aux colonies en particulier pour le voile d’habillement. Apparaissent ensuite l’organdi, le linon pour robes et corsages mais aussi la tarlatane, étoffe à tissage très lâche et très apprêté utilisée pour la confection de robes de soirée, de coiffes ainsi que pour des modèles ou des patrons de couture. On l’emploie aussi en reliure pour les charnières de livres. Certains tissus de petite largeur, aux coloris vifs et chatoyants, appelés voile d’Algérie, sont destinés pour l’Afrique du Nord où ils servent de turbans ou de chèches. Ils sont un complément commercial non négligeable jusqu’à la décolonisation.
En 1932, la crise mondiale a gravement affecté les industries du textile et notamment celles du coton. La soie artificielle jusqu’alors employée depuis plusieurs années dans les broderies l’est dans le tissage vers 1925-1926. Le coton disparait complètement de certaines spécialités de Tarare où la soie artificielle se montre mieux adaptée.

[actu]Le renouveau : 1954…[actu]

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Fête des Mousselines 2010
S. B-R

Dans les années 1954-55, le voile d’ameublement est une branche textile en rapide croissance profitant de la reprise de la construction. La fabrique de Tarare redevient dynamique, en conquérant le quasi monopole du voile en tergal. Elle assure 80% de la production nationale et 78% de la production mondiale grâce à de nouvelles fibres artificielles et synthétiques. C’est un article à l’avant-garde des techniques nouvelles, utilisant un polyester, mis sur le marché en 1948 par Rhône-Poulenc, sous la marque Tergal. Difficile à travailler car très fin et fortement chargé en électricité statique, il va bénéficier du savoir-faire des artisans de Tarare qui savent adapter les machines au fil. La région de Tarare est ainsi prédisposée pour cette industrie de pointe. On passe du stade de l’échantillonnage en 1956, à celui d’industriel en 1957 et Tarare devient la capitale française du voile.

Les années 1958-1962 sont de nouveau un âge d’or pour les artisans tisseurs qui ont fait porter la largeur de leurs métiers jusqu’à des laizes allant de 2,40m à 4,20m. Ces fabricants devenus des industriels avec des usines ultra-modernes font travailler jusqu’à 4000 personnes et l’industrie textile se diversifie dans le tissu éponge, la confection, la teinturerie.

Puis durant les années 1960, de nouveau, l’industrie textile rencontre des difficultés croissantes. Le voile Tergal, certes de très bonne qualité, subit la concurrence d’articles moins chers venus de l’étranger et la décolonisation entraîne la fermeture des marchés coloniaux. En 1977, 114 des 255 établissements du canton travaillent pour l’industrie textile, soit 3277 salariés sur 4465 actifs. Les entreprises tarariennes du rideau unissent leurs efforts commerciaux sous une marque commune « Plein Jour » qui recueille une notoriété mondiale. En 1985, l’industrie du textile continue alors d’assurer 80% des emplois industriels de Tarare et de sa région, mais cette mono-activité est problématique pour l’essor de la région. En 2000, 63 entreprises de la filière textile emploient 1859 salariés sur l’ensemble du canton. En 2009, cette industrie n’est pas complètement éteinte mais seules quelques entreprises subsistent faisant travailler quelques centaines de salariés.

24. Le textile en région Rhône-Alpes en 20102

L’industrie textile, en région Rhône-Alpes, a su se remettre en question pour s’adapter en permanence aux bouleversements économiques liés à l’évolution des modes de fabrication, ainsi qu’à la concurrence internationale.

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Deuxième statue Simonet 2000
Ville de Tarare

Une analyse de l’Insee parue dans sa note de conjoncture de décembre 2009 indique que, paradoxalement, le secteur textile semble avoir été un peu moins touché par la crise que d’autres secteurs, même si certaines inquiétudes persistent. Les entreprises qui résistent le mieux sont celles qui travaillent beaucoup en co-développement avec leurs clients en produisant de plus en plus du sur mesure et en multipliant le service.

En février 2010, un débat organisé au Musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon permet d’avoir des chiffres récents et le ressenti actuel de l’industrie textile en Rhône-Alpes, première région textile de France. Rhône-Alpes profite du savoir-faire de ses entreprises qui ont su faire évoluer une activité issue du travail de la soie vers des produits élaborés qui se différencient et vers des textiles high-tech. Elle abrite 24% des salariés du secteur (environ 22500 personnes), 30% des entreprises (environ 1100) et réalise également 30% du chiffre d’affaires national (4,5 milliards d’euros). La région représente 52% de l’industrie du tissage et revendique la position de leader en matière de textiles techniques
avec 60% de la production française.

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Fête des Mousselines 2005
gare décorée détail
Ville de Tarare

Le textile a subi de nombreuses crises. Benoît Soury, vice-président de la CCI de Lyon, rappelle que ce secteur a toujours dû faire preuve d’adaptation en réponse aux crises, aux évolutions de la mode et des techniques.
L’une des solutions trouvées par les entreprises de textile pour perdurer est l’innovation au sens large : technique, créativité des dessins, marketing…
Le second élément important est la formation. La métropole lyonnaise bénéficie d’un réseau Textiles Techniques complet, grâce notamment à son pôle d’enseignement supérieur innovant spécifique au textile et à la chimie, comme en témoigne l’ITECH (Institut Textile et Chimique de Lyon), ou grâce à la présence d’instituts de recherche spécialisés et de centres techniques industriels, comme l’IFTH (Institut Français du Textile Habillement).

Les textiles techniques et fonctionnels sont des produits à hautes performances, aux propriétés spécifiques adaptées à certains usages. Ces textiles peuvent être tissés, tricotés ou non tissés, leurs domaines d’application sont très variés comme l’électronique, l’agriculture, la santé, les transports, bâtiment et génie civil, sport… et leurs propriétés diverses : haute résistance, anti-feu, anti-microbien, déperlance, anti-UV…

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Fête des Mousselines
dômes éclairés 2000
Ville de Tarare

Techtera (Technical Textiles Rhône-Alpes) est labellisé, en 2005, pôle de compétitivité dédié aux textiles Techniques et fonctionnels en Rhône-Alpes. Ce pôle initie des thématiques de travail répondant aux enjeux technologiques et économiques du secteur et accompagne les démarches de recherche collaborative qui en sont issues, jusqu’à la phase d’essai et de prototypage des produits. Sa vocation est aussi de dynamiser les liens entre les entreprises et de positionner la région Rhône-Alpes, leader français des textiles techniques et fonctionnels comme territoire de référence en Europe sur les différents marchés prioritaires du pôle. Techtera soutient la charte Altertex qui promeut le textile respectant une démarche de développement durable. Plus de cinquante entreprises (filateurs, tisseurs, tricoteurs, ennoblisseurs, confectionneurs, distributeurs) ont adopté cette charte et se sont engagés à utiliser au moins 80% de fils biologiques, équitables ou recyclés.

Unitex (Union Interentreprises Textile Lyon et Région). Créée en décembre 1976 pour réunir les différents syndicats professionnels du textile de Lyon et de Rhône-Alpes Unitex est aujourd’hui la principale organisation professionnelle de France dans le secteur du textile. Grâce à plus de 200 entreprises, elle couvre aujourd’hui l’ensemble des branches d’activité de l’industrie textile de la région Sud-Est de la France, rencontre régulièrement des partenaires publics et institutionnels, des élus et siège aussi dans de nombreux conseils de direction et d’administration d’organisations sectorielles nationales et européennes.

De pied en Cap est un réseau de professionnels et de passionnés dédié au patrimoine du textile et de la mode. En 2008, paraît « De pied en cap » un ouvrage présentant la diversité et l’importance du textile et de la mode en région Rhône-Alpes montrant les liens entre ce patrimoine et les économies locales.

Pour en savoir plus :

Livre de raison d’une exposition régionale ; 10-15 novembre 1945 : la vie et l’art dans les monts de Tarare ; suivi de six conférences d’art et d’histoire par Emile Cherblanc …

L’aventure textile en Rhône-Alpes de Valérie Huss, édité en 2005 par Le Dauphiné Libéré,

Tarare, cité de la mousseline : essai d’histoire locale de Jules Maire, édité en 1934,

Journal du Textile : n° 2029 du 2 février 2010,

Le Tout Lyon en Rhône-Alpes : n°4881 du 27 février 2010,

De pied en cap : patrimoine du textile et de la mode en Rhône-Alpes édité en 2008 par la Passe du vent,

L’usine nouvelle : n°3195 du 3 juin 2010,

Textiles techniques et fonctionnels : matériaux du XXIe siècle : exposition présentée du 15 octobre 2009 au 14 mars 2010 au Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne et au Musée de Bourgoin-Jallieu,

Généalogie et histoire : n°153 de mars 2013,

Carte du réseau textile en Rhône-Alpes .

Documentation régionale, 2010

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