Attention ! Peinture Fraîche sur Lyon

- temps de lecture approximatif de 8 minutes 8 min - Modifié le 25/05/2019 par La Documentation régionale

Le festival international « Peinture Fraîche », dédié au Street Art a investi la Métropole de Lyon, du 3 au 12 Mai, en accueillant plus de 37 000 visiteurs pour cette première édition. Près de 70 artistes de la scène internationale, nationale et régionale ont graffé différents lieux de la ville, avec en épicentre la Halle Debourg, ancien entrepôt de frêt-triage à Gerland. Organisé par Le Petit Bulletin et l’association Troi3, « Peinture Fraîche » s’empare des enjeux de la société actuelle en invitant des artistes qui portent un discours fort lié notamment à l’écologie, à la surconsommation, à la liberté d’expression ou encore au féminisme. En amont du festival, des œuvres ont été créées dans la Métropole, traçant un parcours le long de ses lieux emblématiques tel que le Musée des Confluences.

Halle Debourg à Gerland. Festival Peinture Fraîche - 9 mai 2019 - Copyright Claire Margaron
Halle Debourg à Gerland. Festival Peinture Fraîche - 9 mai 2019 - Copyright Claire Margaron

I. Art urbain : du graffiti au street art

 Tout a commencé à Philadelphie en Pennsylvanie à la fin des années 60 avec des graffeurs comme Cornbread  et Cool Earl. Dès le milieu des années 70, le mouvement Graffiti, issu de la culture hip-hop a rapidement pris de l’ampleur à New York. Des milliers de noms peints à la bombe firent leur apparition sur les bâtiments, boîtes aux lettres, cabines téléphoniques, tunnels, bus et finalement sur les rames du métro. À ses débuts, l’expression graphique de ces artistes d’un nouveau genre est avant tout narcissique : le graffeur est dans une course à la visibilité. En taggant son blaze, lui – ou sa bande – entend s’approprier en son nom propre l’espace urbain, jusqu’au recouvrement de l’espace public.

Le street art apparaît dans les années 1970 à New York, en même temps que le graffiti. Il se manifeste par des interventions sur les bâtiments, les façades, ou encore les panneaux de signalisation des espaces publiques.  Cet art urbain protéiforme utilise différentes techniques : pochoirs, graffitis, gravures, fresques, collages, affiches, autocollants, flacking (remplissage de trous de la chaussée ou des trottoirs avec des mosaïques), stickers, installations …ou encore projections sur les bâtiments.

Parmi les artistes les plus engagés de ce mouvement artistique figurent plusieurs noms mondialement connus : Bansky, Jean Faucheur, Keith Haring, Invaders, JR, Miss.Tic, Monsieur Chat, Ernest Pignon-Ernest ou Jean-Michel Basquiat (alias SAMO).

 

Exposition Keith Haring en 2008 au Musée d'Art Contemporain- Lyon

Exposition Keith Haring en 2008 au Musée d’Art Contemporain- Lyon

 

Au départ cet art gratuit, éphémère et plutôt anonyme s’est défini en réaction au trop plein d’images commerciales qui nous envahissent. Art « illicite », il manipule les images afin de tout envahir à la manière de la publicité. Toutefois d’un acte de revendication, il est devenu au fil du temps, avec les nouvelles pratiques urbaines, un moyen de communication dont la jeune génération s’empare : le street art est devenu grand public, à la portée de tous. Dessinateurs et illustrateurs se sont mis à faire des fresques murales. Le muralisme attire de plus en plus en plus d’artistes : s’approprier un espace urbain et l’investir permet de communiquer avec le grand public. Grace aux médias sociaux qui permettent à chaque instant de partager de nouvelles œuvres partout dans le monde, le street art semble avoir atteint sa maturité. Les acteurs du graffiti actuels ne sont plus les jeunes de banlieue ; ils sont de moins en moins issus du hip hop. La jeune génération a grandi avec l’art urbain.

D’autre part, bien qu’entaché d’une réputation subversive, le street art est indéniablement entré dans une période de légitimité : un certain nombre d’artistes issus de cette mouvance voient de prestigieux musées publics ou privés leur ouvrir leurs portes. Le street art s’est embourgeoisé…

 

Pour aller plus loin :

 

II. Effervescence de la scène locale

 

Tags sur les pentes de la Croix-Rousse

Tags sur les pentes de la Croix-Rousse 1991 – Copyright Marcos Quinones

 

Ce n’est qu’au début des années 1980 que le graffiti arrive en France. Et ce n’est qu’avec un léger décalage et grâce à quelques pionniers que Lyon, au milieu des années 1980 entre dans la dynamique de ce mouvement graffiti. Le mur des Lyonnais à la Croix-Rousse (1987), ceux du Musée Urbain Tony Garnier (1989) ou encore la fresque de Joost Swarte à Lyon 9 (1984)   peuvent en témoigner. Après s’être un peu essoufflé ces derniers temps, le mouvement retrouve une nouvelle dynamique grâce à l’émergence d’événements locaux :

 

Durant ce nouveau festival de Street Art, Peinture Fraîche, dirigé par l’artiste Cart’1  qui s’est décidé à créer un tel événement  dans sa ville natale, 30 artistes locaux sont invités à créer des œuvres inédites sur les murs de la Halle Debourg.

Parmi eux :

 

Gerland – Halle Debourg Festival Peinture Fraîche – 9 Mai 2019 – copyright Claire Margaron

Dans cette halle Debourg de 3000 m², se sont succédés durant tout ce mois de Mai, performances de peintures et de sculptures en live, expositions de fresques, ateliers, soirées-concerts, pop-up store et projetions de films. Les visiteurs auront pu découvrir des œuvres en réalité augmentée avec leur smartphone, s’initier à l’impression 3D ou encore s’improviser graffeurs dans un jeu vidéo.

Dehors, juste à côté de la Halle Debourg, ce n’est pas moins que le pape du muralisme actuel, le chilien Inti qui exécutait sur une façade de 7 étages une gigantesque fresque.

Fresque du muraliste chilien INTI – Gerland 9 mai 2019 – Copyright Sylviane Blanchoz-Rhône

Tandis que non loin de là, le portugais Bordalo II  réalisait ses bas-reliefs à partir d’encombrants repeints et fixés aux murs,

Bas-relief de l’artiste-écologiste portugais Bordalo II – Gerland 6 mai 2019 – Copyright Sylviane Blanchoz-Rhône

et parterre, Ememem rafistolait le trottoir…

Flaking du lyonnais Ememem – trottoir de Gerland – 9 mai 2019 – Copyright Claire Margaron

 

D’autres lieux ont aussi  été investis par le Festival comme l’autopont de la Confluence (Quai Perrache) qui s’est métamorphosé en œuvre monumentale intitulée Axis Mundi (l’Axe du monde). Sous les yeux du public, le duo d’artistes réunionnais Kid Kréol et Boogie a créé une immense fresque de 100 mètres de long sur les 4 faces du pont, évoquant la nature et les légendes de l’Océan Indien – comme un écho au Musée des Confluences et à ses collections.

Fresque monumentale en cours (face Est) des réunionnais Kid Kréol et Boogie – Autopont Confluence – 6 Mai 2019 – Copyright Sylviane Blanchoz-Rhône

Toujours en résonance au Festival, le Musée des Confluences a exposé quelques-unes des voiles de pirogues décorées par les dessins de graffeurs Jace, Psy 156, Cart’1… lors d’un projet d’exposition éphémère réalisée en 2015 sur les plages à l’Ouest de Madagascar (pays Vezo). Le documentaire sur ce projet Du graffiti dans les voiles de Sami Chalak (52min) a également été projeté.

A la Croix-Rousse, pendant plusieurs jours, l’artiste lyonnais WENC a peint une incroyable anamorphose sur les escaliers du passage Mermet.

Fresque de l’artiste lyonnais WENC recouvrant les escaliers du Passage Mermet – 8 Mai 2019 – copyright Christiane Loucel

A Feyzin, l’Epicerie Moderne a proposé une exposition des œuvres de l’artiste lyonnais Don Mateo

 

Au-delà de ces festivals, de nombreux activistes animent ce mouvement artistique urbain, que ce soient des acteurs des cultures urbaines (Taverne Gutenberg, Superposition…), que des structures intéressées par l’urbain comme les Ateliers de la Mouche, l’école Urbaine de Lyon (EUL).

De nombreux collectifs lyonnais de street art coexistent  : La coulure ; Lyon Bombing

De même, Le Groupama Stadium de l’OL devient une des plus grandes galeries d’expo street-art d’Europe (Offside gallery)  et les Halles du Faubourg (Lyon 7e) proposent 1 200 m2 consacrés à des expos mais aussi à des conférences, des initiations, des concerts… En résonance au festival Peinture Fraîche, elles accueillent jusqu’au 16 juin une expo de l’artiste GREMS.

 

Pour aller plus loin 

Sur le Festival Peinture Fraîche :

 

Sur le Street Art à Lyon :

 

A NOTER :

Les autres grands RDVs du Street Art prochainement dans notre région 

 

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