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Azote et fertilisants

Ronan Mancec

Dans cette pièce Ronan Mancec parle de l'ampleur des dégâts matériels et psychiques occasionnés par l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001.

La pièce raconte l’histoire de cette catastrophe, en suivant des personnages depuis l’explosion jusqu’à aujourd’hui.
La pièce est vraiment intéressante car on apprend beaucoup de choses que les médias nous avaient cachées à l’époque de l’explosion.
Elle fait aussi réfléchir sur les marques que cette catastrophe a laissées sur les habitants. Comment faire face à des évènements qui nous dépassent ? Comment, au jour le jour, la vie reprend-elle ?

Les dialogues alternent avec des textes scientifiques, médicaux, ou juridiques. Ces extraits de textes théoriques soulignent la solitude des victimes face aux séquelles laissées par l’explosion.
Les points de vue multiples et variés des différentes victimes sont poignants.

Ronan Mancec déclare, au sujet d’Azote et fertilisants : « J’ai voulu que documentaire et fiction s’enchâssent : les récits d’anonymes sont mêlés aux enjeux politiques et techniques du sujet, l’anecdotique au scientifique, la rumeur urbaine avoisine les données factuelles. C’est par leur mise en concurrence que se dessine un discours sur la fragilité de l’humain. »
Au-delà des enjeux politiques et de société, Ronan Mancec semble avoir voulu écrire un texte sur l’intimité. Comment il est étonnant d’être encore en vie après une telle catastrophe. Comme il est difficile de dire ce que l’on a vécu. Combien il est étonnant que l’on oublie…
« Je me demande comment l’on se remet, mais je crois que l’on ne se remet pas, d’une catastrophe intime. », se questionne l’auteur. « Je me demande, dans Azote et fertilisants, par quels chemins passe la reconstruction de soi. Je crois que cela passe par se raconter des histoires. On se raconte des histoires pour continuer à vivre. »

Très proche du théâtre documentaire.
Belle écriture, un texte bien rythmé et puissant !

EXTRAIT

« 6 LA RECONSTRUCTION Coupure 7.

Brice/ Il traverse la rue et il monte dans le même bus que moi
Il ne décroche pas un regard au chauffeur du bus, il avance vers le fond,
il ne se tient pas bien et il a les épaules rentrées
Il ressemble à mon père
A ce qu’il serait
Il a les cheveux très courts
Il ressemble à un ancien militaire
Militaire à la retraite, athlétique dans le temps et âgé aujourd’hui
Souvent je les vois dans la rue
Des hommes qui ressemblent à mon père
A ce que serait mon père aujourd’hui
Dans la rue ou le bus
Son visage est taillé à la serpe et il sourit un peu
Il sourit dans le vague
Est-ce qu’il est malade ?
Et on ne peut pas savoir si c’est l’explosion qui continue de le faire sourire,
dans le vague, cinq ans après
C’était il y a longtemps
Est-ce que je suis seul à y penser ?
Qu’il y a des hommes malades, perdus, autour de nous, depuis
l’événement
C’est peut-être autre chose, bien sûr, une longue maladie, ou l’alcool
Ou bien ils sont dépressifs
Et puis ils descendent du bus et on ne peut pas s’empêcher de penser que
Mais on ne peut pas savoir
Si c’est à cause de l’explosion
Ou tout autre chose »

RONAN MANCEC

Très jeune auteur, né en 1984. Il a été primé aux JLAT en 2009 avec le texte Je viens, je suis venu, qui était aussi déjà un de nos coups de cœur !
A de nombreuses reprises, il a écrit à partir de collectes de témoignages et questionne les liens entre documentaire et fiction.
C’est cela aussi qui l’intéresse dans la création sonore, domaine qu’il explore en mettant en place des performances en appartement.
Il anime des ateliers d’écriture avec des publics divers, notamment en lycées professionnels.
Pour en savoir plus.

Hélèna du département Arts vivants à la médiathèque de Vaise

Voir dans le catalogue de la BML

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