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Matthäus Passion (Passion selon Saint Matthieu)

Johann Sebastiani

Les récits de la passion du Christ selon les évangiles furent lus en musique au cours de la Semaine Sainte dès les débuts de la liturgie chrétienne. L'histoire fut tout d'abord confiée à un seul chanteur puis aux alentours du XIVème siécle la forme évolua vers une narration à trois parties : l'évangéliste (ou récitant), Jésus, et les autres personnages secondaires ou la foule, très présente dans l'écriture évangélique.

Il devint d’usage que les propos de l’évangéliste et ceux de Jésus soient interprétés par des solistes, tandis que les rôles de foule étaient incarnés par un choeur (quoiqu’à la Renaissance certains compositeurs aient opté pour un traitement intégralement polyphonique). La forme s’étoffa encore avec l’introduction  – sous l’influence de l’opéra italien naissant – d’instruments assurant le continuo ou même,  ne se réduisant plus au seul accompagnement des chanteurs, intervenant en sinfonias purement instrumentales.

Johann Sebastiani (1622-183), quoique  né à Weimar, subit cette influence italienne. Sa passion selon Saint Matthieu est remarquable, non seulement pour la beauté lyrique de sa musique et sa riche instrumentation (violes pour l’évangéliste, violons pour Jésus) mais également pour l’introduction de chorals luthériens à des moments stratégiques tout au long du récit. C’est le premier exemple de chorals multiples dans le cadre d’une passion. Cette pratique consistant à emprunter des chorals bien connus fut adoptée  par les compositeurs ultérieurs et se retrouve dans les grands passions du XVIIIème siècle (Bach, Haendel, Telemann) ; choix judicieux qui  permettait à la congrégation de « communier » vocalement à la célébration pascale.  Sebastiani cependant précise explicitement que l’exécution du choral doit revenir à un soprano solo.

Dans le présent enregistrement cette partie est tenue par une voix bien peu lyrique mais ô combien touchante : on dirait la voix d’un enfant, simple, limpide et d’une fraîcheur très émouvante (Ina Siedlaczek). Le reste de la distribution vocale n’est pas en reste : superbe évangéliste, interprété par le ténor  Colin Balzer, narrateur subtil et convaincant, tandis que le baryton Christian Immler (Jésus) appelle tous les éloges : timbre somptueux, déclamation majestueusement noble et virile. L’impression d’ensemble est, malgré  l’austérité dramatique du propos, d’une certaine sérénité et d’un grand équilibre musical (déroulé fluide et très « chantant », moins contrasté que d’autres passions plus nettement découpées en airs et récitatifs caractérisés).

Une belle découverte, servie par l’excellent Boston Early Music Festival Chamber Ensemble sous les directions conjointes de Paul O’dette et Stephen Stubbs.

Symphonia et choeur introductifs :

Scène comprenant la trahison de Judas et la confrontation avec le grand prêtre Caïphe :

Choral « Ô Lamm Gottes unschuldig » :

 

 

Voir dans le catalogue de la BML

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