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LE ROMAN DE GASPARD DE LA MEIJE

Réédition, première parution en 1984.

Isabelle Scheibli.

Le 16 août 1877, Pierre Gaspard, guide de haute-montagne à Saint-Christophe d’Oisans, accompagné de son fils, mène le Baron Emmanuel Boileau de Castelnau au sommet du Grand Pic de la Meije, dernier sommet majeur des Alpes encore vierge.

« Puis l’hiver est venu. Il est là avec sa neige, ses tourmentes et son froid. Ils ont fermé leurs portes, tous à Saint-Christophe, et puis ils ont commencé d’attendre. Parce que l’hiver, c’est un peu la nuit de l’année. Une nuit qui serait vêtue de blanc, un blanc immense, allongé partout. Il n’y a plus de pierres, il n’y a plus de blocs ni de parois abruptes. Plus de contours, plus d’arêtes. Rien que des formes molles et rondes qui cachent les terres de façon trompeuse. Même les torrents braillards ont perdu leur voix. Sur tout le pays s’est étendue cette douce lourdeur blanche, qui reste là, immobile, glacée, étouffante.»

Dans cette nouvelle édition du roman d’Isabelle Scheibli (chez Glénat, collection Hommes et montagnes), nous redécouvrons le destin hors du commun de Pierre Gaspard, paysan et chasseur de chamois à Saint-Christophe en Oisans, devenu guide de haute-montagne à la fin du XIXe siècle.

Grâce à une écriture simple et poétique, Isabelle Scheibli nous fait pénétrer l’esprit de Gaspard. Cet homme au caractère rude mais sensible, montagnard parmi les montagnards, refuse le fatalisme de sa condition. Afin d’échapper à la vie misérable et dure que lui promet son milieu, il décide, contre l’avis de ses semblables, d’accompagner les premiers alpinistes et touristes étrangers sur les sommets de ces montagnes qu’il connaît si bien. Ce qui, au départ, n’est qu’un moyen de subsistance, va devenir une véritable passion, un combat au corps à corps avec ce sommet indompté qu’est le Pic de la Meije. Lorsqu’il rencontre le baron Emmanuel Boileau de Castelnau, jeune alpiniste intrépide qui lui demande de l’accompagner dans cette aventure, leur différence de classe sociale va rapidement disparaître face à l’admiration qu’ils se portent l’un l’autre.

La rudesse de la montagne se mêle à celle des âmes qui la peuplent. On redécouvre les difficultés auxquelles étaient confrontés les hommes qui l’habitaient. C’est pourquoi Pierre Gaspard qui échappe à sa condition force l’admiration. Mais dans la crainte de ses semblables à voir arriver sur leurs terres ses étrangers qui convoitent les sommets, on voit aussi se profiler l’arrivée dans les montagnes du tourisme de masse au XXe siècle, avec les conséquences sur l’écosystème que l’on connaît aujourd’hui.

Ce roman est plus qu’un magnifique récit sur un aventurier du XIXe. Il nous questionne sur la volonté de l’Homme de s’extirper de sa nature animale et des conséquences que cela aura sur notre environnement.

 

Voir dans le catalogue de la BML

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