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Le principe d’Archimède

Josep Maria Miro

Pierre est maître-nageur dans une piscine municipale. Il s'occupe d'un groupe d'enfants, les Hippocampes. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'un enfant de cinq ans raconte à ses parents l’avoir vu embrasser un de ses camarades sur la bouche.

Pierre, lui, dit avoir juste embrassé le petit garçon sur la joue pour le réconforter car il pleurait. La rumeur circule et provoque le doute chez son collègue et sa responsable, ainsi que la peur et la colère des parents. Un acte similaire s’est passé récemment dans un centre aéré situé près de la piscine.

La pièce est structurée comme un thriller. Des informations parcellaires remontent petit à petit à la surface grâce à des flash-back. Cela permet au lecteur de rassembler les morceaux du puzzle. On découvre la vie et les points de vue des personnages. Mais c’est aussi la multiplication des points de vue qui entretient le doute et qui crée une ambiance de plus en plus oppressante.

Mais l’important n’est pas de savoir si le maître-nageur est coupable ou innocent, mais plutôt de nous interroger sur nos sociétés fondées sur la peur et obsédées par le principe de précaution. Et également de nous rendre compte que les rumeurs peuvent détruire la vie d’une personne.
Une écriture toute en reflux. Une pièce en eaux troubles que l’on n’oublie pas.

Josep Maria Miró

Auteur dramatique et metteur en scène catalan, Josep Maria Miró est aujourd’hui l’une des figures majeures de la scène théâtrale catalane. Sa pièce Le principe d’Archimède est jouée dans le monde entier et a fait l’objet de deux adaptations au cinéma.

Extrait

« ANNE.– Qu’est-ce qui s’est passé ce matin avec Alex ?

PIERRE.– Il s’est mis à pleurer.

ANNE.– Il s’est mis à pleurer et après ?

PIERRE.– Rien. Il m’a dit qu’il avait peur.

ANNE.– Pierre…

PIERRE.– Quoi ?

ANNE.– Je ne parle pas de ça.

PIERRE.– Eh bien, sois plus claire parce que je ne comprends rien.

ANNE.– Tu ferais mieux de t’asseoir.

PIERRE.– Je n’ai pas envie de m’asseoir.

ANNE.– Pourquoi tu t’emportes comme ça ?

PIERRE.– Je ne m’emporte pas.

ANNE.– Tu t’énerves… comme si tu étais sur la défensive.

PIERRE.– Moi, j’ai plutôt l’impression que c’est toi qui es en train de t’énerver. (pause) Je te le répète : sois plus claire parce que je ne comprends rien, putain !

ANNE.– D’habitude, tu ne me parles pas sur ce ton.

PIERRE.– Je te demande juste d’être claire. Je ne vois pas où tu veux en venir. Tu débarques ici, en faisant une tête…

ANNE.– Quelle tête ?

PIERRE.– Comme si tu étais en colère.

ANNE.– En colère, moi ? Pas du tout.

PIERRE.– Et la première chose que tu me demandes, c’est de te raconter ce qui s’est passé avec Alex. Je te dis qu’il s’est mis à pleurer et tu me réponds que ce n’est pas le sujet. De quoi est-ce qu’on parle alors ?

ANNE.– Les parents se sont plaints.

PIERRE.– De moi ? Je lui ai demandé d’aller dans l’eau sans ses flotteurs. Il s’est mis à pleurer. Il m’a dit qu’il avait peur. Voilà tout.

ANNE.– Tu es sûr qu’il n’y a rien d’autre ?

Pause. »

Hélèna du département Arts vivants à la médiathèque de Vaise

Voir dans le catalogue de la BML

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