Résumé - très succinct et forcément réducteur - du livre de Serge Bramly

La transparence et le reflet, de Serge Bramly

Verre, arts et civilisations

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 07/04/2020 par FC

A travers l'histoire du verre se définit une esthétique propre à l'Europe. Techniques de fabrication, représentation et symbolique du verre dressent le récit identitaire de l'Europe.

verre
verre source pixabay

Tel est le propos de Serge Bramly dans son ouvrage La Transparence et le reflet. De l’irrationnel mystique, nous sommes passés au rationnel objectif et scientifique pour arriver à un matérialisme utilitaire.

La mosaïque de verre byzantine  puis les vitraux de l’architecture gothique magnifiaient la lumière, la sacralisant. Au Moyen Age, l’art était matérialisation allégorique du divin. Cette période vit également le développement de l’usage scientifique du verre et de nombreux instruments virent le jour (lentilles, lunettes…).


La Renaissance, elle, chercha un plus grand illusionnisme afin de mieux refléter la réalité. C’est en plaçant l’imitation avant l’idée, le concept, que l’Italie se détacha du Moyen Age, en accordant la primauté à la ressemblance, au reflet fidèle pour imiter la nature. Le Moyen Age avait fait l’apothéose du verre avec la mosaïque et les vitraux. La Renaissance mit le miroir à l’honneur : tout d’abord le miroir bombé de Flandres, largement figuré dans les tableaux (exemple chez Van Eyck), mais aussi outil de l’atelier, puis le miroir plat de Venise en verre soufflé et étamé. Ce dernier ne reflétait plus une vision déformée comme le faisait le miroir convexe, mais proposait une image exacte, quoique partielle, de la réalité. L’époque était à la rationalisation, à la représentation réaliste.

En effet, dès le début de la Renaissance, les peintres prirent la nature pour modèle. L’utilisation nouvelle de la peinture à l’huile par les frères Van Eyck permettait le rendu du modelé et de la transparence, des reflets, des matières et ainsi un degré de réalisme inconnu jusque là. Le procédé de la peinture à l’huile se diffusa rapidement dans toute l’Europe. Partout les artistes firent reluire les pierres précieuses, les bassines de cuivre, les prunelles, les armures… (exemple chez Giorgione).  

Autre élément propre à l’esthétique européenne : l’harmonie d’une œuvre reposait sur la géométrie et la science : le nombre d’or, le triangle et le cercle, les proportions, la symétrie, la perspective, l’art s’accordait avec la vision d’un univers géométrique parfait créé par Dieu. Cependant, au tournant du XVIe siècle, l’art se laïcisait.

«Les objets en verre représentés dans les œuvres, à l’époque médiévale et encore à la Renaissance, parlaient essentiellement de pureté, d’innocence, de perfection (regardez la carafe chez Memling).  Réforme et Contre-Réforme lui firent changer de sens. Désormais, c’était sa fragilité, indice funeste, qui était mis en avant.» (Voyez cette vanité de Champaigne). 

A cette manière léchée de la Renaissance succéda dès le XVIIe siècle des manières plus libres, plus énergiques. Titien, Rubens puis Le Tintoret  et Le Greco réagirent contre le fini impeccable et bienséant. Franz Hals et Rembrandt firent également évoluer couleurs et lumières en allant au plus court, utilisant l’illusion crée par l’impression rétinienne.

Puis le tableau devint de moins en moins narratif, la composition se complexifia. Toutefois, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’idéal européen resta le «Beau antique».

Au XIXe, les tendances se diversifièrent. L’idéal classique italien , l’orientalisme, le gothic revival, la peinture sociale, les naturalistes se côtoyèrent.

Les Impressionnistes, la photographie puis la découverte d’œuvres d’art d’autres civilisations, notamment lors des Expositions universelles (dont la première eut lieu en 1851 à Londres dans un palais de verre : le Crystal Palace), bousculèrent largement les modèles anciens. Les avant-gardes s’étaient trouvé d’autres référents. C’était désormais la forme qui primait. L’abstraction s’imposa peu à peu. L’esthétique du verre (le rationalisme) ne faisait plus la loi.

Marcel Duchamp rompit définitivement le cordon référentiel dès 1913. Par le ready-made, il affirmait que seule d’idée comptait. Il n’était plus question d’imitation, de savoir-faire. La question du Beau n’était plus à l’ordre du jour. En 1917, sa Fresh Widow  était une petite fenêtre dont les carreaux étaient en cuir noir ciré : la transparence avait vécu. Même la peinture à l’huile n’était plus d’actualité, remplacée après la Seconde guerre mondiale par l’acrylique. Très utilisée par les peintres américains (Rothko , Pollock, De Kooning…), la peinture acrylique détrôna la peinture à l’huile américaine.

Tout était consommé : «le modelé avait disparu, le motif s’était substitué à la lumière, la stylisation remplaçait la ressemblance et la narration pliait devant la forme ou l’idée.»

Quant au verre, on constate de nos jours qu’«il est passé du centre à la périphérie : du lustre central aux parois vitrées. Il se cantonne maintenant à la périphérie, aux parois extérieures. Il ne prédomine plus qu’en façade

L’évolution de notre culture s’était faite en cherchant à dominer la nature, contrairement aux autres sociétés chez qui les interférences entre nature et culture ont toujours prévalues.

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