Le jeu symbolique : déconfinons l’imaginaire des enfants !

Une "pause" qui peut donner plus de place aux jeux d’imitation.

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - par Emilie

N’avez vous pas remarqué la propension des enfants à se construire des cabanes, que ce soit dans le salon, dans le jardin, ou même sous la table de la cuisine ? Trois couvertures, deux oreillers et hop le plus beau des châteaux vient de voir le jour ! Avec accès autorisé pour certains et interdit pour d’autres surtout s’ils ont plus de 10 ans...

Bateau fait maison
Bateau fait maison

 

Dans ce contexte de confinement généralisé, les lieux de vie des petits redeviennent les lieux d’expression du jeu symbolique. Et on a le temps… le temps de laisser l’imaginaire et les jeux d’imitation reprendre leur place avec ce rythme de vie plus ralenti que d’habitude.

Parce que la question se pose, dans nos rythmes de vie effrénés : les enfants ont ils encore le temps, la place et les moyens de s’adonner à ce type de jeu pourtant indispensable à leur développement ?

Mais au fait, le jeu symbolique, qu’est ce que c’est ?

Avant toute chose, rappelons que le droit des enfants de jouer est reconnu dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies.

Selon Jean Piaget (1896-1980), psychologue et épistémologue, le jeu symbolique correspond à la période représentative, entre 2 et 6 ans durant laquelle l’objet étant devenu «permanent», l’enfant n’a plus besoin de lui pour jouer. Il peut être imaginé et l’enfant peut alors faire semblant, jouer avec son esprit.

Par exemple, l’enfant qui bouge un crayon en imaginant que c’est un avion représente symboliquement l’avion par le crayon. Cette forme de jeu montre que l’enfant comprend qu’une chose peut en représenter une autre. L’enfant grandissant, il devient capable d’attribuer des rôles plus précis à différents personnages. À partir d’environ 4 ans, le jeu symbolique se complexifie car l’enfant peut maintenant élaborer de façon imaginative des situations plus complexes. Par exemple, il peut s’inventer un monde imaginaire autre que le monde dans lequel il vit.

Lors des premiers jeux de rôle, on pourra donc voir émerger des scènes connues dans le quotidien de l’enfant : le docteur, la marchande, la maîtresse… puis des scènes plus fictives : les chevaliers, les pirates…. ainsi que ce qu’on appelle le jeu de mise en scène, où il peut endosser plusieurs rôles.

Le jeu symbolique peut se séparer en deux sous catégories :

  • le jeu de rôle : l’enfant est acteur dans le sens où il entre dans la peau d’un personnage. Il vise à imiter de manière plus ou moins vraisemblable des personnes, animaux, situations, événements… Le matériel ludique utilisé est à sa taille, dans ses proportions et c’est ce matériel qui va déclencher le jeu.
  • Le jeu de mise en scène : l’enfant devient metteur en scène et à l’aide de figurines, il est capable de faire interagir différents personnages à travers un scénario qui évolue avec son imaginaire. Il est capable de jouer plusieurs rôles à la fois. Cela concerne donc des enfants un peu plus âgés, à partir de 4 ans.

Théoriquement, entre 7 et 11-12 ans, les jeux symboliques diminuent au profit des jeux de règles. Néanmoins, il n’est pas rare de voir des enfants de cette tranche d’âge, quand ils s’y sentent autorisés, s’adonner avec un plaisir non dissimulé à des jeux de rôle ou de mise en scène. N’en auraient-ils pas eu assez durant leur plus petite enfance ?

Tank, scotch et carton.

Pourquoi cette période est d’autant plus propice?

Dans notre contexte actuel de confinement, les bienfaits du jeu symbolique peuvent être d’autant plus nourrissants. En effet, ses vertus sont nombreuses et répondent aux besoins primaires des enfants de cette tranche d’âge :

Pour Vygotsky (1896-1934), psychologue russe, la créativité peut surgir dans les jeux d’imitation, qui sont l’écho de ce que les enfants ont vu, et écouté des autres, mais qui n’est jamais la stricte réplique de leurs souvenirs. C’est une transformation créatrice des impressions recueillies par l’enfant.

Pour Mélanie Klein (1882-1960), psychanalyste, le jeu est un moyen d’accès direct à la vie pulsionnelle de l’enfant, car l’angoisse qui s’y décharge est transformée en plaisir.

L’enfant, qui déjà d’ordinaire subit les contraintes de temps, de rythme, imposées par les adultes l’aidant à grandir, se retrouve en plus aujourd’hui à subir, comme tout le reste de la population, un confinement imposé. Le jeu symbolique va donc lui permettre de mettre en place une activité spontanée, de partager ses expériences émotionnelles, de maîtriser son environnement. Il est un langage qui permet la mise à distance du réel, de l’apprivoiser à sa façon, sans contraintes ni sanctions, de le supporter en le rendant moins angoissant.

En rendant  les enfants actifs, il leur offre la possibilité de décider eux-mêmes des règles, d’être acteur, metteur en scène, dans un contexte de confinement imposé : c’est rassurant, tout n’est pas subi, c’est un refuge.

Alors que la promiscuité physique prédomine pour beaucoup, ce type de jeu développe la capacité à être seul, à ressentir sa toute puissance pour pouvoir mieux accepter de se soumettre aux règles et exigences de l’adulte et aux contraintes actuelles du contexte sanitaire.

Quelle place pour les adultes ?

Alors que les adultes trouvent plus facilement leur place dans les jeux de règles car ils proposent un cadre facilement repérable, le jeu symbolique apparaît comme plus opaque et dérangeant et ils y sont rarement invités spontanément. Dans un cadre structurant et rassurant qu’est le lieu de vie, l’adulte doit accepter que ce jeu soit intime et qu’il en soit exclu. Il peut être disponible pour répondre aux sollicitations, mais jamais interventionniste. Il est le garant d’une atmosphère tranquille et sereine qui permet au jeu d’exister. Et c’est peut être tant mieux, puisque les adultes sont pour beaucoup présents à la maison mais ne sont pas forcément disponibles pour jouer.

C’est aussi pour les parents l’occasion de ne pas succomber à la surconsommation (de toutes façons, ce n’est pas possible en ce moment !), de faire des économies en laissant à la disposition des enfants cartons d’emballage, feuilles, papier, ciseaux ( J ) et tout autres matériaux de récupération pour fabriquer des jouets sur mesure !

L’occasion aussi de faire du tri dans les placards pour trouver cette vieille paire de chaussures ou ce sac à main oublié qui retrouveront sans doute une seconde vie plus loufoque.

Alors, parents, détendez vous : en laissant votre enfant jouer librement dans sa chambre ou le salon en s’inventant des tas d’histoires, en détournant des objets et en mettant à leur disposition de bons jouets bien choisis pendant que vous télétravaillez, vous lui permettez de grandir, de s’évader et de retrouver ce temps pour le jeu libre qui lui manquait.

Voici deux sites qui peuvent vous donner quelques idées pour fabriquer des jouets ou des accessoires de déguisements :

Pour aller plus loin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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