Comme la lune

- par pj

Comme beaucoup de super trucs, la super lune du 14 novembre dernier était elle aussi masquée, pour bon nombre d’observateurs déçus. Rappelons donc que le phénomène rare et peu spectaculaire pour un spectateur pressé, était la proximité inhabituelle de l’astre avec la Terre, 356000 km au lieu de 400000 km, ainsi que sa luminance supérieure à la moyenne. Si le spectacle a pu paraitre anodin voire décevant, il n'empêche qu'une fois encore la lune s'est montrée sous son meilleur jour ; ce qui ne nuit à personne...

« C’est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t’a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer. Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. » (Les bienfaits de la lune, Charles Baudelaire)

 

Mal luné

Si aucune planète Melancholia n’est répertoriée dans le cosmos et n’atteindra jamais la Terre en provoquant sa fin, la lune elle, est depuis toujours tenue pour responsable de maux divers et son influence surnaturelle est symbole de troubles sur nos psychés.

D’une manière quasi anecdotique, on désigne par exemple de lunatique celui ou celle dont l’humeur ou l’avis change. Le sens premier du mot est pourtant bien lié à l’astre lunaire et synonyme d’une folie soumise à son influence. La folie lunatique décrivait autrefois une supposée période de démence suivant les phases de pleine lune. De même, lunacy signifie folie en anglais. Dans le vocable anglo-saxon Moonstruck désigne celui qui se lève et se met à marcher endormi – la lune frappe le somnambule.

Quant au coup de lune, là encore le risque est irréel et nourri de fantasme, puisque si l’astre qui nous sourit parfois brille autant de sa pâleur, sa lumière si forte qu’elle puisse paraître, n’est que le reflet très atténué de la lumière solaire. Nul risque par conséquent d’avoir la peau brûlée par la lune. Pour la même raison, l’éblouissement hypnotique que peut provoquer sa brillance (albedo) est lui aussi inoffensif.

 

 

Les nuits de la pleine lune

« Les nuits de la pleine lune / Elle court dans les bois / Donne des coups de pied dans les ronces / Arrache des poignées d’orties / Et se jette toute nue dans l’eau glacée du lac » (Elli & Jacno)

Au petit matin, dans l’une des scènes finales du film d’Éric Rohmer Les nuits de la pleine lune (1984), l’un des personnages soutient que la sujétion à la lune est une réalité : «Elle est pleine cette nuit et nous empêche de dormir, moi, vous… ». Pour d’autres, le phénomène est davantage psychologique, tant la subjectivité sensorielle et mémorielle prend le pas sur une quelconque analyse factuelle et scientifique. La luminosité plus importante à ce moment-là est un élément perturbateur et, puisqu’il est facilement notable, notre mémoire sélective rejoint la mémoire collective et en tire facilement une déduction. En clair, si l’événement se produit durant la pleine lune il est imputable à l’astre.

Ainsi toutes les études menées jusqu’ici n’avaient jamais véritablement établi une corrélation entre la phase pleine de la lune et la qualité du sommeil.

Le magazine Science & Vie consacrait pourtant en octobre 2013 quelques pages à l’influence supposée de la pleine lune sur notre sommeil. Elle nous empêche bel et bien de dormir affirmait le titre de l’article, relatant les résultats d’une étude menée par une équipe de chronobiologistes et biostatisticiens de Bâle, tendant à démontrer que la qualité et la quantité de sommeil sont relativement affectées lors des phases de pleine lune : temps d’endormissement allongé de 5 minutes et sommeil raccourci de 20 minutes. L’explication fournie par les chercheurs est édifiante : nos cerveaux posséderaient depuis la nuit des temps la mémoire d’un cycle circalunaire, sorte d’horloge interne réglée selon les 29.5 jours du cycle de la lune. Les séquences circadiennes étant avérées, il convient d’après ces données, d’ajouter ce cycle ancestral à notre rythme nycthéméral.

 

Pleine lune – vue stéréoscopique

 

Dark side of the moon

A peine plus de la moitié de la surface lunaire est observable depuis la Terre (59% environ dans la mesure où la trajectoire de notre satellite est elliptique). La face cachée de la lune reste donc en permanence invisible depuis la Terre et n’avait jamais pu être observée avant le 7 octobre 1959, date de la première photographie de cet autre côté réalisé grâce au survol de la sonde soviétique Luna 3. Jusqu’à cette date, l’imagination nourrit le mystère et dans plusieurs récits anciens, comme ceux de Camille Flammarion entre 1879 et 1882, sont dépeints les animaux et les habitants de la lune, les Sélénites, en référence à Séléné, déesse de la pleine lune et sœur d’Hélios (le soleil) dans la mythologie grecque.

Sans atmosphère, les différentes zones lunaires sont soumises soit à un puissant ensoleillement soit à l’obscurité totale. Bref le jour et la nuit. L’amplitude des températures lunaires est elle aussi considérable : 100° environ quand les journées sont exposées aux rayons du soleil ; tandis que les nuits atteignent généralement -180°. Il existe également une véritable zone d’ombre, puisque 2% du territoire lunaire ne sont pour ainsi dire jamais exposés à la lumière du soleil et donc à sa chaleur ; là les températures avoisinent parfois les -250°. La présence de glace n’étant pas avérée, elle constitue néanmoins une hypothèse sérieuse qui demande d’être étayée depuis les relevés prometteurs effectués par les rovers Clementine et Lunar Prospector entre 1994 et 1999.

 

Luna 3 – face cachée

 

Fly me to the moon…

D’une manière générale, les projets lunaires font désormais partie d’une époque pas si lointaine et pourtant révolue. Un éditorial récent, paru dans la revue Scientific American, argumentait la pertinence de nouvelles missions lunaires : A Return To The Moon Is Crucial… Tandis que le numéro d’octobre 2016 de la revue Ciel & Espace titrait Objectif Lune, le retour. De nouvelles explorations sont effectivement envisagées  et  demeurent d’actualité. Au niveau européen par exemple, certains spécialistes proposent Farside, une étude par observation satellitaire et alunissage d’un module (de type rover ou lander) sur la face cachée.

Le tout premier survol de la lune est effectué par la bien nommée sonde soviétique Luna 1 en janvier 1959. Il faudra attendre 1966 pour que Luna 12 transmettent des images télévisées de l’astre. Le premier contact « humain » avec le sol lunaire s’avère être le crash accidentel de Luna 2 en septembre 1959. Quant au tout premier alunissage réussi, il devient une réalité le 3 février 1966, lorsque les russes parviennent après une série d’échecs à poser en douceur la sonde Luna 9.

En incluant les sept crashs « réussis » tant par l’URSS que par les USA, on dénombre au total vingt-deux alunissages d’objets et d’astronautes de 1959 à 2013. Six vols habités se sont posés sur la lune. De 1969 à 1972, les missions Apollo sont en effet les seules à atteindre la surface, permettant ainsi à douze astronautes de fouler le sol lunaire : Apollo 11 et 12 en 1969, Apollo 14 et 15 en 1971, Apollo 16 et 17 en 1972. Si l’on ajoute les crashs et les abandons volontaires, soixante-quinze volumineux vestiges terriens sont échoués sur la surface lunaire ; sans compter les divers outils et les balles de golf…

 

Moon museum

Spectaculaire et spectrale, la lune est pour Nam June Paik « la plus ancienne télévision ». L’artiste lui dédie une installation sous le titre Moon Is The Oldest Television (1967-1976). Selon les installations, les téléviseurs alignés montrent les cycles de l’astre au cours d’une année. Paik superpose l’image de la lune, la répétition de ses phases, sa lumière et l’obscurité silencieuse de l’espace.

Paul Van Hoeydonck est un inconnu célèbre. Le nom de ce peintre et sculpteur belge né en 1925 ne vous dit peut-être rien, il n’en demeure pas moins le seul artiste à avoir une œuvre visible sur la lune. En juillet 1971, lors de la mission Apollo 15 quatre exemplaires de Fallen Astronaut, une sculpture de 8,5 cm ont été confiés et embarqués par le commandant américain David R. Scott. L’une des statuettes de métal se trouve, depuis qu’il l’a installée, dans une des zones explorée lors de cette mission. A proximité de la statuette, une plaque hommage comporte quatorze noms d’astronautes littéralement tombés au cours de missions, de vols d’entrainements. De façon assez ironique, l’humanoïde de métal figurant de manière symbolique l’astronaute caparaçonné de sa combinaison ressemble à un mini robot tout droit sorti d’une série b de science-fiction.

 

Fallen Astronaut

 

Si Fallen Astronaut semble être la seule œuvre d’art présente sur la lune, Moon Museum la plaque de céramique gravée quelques années auparavant par six artistes américains dont Robert Rauschenberg et Andy Warhol, fut sans doute la première œuvre d’art à atterrir sur la lune. L’initiateur de ce projet clandestin, le sculpteur Forrest Myers ainsi que cinq autres représentants de l’avant-garde américaine de l’époque gravent ainsi ce minuscule multiple d’à peine deux centimètres, édité en une quinzaine d’exemplaires. L’une de ces plaques semble avoir été fixé à l’un des pieds du module lunaire lors de la mission Apollo 12 en 1969. Cette pièce a été présentée par le CNES dans le cadre de l’exposition L’Espace des Métamorphoses en 2012. Elle figure par ailleurs au catalogue du prestigieux MOMA.

 

Moon Museum

 

 

Au catalogue de la BmL

Divers aspects du satellite sont traités dans ces ouvrages :

 

Pour aller plus loin, allez sur la lune !

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