Travailler peut nuire gravement à votre santé

- temps de lecture approximatif de 12 minutes 12 min - Modifié le 30/09/2022 par Admin linflux

Si les pathologies psychologiques liées au travail sont désormais bien connues, les risques physiques, eux, demeurent. Accidents du travail, maladies professionnelles, etc., les pathologies sont innombrables. Faisons le point grâce à cette bibliographie sélective.

© Pixabay
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Le 13 décembre dernier, dans un reportage intitulé « Chine : travailler à en mourir » diffusé par la chaîne arte, on découvrait ce chiffre effarant : en 2007, 300 000 chinois sont morts au travail ! Et encore, ce chiffre ne tient pas compte des maladies liées au travail mais qui se déclarent tardivement. Mais la Chine, c’est loin, et puis, les conditions de travail, effroyables, sont fort différentes de celles de nos pays européens … pourtant, les risques et les maladies professionnelles existent aussi en France. Au cours des dernières années, les feux des médias ont eu tendance à se concentrer sur les risques et les maladies psychologiques du travail (harcèlement, stress, burn-out, suicide), occultant un peu les risques et les maladies physiques liés au travail, mais ces derniers existent toujours, et nous vous proposons de faire un petit point sur le sujet.

Sommaire :

1/ Tour d’horizon

2/ Après l’amiante, la révolte

3/ Du côté des médecins du travail

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Stivo

1/ Tour d’horizon

L’Assurance Maladie a un site entièrement dédié aux Accidents du Travail et des Maladies Professionnelles (cliquez ici pour le consulter). Ce site est une mine d’informations sur tout ce qui concerne ces problématiques, et voici quelques données, que vous pourrez y retrouver, et qui nous aident à planter le décor de la médecine professionnelle française :

Accidents du travail, quelques chiffres :
En 2006, la branche Accidents du Travail et Maladies Professionnelles de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAMTS) a indemnisé 1,4 millions accidents du travail. Parmi ces accidents près de 700 000 ont donné lieu à un arrêt de travail.

A l’échelon national, on compte environ 40 accidents du travail avec arrêt de travail pour 1000 salariés. Ce pourcentage, aussi appelé indice de fréquence, est en baisse constante depuis 1950.

Source : cliquez ici.

Maladies professionnelles, quelques chiffres :
En 2006, sur environ 47 000 maladies professionnelles nouvellement reconnues au sein du régime général, 31 000 ont donné lieu à un arrêt de travail (données provisoires statistiques trimestrielles).

Le nombre de maladies professionnelles reconnues est en croissance très forte depuis 10 ans, du fait notamment de l’élargissement du champ des maladies reconnues, et d’une meilleure information tant des médecins que des salariés.

Source : cliquez ici.

On y apprend aussi que les principales maladies professionnelles en France sont les suivantes : Affections professionnelles consécutives à l’inhalation des poussières d’amiante, Cancer broncho-pulmonaire par inhalation de poussières d’amiante, Surdité provoquée par les bruis lésionnels, Affections péri-articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail, Lésions eczématiformes de mécanisme allergique, Rhinite et asthmes professionnels, Pneumopathies d’hypersensibilité, Affections chroniques du rachis lombaire/vibrations basses, moyennes fréquences par le corps entier, Affections chroniques du rachis lombaire/manutention manuelle de charges lourdes.
Pour plus d’informations sur les maladies professionnelles, vous pouvez consulter cet ouvrage :

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Les principales maladies professionnelles et environnementales, Frédéric Deschamps et Sophie Boulanger-Deschamps, éd. Ellipses :
Pour la première fois, un seul ouvrage aborde sous une forme simple, mais précise, les principales maladies du XXIe siècle, dont les origines sont à rechercher dans le milieu du travail ou à la lumière des modifications subies par notre environnement. Public : médecins du travail, omnipraticiens, spécialistes, internes, capacitaires, étudiants en médecine, membres des CHSCT, agents chargés de la mise en œuvre (ACMO), responsables sécurité des entreprises, ergonomes ; inspecteurs et contrôleurs du travail, hygiénistes, intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP)… Il n’est pas rare qu’un professionnel de prévention des risques professionnels s’interroge sur la participation de facteurs professionnels ou environnementaux dans la genèse d’une maladie. Plus d’une maladie sur dix plonge ses racines dans le monde du travail et de l’environnement. II est souvent difficile de retrouver (y compris et surtout sur Internet) des données et des références validées concernant les facteurs délétères pour la santé, qu’ils soient d’origines professionnelle ou environnementale. L’ensemble de ces professionnels de santé et bien d’autres seront intéressés par la consultation de ce document.

A noter qu’au niveau international et selon l’OMS :
§Les déficits auditifs induits par le bruit sont, dans le monde entier, le risque professionnel irréversible (et évitable) le plus fréquent.§
Source : article Le bruit au travail et le bruit ambiant.

Cet autre ouvrage recense pour chaque métier les risques spécifiques d’accidents et de maladies professionnels :

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Evaluation des principaux risques professionnels par métier, Frédéric Deschamps et Christian Géraut, éd. Ellipses :
Pour la première fois en France, cet ouvrage formalise sous forme synoptique les principaux risques [fiche A] caractérisant une profession.105 métiers désignés en référence sont indexés aux quelque 5000 emplois listés par ordre alphabétique dans la Classification Internationale Type des Professions (CTIP- 88). Cette correspondance facilite la recherche de la fiche se rapportant au poste de travail étudié. Chaque risque professionnel, comportant une identification particulière pour les cancérogènes et les surveillances médicales renforcées, est associé aux maladies qu’il peut potentiellement engendrer ainsi qu’aux tableaux des régimes général et agricole correspondants. Les références réglementaires majeures sont également mentionnées. Les principaux organes cibles associés aux expositions délétères déterminantes sont également répertoriés. Les investigations complémentaires permettant d’objectiver d’éventuels stigmates en partie ou en totalité d’origine professionnelle sont notifiées, accompagnées d’une proposition de rythmicité de prescription. Enfin, plusieurs pistes d’intervention en vue d’organiser les activités de tiers temps sont proposées. L’ensemble des données de santé au travail recueillies et remises à jour à l’issue de la visite médicale et/ou de l’étude du poste de travail peut être donné en main propre au salarié [fiche B], chaque année.

Enfin, pour un point de vue plus historique de ces questions, voici un petit ouvrage généraliste :

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La santé au travail, 1880-2006, Stéphane Buzzi, Jean-claude Devinck, Paul-André Rosental, éd. La Découverte :
Le drame de l’amiante, la « souffrance au travail » et l’explosion des maladies professionnelles déclarées révèlent une crise de la protection médicale des salariés. Ce livre, fondé sur des sources inédites, en montre les racines historiques. Analysant la concurrence de l’exercice médical en entreprise avec les spécialités du « facteur humain », l’enquête révèle la récurrence, depuis les années 1940, des débats liés à l’actuelle réforme de la « santé au travail ». Ses carences, fruits de l’indifférence de l’Etat, d’une partie du corps médical et des partenaires sociaux, ses liens renouvelés avec l’eugénisme pointent une limite du « modèle social » français.

2/ Après l’amiante, la révolte

L’amiante est une fibre réfractaire utilisée dans l’industrie française de la fin du XIXème siècle jusqu’en 1997, date de l’interdiction de son utilisation sur le territoire français, suite aux nombreuses vagues de protestation et d’études sur les effets de l’amiante entre les années 1970 et 1990. L’exposition prolongée à la fibre d’amiante, principalement pour les travailleurs du bâtiment où cette fibre était abondamment utilisée pour ses qualités isolantes et protectrices, est responsable de nombreux cancers broncho-pulmonaires, et en particulier d’une forme de cancer de la plèvre qui est spécifique à l’exposition à l’amiante : le mésothéliome.
Le site du Ministère de la Santé consacre un dossier à l’amiante et à ses conséquences sur la santé humaine, dossier consultable ici. Il existe également plusieurs associations de victimes de l’amiante, comme l’ANDEVA, l’Association SOS Amiante, ainsi qu’un Fond d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante. Bien entendu, les travailleurs du bâtiment et de l’industrie ne sont pas les seuls touchés par les dangers de l’amiante, et les expositions autres que professionnelles sont nombreuses, et risquent d’entraîner dans les années à venir un nombre important de victimes.

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Amiante : 100 000 morts à venir, François Malye, éd. Le cherche-midi :
La liste de produits de consommation courante contenant de l’amiante est longue. La France a été longtemps le pays développé qui a employé le plus ce toxique, alors que sa nocivité était établie depuis des décennies. Documents inédits à l’appui, l’auteur s’interroge sur les mensonges et les non-dits, et donne la parole aux très nombreuses victimes.

Le 03 février 2009, à 18h30, la Médiathèque du Bachut, en partenariat avec Ciné-Travail vous propose de voir le film “Amiante : le prix du silence” en présence du réalisateur, Daniel Cattelain. Cette projection sera suivie d’un débat avec le réalisateur et un journaliste de la revue “Santé et travail”. Pour en savoir plus …

Le scandale de l’amiante, avec ses retentissements médiatiques, a joué le rôle de catalyseur pour la reconnaissance d’autres maladies professionnelles, mais le combat est encore loin d’être gagné, et c’est ce que dénonce Annie Thébaud-Mony dans son livre :

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Travailler peut nuire gravement à votre santé, Annie Thébaud-Mony, éd. La Découverte :
Le sous-titre de ce livre est le suivant : « Sous-traitance des risques, Mise en danger d’autrui, Atteintes à la dignité, Violences physiques et morales, Cancers professionnels ».
Les savoirs scientifiques et médicaux permettent aujourd’hui d’identifier de très nombreux facteurs d’altération de la santé par le travail. Pourtant, on constate la généralisation de la mise en danger délibérée d’autrui dans les choix d’organisation du travail, ainsi que dans les politiques publiques les rendant légitimes. Comment expliquer cette contradiction ? Les choix d’organisation du travail relèvent des “décideurs” et “managers”, à qui incombe la responsabilité d’abaisser constamment les coûts et qui sous-traitent le travail et ses risques. En bout de cascade de la sous-traitance, les figures de l’intérimaire et de tous les travailleurs “invisibles”, en France ou ailleurs, témoignent d’un retour à l’insécurité et à l’indignité : à des formes modernes de servitude. À partir de nombreux témoignages recueillis dans divers secteurs industriels (nucléaire, sidérurgie, chimie, agroalimentaire), mais aussi dans les services, et à partir de l’exemple phare de l’amiante, ce livre met en lumière ce qui demeure constamment un “angle mort” de la santé publique : les atteintes à la vie, à la santé et à la dignité des travailleurs. Se situant en référence au code de procédure pénal, l’auteure montre comment, au nom des règles du capitalisme néolibéral, l’impunité des responsables est totale, qu’il s’agisse de l’homicide, du délit de mise en danger d’autrui, des atteintes à la dignité, de la non-assistance à personne en danger. Elle montre aussi les dérives d’une recherche sous influence. Un livre salutaire qui, loin d’établir un constat désespéré, appelle à la vigilance citoyenne et à la résistance individuelle et collective.

3/ Du côté des médecins du travail

Le site du Ministère du Travail, des Relations Sociales, de la Famille et de la Solidarité propose un dossier intitulé « La médecine du travail » qui fait le point sur ce qu’est la médecine du travail, comment elle s’organise, qui sont les médecins du travail, quels sont les droits et les devoirs respectifs des employeurs et des employés.

D’un point de vue moins administratif et plus humain, des médecins du travail ont pris la plume ou la caméra pour montrer ce qui fait leur quotidien, leur rencontre avec des hommes et des femmes, la réalité de la consultation, les silences et les confidences.

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Des hommes à la peine, Carnets d’un médecin du travail, Marie José Hubaud, éd. La Découverte, 2008 :
“J’écris pour tous ces hommes qui ont passé leur visite médicale avec moi, pour ce qu’ils emmenaient avec eux, leurs silences aussi. J’écris pour ceux qui ont fait un effort pour venir, ceux qui ont pensé que ça ne servait à rien, mais que c’était toujours ça de pris que le patron n’aurait pas, ceux qui sont venus pleins d’espoir parce que quelqu’un leur avait dit : ” Va voir le médecin du travail, il va te reclasser “, ceux qui sont habités par la colère et qui demandent réparation, ceux qui sont tombés, ceux qui se sont brûlés, ceux qui ont laissé un doigt dans la machine, ceux qui se sont usés trop tôt, trop vite, ceux qui attendent la retraite en serrant les dents, ceux qui paient de leur personne, ceux qui n’ont que ça dans leur vie – le travail -, ceux qui sont venus volontiers parce qu’ils avaient le souvenir de ne pas avoir perdu leur temps la dernière fois, ceux qui sont venus parce que c’était la seule fois de l’année où ils voyaient un médecin, et on ne sait jamais.”
Comment l’écrit peut-il rendre compte de la réalité des sujets anonymes qui constituent les “mondes du travail” ? C’est à cette question que Marie José Hubaud, médecin du travail, se confronte.

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Journal d’un médecin du travail, Dorothée Ramaut, éd. Le cherche-midi :
Le journal tenu par le docteur Dorothée Ramaut, de juin 2000 à mars 2006, est un témoignage unique. Il relate au jour le jour, de l’intérieur, la vie d’une grande surface et décrit les souffrances subies par ses salariés au nom d’un mode de gestion impitoyable, qui les détruit l’un après l’autre sous prétexte d’ascension sociale puis les rejette, lorsque, épuisés ou révoltés, ils ne peuvent plus le supporter. Jadis, les entreprises licenciaient, aujourd’hui, elles torturent moralement les indésirables pour les pousser à la démission -en réalité, à la maladie. Le docteur Ramaut, scandalisée par ces méthodes qu’elle juge “contraires aux droits de l’homme”, et dont elle a failli être victime après avoir tenté de les combattre, est le premier médecin du travail à rompre la loi du silence. Ce récit met à nu un problème de société qui nous concerne tous. L’impact économique de la santé, de la sécurité et des maltraitances au travail coûterait à la France entre 45 et 70 milliards d’euros par an.

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, un film de Sophie Bruneau, Marc-Antoine Roudil :
Chaque semaine, dans trois hôpitaux publics de la région parisienne, une psychologue et deux médecins reçoivent des hommes et des femmes malades de leur travail. Tour à tour, quatre personnes racontent leur souffrance au travail dans le cadre d’un entretien unique. Les trois professionnels spécialisés écoutent et établissent peu à peu la relation entre la souffrance individuelle du patient et les nouvelles formes d’organisation du travail.

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A également été décliné en livre :
Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés : journal de la consultation “Souffrance et Travail” 1997-2008, Marie Pezé, éd. Pearson :
Ces patients, adressés à Marie Pezé par le médecin du travail, ce sont Agathe, aide-soignante, qui se ronge pour la sécurité de ses malades au point de sombrer dans la paranoïa ; Serge, cadre-sup, qui a besoin de se doper au travail pour se sentir “vivant” ; Solange, secrétaire depuis quinze ans, qui se voit propulsée comme téléopératrice sur un plateau téléphonique après un congé maladie ; François, juriste d’entreprise, qui fait une tentative de suicide sur son lieu de travail parce qu’il n’y “arrive pas”. Et tant d’autres. Ce sont eux les “héros” de ce journal qui dresse un constat terrible : les troubles liés au travail s’aggravent et se généralisent ; l’hyper-productivisme est devenu la norme de fonctionnement de toutes les entreprises, fragilisant l’ensemble des salariés. Au-delà du cri d’alarme, Marie Pezé décrypte les situations et montre que le harcèlement moral et le stress sont loin de constituer des explications suffisantes. Avec ce livre, elle offre ses outils de diagnostic pour que chacun, victime potentielle ou proche de celle-ci (collègue, manager, responsable des Ressources humaines, psychothérapeute, médecin) puisse identifier le danger et intervenir. Car, nous prévient-elle, ceux que l’on appelle aujourd’hui les “Ressources humaines” sont en danger.

  • Maladies professionnelles, Architecte : voir…
  • Risques pour la santé des poussières de catalyseur : voir…
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