« Travailler plus pour gagner plus » ?

- temps de lecture approximatif de 11 minutes 11 min - Modifié le 30/09/2022 par Admin linflux

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Question centrale de la récente campagne électorale, le problème de l’emploi en France a été abordé sous presque tous ces aspects : chômage, délocalisations, relations avec les syndicats, droit de grève… Plus précisément, la question de la durée du temps de travail est aussi revenue régulièrement à nos oreilles. La progressive diminution du temps de travail et sa loi emblématique, les “35 heures”, semblent bien remises en cause aujourd’hui. Qu’en est-il de la réalité du temps de travail en 2007 ? Peut-on aujourd’hui dresser un bilan des lois Aubry ?
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source : www.europarl.europa.eu

Dans les pays occidentaux, la tendance globale, depuis le milieu du XIXè siècle, est à la réduction du temps de travail. En France, tout au long du XXè siècle, une série de lois vient limiter peu à peu le temps de travail quotidien et aménage la semaine des hommes et des femmes.

Quelques dates…
- Le repos hebdomadaire d’une journée date de 1906.
- La semaine de travail est limitée à 48 heures en 1919 puis à 40 heures en 1936.

Enfin viennent les modifications les plus récentes :
- sous le septennat de François Mitterrand, on passe à 39 heures de travail hebdomadaire ;
- en 1996, la loi Robien incite à une réduction du temps de travail de 10% dans les entreprises, moyennant des allégements de cotisations patronales ;
- en 1998 et 2000 sont promulguées les lois Aubry, portant la durée légale du travail hebdomadaire à 35 heures.

En 2003, les lois Fillon viennent cependant modifier la situation, notamment par des mesures concernant les heures supplémentaires et les cotisations sociales.

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La France et le temps de travail (1814-2004), sous la dir. Patrick Fridenson et Bénédicte Reynaud, Odile Jacob.

35 heures : voici le temps des bilans. L’ouvrage jette les bases d’une histoire complexe du temps de travail en France. 6 contributions d’historiens, d’économistes et de sociologues, permettent d’aborder chronologiquement la réduction du temps de travail avec ses accélérations et ses retours en arrière et retracent au cours de ces époques l’évolution des interactions entre la question de la durée du travail et les acteurs multiples que sont les syndicats, les employeurs, l’Etat, les experts, les professionnels de la santé… Ces analyses font apparaître des particularismes français : le rôle éminent du législateur, des experts et la perception du temps de travail comme un enjeu de société majeur. Enjeu faisant toujours l’objet de débats passionnés comme on a pu le constater lors de la campagne présidentielle qui vient de s’achever.

“Le travail représente une part de plus en plus faible d’une vie elle-même de plus en plus longue. On estime qu’en France il constituait, en 1850, 70% de la vie éveillée d’un homme, 43% en 1900 et aujourd’hui 17%. […] Cette redistribution du temps n’a cessé de provoquer de grands débats de société et constitue périodiquement un grand enjeu politique.”

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Travailler plus, travailler moins, travailler autrement,

16e Carrefour Le Monde diplomatique-Carrefours de la pensée (17-19 mars 2006), dir. Jean-Pierre GELARD, préf. Martine BULARD, Presses universitaires de Rennes.

Après l’annonce de la fin du travail dans les années 90, la question de la valeur travail se pose à nouveau aujourd’hui avec beaucoup d’acuité. Les communications du 16ème Carrefour de la pensée, tenu les 17-19 mars 2006, présentent une réflexion approfondie et pluridisciplinaire sur la place, la valeur, les conditions d’exercice qu’il faut redonner au travail. La quatrième séquence pose un regard particulièrement intéressant et original sur le travail comme source de création culturelle (place du travail dans le roman, représentation du travail ouvrier dans le cinéma français et à la télévision…).

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Le travail nous est compté : la construction des normes temporelles du travail, sous la dir. de Danièle LINHART et Aimée MOUTET, La Découverte.

Dans un contexte de tentatives de remise en cause des 35 heures, de flexibilité et de précarisation des emplois, cette étude est consacrée plus particulièrement aux définitions et redéfinitions actuelles du temps de travail. On voit se dessiner de nouvelles conditions de travail aussi bien dans le secteur des services que dans celui de l’industrie. Reposant sur des études de terrain pour une bonne part, cet ouvrage donne lieu à des descriptions précises de conditions de travail peu connues malgré certaines médiatisations, à l’instar des centres d’appels téléphoniques ou le travail chez Mc Donald. Ces exemples permettent de comprendre ce qu’engagent les modes de mobilisation de la main d’œuvre et l’intensification de son utilisation.


Travail et emploi en France : état des lieux et perspectives, sous la direction de Jacques FREYSSINET, Les études de la Documentation Française, n°5243, oct. 2006

- Un numéro consacré à l’évolution et aux profondes transformations du monde du travail ces 30 dernières années : sont-elles les résultantes des changements techniques, de la mondialisation ou témoignent-elles de véritables choix de société ?

On s’attardera plus particulièrement sur le chapitre “Réduction et diversification des durées du travail” de Jean-Louis DAYAN dans lequel il analyse les mutations de la nature des enjeux et du contenu des régulations du temps de travail.

Bataille de chiffres et de statistiques, confrontations d’experts : l’application puis le bilan des lois Aubry ont fait couler beaucoup d’encre. Le bénéfice attendu de cette réforme, originale dans le contexte européen, était avant tout une baisse du chômage, par un effet de partage du temps de travail et de flexibilité.

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source : Corbis

Les effets positifs des réformes du temps de travail sont aujourd’hui identifiables, plusieurs études de la DARES (ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement) ont permis de les préciser : environ 240 000 emplois résultent de la RTT, diminution du nombre de chômeurs d’environ 200 000. Cependant, il semble que le bilan soit mitigé du fait des applications très diverses sur le terrain (de nombreux salariés ne sont pas concernés par la réforme) mais aussi des divergences d’appréciation théorique de la réforme.


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Productivité et temps de travail, Problèmes économiques.

- Un dossier spécial pour répondre à la question récurrente et complexe de la productivité française dans le cadre de la réduction du temps de travail. Une approche économique qui aborde la notion de productivité dans sa globalité (productivité horaire, durée moyenne du travail, taux d’emploi mais aussi progrès technique) et ses liens avec la croissance. La comparaison Etats-Unis / Europe permet d’envisager cette question en dehors du cadre strictement hexagonal. La question de la remise en cause de la RTT est clairement posée et 3 points de vue dont celui de Patrick Artus ouvrent des perspectives de bilan des 35 heures au regard de la croissance.

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Pour la semaine de quatre jours. Sortir du piège des 35 heures, Pierre LARROUTOUROU, La Découverte.

- Pierre Larrouturou est économiste et proche du parti socialiste. Depuis le début des années 90, il prône une diminution nette et rapide de la semaine de travail et propose un passage aux 32 heures hebdomadaires. Démontrant que les effets des 35 heures sont trop limités, il expose sa proposition de “semaine à la carte”, modulée selon les emplois et les niveaux de responsabilité. On retrouve également en annexe l’article qu’il publia avec Michel Rocard dans Le Monde du 21 mai 1998, au moment du vote de la loi Aubry I, et où il prévoyait les insuffisances de la réforme.

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Pierre-Yves Sanséau, 35 heures. Ce que les salariés en disent, Village mondial.

- Un bilan au plus près du terrain, fait d’analyses et de témoignages : ce que la RTT a changé dans la vie des salariés, en bien comme en moins bien. L’auteur, spécialiste en ressources humaines, s’attache à montrer comment la vie quotidienne des salariés a changé depuis 2000, au travail mais aussi à l’extérieur.

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Temps modernes, horaires antiques : la durée du travail au tournant d’un millénaire, Pietro Basso, Page Deux.

Ce livre a suscité un vif débat à sa parution en Italie en 1998 : il conteste le mythe d’une « diminution naturelle » du temps de travail. « Derrière les statistiques et leurs moyennes se cache un changement d’envergure : la hausse de la productivité s’accompagne d’un allongement de la durée effective du temps de travail, un travail toujours plus dense et intense. » Chiffres à l’appui, l’auteur montre que, depuis le milieu des années quatre-vingt (avec des nuances selon les pays concernés), un mouvement régressif est en train de prendre forme, certes parfois masqué par la forte augmentation du temps partiel contraint : on assiste non seulement à une intensification du temps de travail moyen, mais aussi à son allongement.

“Les Français travaillent-ils trop peu ?”

C’est la question que pose Denis Clerc dans le numéro hors-série d’avril 2007 du magazine Alternatives économiques

Denis Clerc s’interroge sur l’idée communément admise selon laquelle les Français ne travaillent pas assez : faits et chiffres montrent en fait que la France travaille plutôt plus que la moyenne. Sa proposition pour augmenter la durée du travail : non pas agir sur le temps de travail hebdomadaire, mais accroître l’efficacité de la lutte contre le chômage et réduire la part des temps partiels subis par les salariés. En effet, selon l’auteur, 17% des salariés travaillent à temps partiel, pour une durée moyenne de 23 heures par semaine.

Toujours dans la revue Alternatives économiques, n°257 (avril 2007), un article de l’économiste François-Xavier Demetter :

“Les mutations du temps de travail”

Les 35 heures ne sont pas le modèle hebdomadaire le plus répandu. L’auteur analyse les effets des lois Aubry et montre la diversification qui en a résulté : le modèle de la semaine classique tend à s’effacer au profit de temps de travail plus émiettés ou au contraire de journées plus longues. Modulation du temps de travail, flexibilité accrue : les 35 heures ont aussi eu des conséquences inégales selon les catégories de salariés.

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source : Corbis
  • Quelques sites web :

- l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail a pour vocation d’améliorer à la fois la situation des salariés et l’efficacité des entreprises.

- le Centre d’étude de l’emploi, sous la houlette du ministère du Travail et du ministère de la Recherche, a pour mission d’éclairer l’action des pouvoirs publics et des acteurs sociaux sur l’évolution de l’emploi, du travail et de la protection sociale en liaison avec l’évolution des marchés, des technologies, de l’organisation du travail et des politiques des entreprises.

Laissons la conclusion à Henri Salvador :

“Le travail c’est la santé

Rien faire c’est la conserver

Les prisonniers du boulot

N’ font pas de vieux os”.

(Le travail, c’est la santé

M. Pon / H. Salvador, 1965)

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source : Corbis

Quelle est la durée du travail hebdomadaire en Europe ? Voir…

Quel progrès ont apporté les 35 heures ? Voir…

Quelle est la part des salariés concernés par les 35 heures ? Voir…

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