Folies à l'ombre : prison ou asile ?

- temps de lecture approximatif de 6 minutes 6 min - Modifié le 01/07/2016 par FGrignoux

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Un détenu affirme avoir mangé le cœur de son codétenu : au-delà de l’horreur des faits, la probable histoire du cannibale de Rouen pose la question de la place des malades mentaux en prison. L’avocat de l’accusé a fait état d’une expertise antérieure ayant établi le diagnostic de la schizophrénie de son client. L’ article 122-1 du code pénal énonce : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. » A priori, un homme au profil de cannibale n’a donc pas sa place en prison. Depuis une vingtaine d’années, les gouvernements successifs ont fermé un nombre important de lits des hôpitaux psychiatriques, faute de moyens pour assurer l’activité des services. D’après une étude de la Direction Générale de la Santé et de l’Administration Pénitentiaire, aujourd’hui 1 détenu sur 4 (24 %) souffre de troubles psychotiques. Le taux de malades mentaux dans les prisons, évalué à 7% de schizophrènes, est proportionnellement 7 fois plus élevé que dans le reste de la société. Que dire d’une société qui enferme ses pauvres, ses marginaux et ses malades mentaux ? Criminaliser la maladie mentale, c’est faire un bond en arrière : où se situe la folie, quand il s’agit de juger ? A notre époque, le sécuritaire semble plus important que l’aide aux soins.




Fresnes, histoires de fous, Catherine HERSZBERG, Seuil.

Ce livre part d’un constat clairement défini : la prison est devenue aussi [actu]un asile psychiatrique[actu] : près d’un détenu sur 5 souffrirait de troubles mentaux.

De décembre 2005 à avril 2066, l’auteur est parti enquêter à la prison de Fresnes, auprès de l’équipe psychiatrique, des prisonniers, des surveillants et des malades. Le constat est terrible : les hôpitaux psychiatriques n’ont plus les moyens d’accueillir les fous trop atteints… Ce sont alors les prisons qui prennent le relais. Mais les malades échouent la plupart du temps au mitard, et s’installent chaque jour davantage dans la maladie mentale.


Médecin-chef à la prison de la santé, Véronique VASSEUR, Cherche-midi.

L’auteur raconte tout sur son expérience de médecin chef à la prison de la Santé.

Elle évoque sa bataille pour faire respecter la qualité des soins en milieu carcéral. Témoignage choc, sur des conditions de vie parfois innommables.


soigner en prison
Soigner en prison, Bruno MILLY, PUF.

Enquête menée pendant quatre ans auprès de professionnels intervenant en prison.

Diverses commissions parlementaires et plusieurs témoignages ont révélé les limites multiples de l’accès aux soins dans les prisons françaises. Faute de médecins, tous les détenus qui souhaitent une consultation psychiatrique ne peuvent être entendus.

[actu]Un peu d’histoire [actu] :
- La psychiatrie dans l’univers carcéral.

A la fin du 19e siècle, les psychiatres font leur entrée en prison en tant qu’experts. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour que la notion de soins à dispenser aux malades mentaux incarcérés voie le jour. A partir de 1985, les services médico-psychologiques des prisons passent sous la tutelle du Ministère de la Santé.

La prison produit ses fous, mais la société y envoie aussi les siens…


Soigner ou punir

- Surveiller et punir : naissance de la prison , Michel FOUCAULT, Gallimard.

La confusion du fou avec l’asocial ou le délinquant : dès le dix-huitième siècle s’impose une nouvelle politique pénale, dont les effets se font encore sentir jusqu’à aujourd’hui.

[actu]La législation en cours[actu] :
- L’irresponsabilité pénale des malades mentaux

[actu]Judiciarisation de la psychiatrie ou le retour d’une conception asilaire

de la santé mentale [actu] :

- La prise en charge psychiatrique des détenus : une nécessité difficile à mettre en œuvre, dossier de Cyril LESTAGE.

Entre malades et délinquants, la prison lieu de confusion des publics.

Dossier très complet sur l’évolution, (depuis la Révolution française), de l’accueil et de la prise en charge des malades mentaux. L’efficacité toute relative de l’évolution sanitaire face à la procédure pénale…

- Détention et santé psychique, Psycho media, n°7, décembre 2005.

[actu]Fous de prisons, prisons de fous. De la prison à l’asile , XVIIIe-XXIe siècle [actu], dossier de Christian CARLIER.


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- Les malades mentaux doivent-ils être jugés par les médecins ?, article d’Henri LECLERC.

Double regard, celui du praticien et celui du juriste.

Selon les principes fondamentaux, les personnes irresponsables sont jugées par le seul juge d’instruction.

Les psychiatres refusent fréquemment de constater une irresponsabilité mentale. Jamais un juge n’enverra en prison quelqu’un dont les experts ont constaté qu’il n’avait aucun contrôle de ses actes.

Le non-lieu pour maladie mentale est une chose rare ; qui est alors responsable du nombre important de malades mentaux en prison ?


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[actu]Ce que dit la presse [actu] :

- Moins cher que l’hôpital, la prison,

article de Dominique JOURDAN, le Monde diplomatique juillet 2006.

Parmi les raisons de cette recrudescence des malades mentaux dans les prisons, la réforme du code pénal de 1993 qui établit, par l’article 122-1, la responsabilité pénale des personnes dont le discernement « est altéré au moment des faits ». En clair, on considère que la conscience de leur acte a pu être modifiée par la maladie, mais qu’elle n’a pas été abolie.

- Soigner les détenus fous là où ils sont, en prison, article de Franz KALTENBECK, Libération, 10 janvier 2007


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- Un rapport accablant sur le nombre des malades mentaux en prison, Ligue des droits de l’Homme, Toulon.

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