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Téléchat

Série cultissime

Roland Topor et Henri Xhonneux

Il faut se méfier de ses propres arguments marketing. Quand l'éditeur de Téléchat croit bon de préciser sur la jaquette des 3 saisons ressorties en 2012 qu'il s'agit de "La série cultissime pour tous les trentenaires", non seulement il oublie que ces trentenaires seront bientôt des quarantenaires dans les années 2020, mais en plus il fait une erreur historique : Téléchat est une série cultissime tout court. Ce que nous allons démontrer.

Il est évidemment plus aisé d’écrire l’histoire avec une quarantaine d’années de recul. Cependant c’est indéniable, non seulement Téléchat n’a pas vieilli, mais en plus la série s’est bonifiée. Téléchat n’a pas que 7 vies, elle est éternelle.

Créée au début des années 1980, entre la France et la Belgique, par Roland Topor et Henri Xhonneux (duo qui réalisera plus tard un film sulfureux et remarqué sur le marquis de Sade…), le ton est résolument décalé et absurde, l’ambiance jazzy est mystérieuse et mélancolique.

Bien loin des rires et des chants de l’île aux enfants de Casimir.

Sans monstre gentil et sans paradis non plus. Mais tout ce qu’il faut pour dérouter les jeunes spectateurs, ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier. Et attirer leur attention sur le monde qui les entoure…

Car Téléchat est bien un journal d’informations. Dont les présentateurs sont deux marionnettes en forme d’autruche, Lola, et en forme de chat avec un plâtre, Groucha. Mais qui parvient à assouplir et tonifier les consciences avant qu’elles ne soient totalement formatées. Roland Topor “trouvait que c’était nul tout ce qu’on voyait pour les enfants” et il voulait “donner un petit sens critique aux gosses…” (source Téléchaterview).

Objectif atteint !

Téléchat propose de l’éducation aux médias avant l’heure.

C’est une parodie critique de la télévision et du journalisme. Car si Groucha ne cesse de marteler que son “métier de reporter, c’est de découvrir, informer, expliquer”, il est sans cesse à la recherche du scoop ! Et quand il perd sa place de place de présentateur vedette au profit du lapin Grégoire de la Tour d’Ivoire (neveu du patron des produits Nul, cousin du propriétaire des studios Tv et fils du roi de l’électricité), il ne pense qu’à une chose : reprendre sa place et retrouver la lumière !

Le débrief au bar, tard le soir, loin des projecteurs, est d’ailleurs l’occasion de faire ressentir leurs émotions, ou plutôt leurs aspirations, entre narcissime et ambition personnelle…
Groucha : Comment tu m’as trouvé ? Pas trop mauvais ?
Lola : Oh magnifique ! Tu as dit les mots qu’il fallait au moment où il le fallait ! Tu es vraiment le meilleur.
Groucha : Et bien toi, pour une débutante, chapeau ! T’iras loin, très loin, très très loin…

Téléchat, c’est “la télé des poils, des plumes mais aussi des choses” !

Téléchat, c’est du théâtre d’objets et une critique décalée du consumérisme. A chaque émission on fête ainsi un Saint-Objet. Perdu, comme un trousseau de clés. Ou bien abîmé, comme la chaise à trois pieds !

On s’intéresse aussi au coeur des objets avec le Gluon, “l’âme des choses”, équivalent de l’atome, mais doué de pensée et de parole et qui défend la cause commune, et perdue elle aussi, des objets.

Et puis il y a les pages de publicité avec le singe Pub-Pub qui met en avant, ou plutôt en arrière, ou par-dessus l’épaule, des produits de la marque “Nul”, jetables et sans intérêt.

Au final, on comprendra que la phrase de clôture du journal prononcée par Groucha n’est pas usurpée :

“Téléchat, un petit moment de télévision, un grand pas pour l’humanité.”

Chalut !

A lire aussi :

Téléchat [Livre] / Eric Van Beuren ; avec la collaboration de Laure Boyer ; introduction de Philippe Vandel

Voir dans le catalogue de la BML

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