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Swallow

Carlo Mirabella-Davis

Dans sa maison de poupée toute en verre, Hunter s’efforce d’être l’épouse modèle. On est d’emblée gêné par la perfection de l’agencement d’une table, par celle du sourire du mari, du pli d’une jupe, de la courbe d’un brushing. On devine très vite que, derrière le lisse et le brillant, se révèle une violence à peine contenue, psychologique, humiliante, subtile et assassine. L’annonce d’une grossesse pourrait s’avérer le point de départ d’une descente aux enfers contrôlée, mais cela n’en reste que le paroxysme : la compulsion saisissant alors la jeune femme est en réalité une manifestation de traumatismes enfouis depuis longtemps…

Swallow, tout d’abord, permet de découvrir et d’apprécier le talent de Haley Bennett : à travers ses sourires, ses regards, ses gestes d’une neutralité presque impeccable, elle parvient à transmettre une tristesse qu’on soupçonne incommensurable, et on l’accompagne jusqu’au bout sur son chemin de croix. La photographie est également réussie, même si un peu esthétisante : de grands espaces gris, des couleurs tranchantes, des costumes évocateurs (on se demande si l’épouse Conrad n’est pas tout droit sortie des années 50 avec ses longues jupes patineuses) des étendues plates, d’immenses vitres, de la transparence, partout, à l’image de ce que l’on exige de Hunter.

Swallow compte cependant de multiples écueils. Il est en premier lieu dommageable que le trouble développé par le personnage principal, le fameux Pica (tirant son nom de la version latine de pie, oiseau censé avaler n’importe quoi), soit expliqué principalement par un traumatisme personnel, encore et toujours transmis par la mère (qu’on ne voit jamais, et qui est presque rendue moins sympathique que le père, son violeur). Il aurait été plus intéressant de problématiser l’environnement délétère dans lequel évolue la protagoniste, et qui aurait pu justifier à lui seul l’intrigue. Il y a bien sûr une critique de la grande bourgeoisie américaine, avec ses non-dits, son classisme affirmé, sa volonté de contrôle métaphorique, mais la vision rendue est bien trop manichéenne et donc paradoxalement trop peu assumée pour être totalement crédible. La façon de traiter la maladie de Hunter est également très artificielle, avec un rendu qu’on veut assez spectaculaire, ce qui confine au validisme. On peut tout de même en tirer une sorte de morale pro-avortement plutôt étonnante dans le cinéma américain d’aujourd’hui, encore très puritain sur le sujet.

Swallow est un film qui se retrouve hors des sentiers battus, joli, mais au final dérangeant sur pas mal de points. On y perçoit le potentiel d’une actrice qui pourrait incarner des personnages intéressants, et qui a d’ailleurs eu un prix pour son interprétation lors du festival de Tribeca. A découvrir, sauf si vous avez l’estomac sensible…

Voir dans le catalogue de la BML

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