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Radium Girls

Cy

Elles s’appelaient Edna, Mollie, Grace ou Albina. Insouciantes Américaines des années folles, elles s’échappent de leur condition modeste en travaillant pour USRC, une compagnie qui fabrique des horloges. Pas n’importe lesquelles, puisqu’elles brillent dans le noir. Les Etats Unis se sont avidement accaparés de la brillante découverte de Marie Curie : le radium est partout, sur toutes les publicités, dans tous les magazines, sur toutes les lèvres. Mais particulièrement sur celles de ces jeunes femmes sacrifiées sur l’autel de la production, et qui mourront jeunes, diminuées, dans l’oubli le plus total.

La BD se divise en plusieurs parties : la première nous permet de faire connaissance avec les employées d’USRC, des femmes, qu’on emploie pour peindre les cadrans des horloges. Pour ce faire, elles utilisent 3 gestes simples : lip, dip, paint. Il est difficile, aujourd’hui, de ne pas frémir en voyant ces Ghost girls, qui brillent dans le noir près leur dure journée de labeur, lécher leur pinceau enduit du produit radioactif, s’en vernir les ongles, en rire avec grivoiserie.

Les véritables Radium Girls, travaillant à l’USRC d’Orange, dans le New Jersey, en 1922.

La seconde partie est celle de la prise de conscience, progressive. Certaines tombent malades. L’une d’entre elles meurt. Rien ne leur est avoué, tout semble étrange, et le ciel de leur innocence s’assombrit jusqu’à l’épilogue tragique, où l’on assiste, impuissant.e, à leur dernier combat contre une entreprise qui ne reconnaîtra jamais les avoir mises en danger. Qui n’avouera jamais les avoir tuées.

Jusqu’à la fin, elles restent ensemble, alors qu’elles ne possèdent plus rien, rient, alors qu’elles n’ont plus de dents, s’indignent alors qu’elles ne sont plus considérées par quiconque.

Le crayonné simple de l’autrice, ses couleurs violines, tranchant avec le vert pastel du radium, illustrent délicatement la noirceur de cette histoire, qui pourrait sembler désespérée. Cependant, il n’en est rien, car elle y célèbre surtout la liberté de ces ouvrières, leur soif de vivre, leur solidarité et leur humour. Les Radium girls y sont lumineuses, jusque sur la couverture du livre, phosphorescente !

Cy nous présente une belle leçon de courage qui force l’indignation, et qui montre qu’une fois encore, la vie des femmes n’a compté pour rien, a été sacrifiée sans scrupules. Leur histoire, terriblement injuste a tout simplement été reléguée dans l’oubli. Ce livre leur rend justice, modestement, mais rappelle à la mémoire toutes ces travailleuses mortes sur l’autel de la productivité dans l’indifférence la plus totale. Les Radium Girls ont toutefois permis des avancées conséquentes quant aux droits du travail aux Etats Unis et aux conséquences sanitaires désastreuses des radiations sur le corps humain.

Voir dans le catalogue de la BML

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