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La voyageuse de nuit

Laure Adler

Laure Adler porte un regard tendre et acéré sur la notion de vieillesse et de vieillir dans une société de plus en plus pro-jeunisme. A partir de quand est-on vieux ? A partir de quand la société nous considère t-elle comme vieux ? Émaillé de témoignages et de réflexions, elle nous invite à réfléchir sur notre propre regard et nos biais cognitifs sur ce sujet au combien brûlant qui nous touchera tous un jour. "Ce texte s'adresse aussi aux jeunes, à tous ces futurs vieux qui ont fait déjà en eux, souvent sans s'en apercevoir, une place ce à ce qu'ils seront plus tard."

Ouvert un peu par hasard, un peu par curiosité, ce livre m’a tout de suite happée, bousculée et interrogée. Effectivement, comme le fait remarquer Laure Adler, nous sommes inondés de contenus publicitaires, d’articles proclamant qu’être vieux est une seconde chance, qu’on peut bien vieillir tout en restant jeune grâce à des recettes miracles qui font vendre magazines et produits. La fameuse Silver économie.

Mais, dès que le corps lâche, dès que nous sommes moins fortunés, moins désirables, il est de bon ton de dissimuler ces faiblesses, ses rides et son esprit qui périclite. Entre la déchéance des maisons de retraites – toujours situées loin des regards – et la promotion des personnes âgées en mode dynamiques et presque jeunes valorisés par la publicité, où se situe vraiment la vieillesse ? Qu’est-ce qu’être vieux ?

Laure Adler se garde bien de nous donner une réponse toute faite ou des idées pré-mâchées à ressortir au dîner pour briller en société. A partir de petites touches, de petites histoires, nous regardons notre propre histoire, ainsi que celles des personnes autour de nous, pour voir peu à peu différemment, penser autrement, être en réflexion sur cette question qu’on ose peu aborder. Un magnifique essai qui nous permet de rester « en vie » tout en gardant un esprit critique.

Extrait :

« Un vrai catalogue à la Prévert à partir de ce foutu mot de perte, si obstinément associé à la vieillesse : « on perd ses cheveux, on perd patience, on perd le nord, on perd confiance, on perd son job, on perd la partie, on perd ses proches, on perd son âme, on perds ses lunettes (son sac, ses gants, son parapluie), on perd la boule, on perd la parole, on perd le boire et le manger, on perd sa trace, pour finir on a tout perdu. »

Oui, mais on gagne beaucoup plus que ce qu’on perd : on gagne le détachement, une certaine sérénité, un je-m’en foutisme jubilatoire, une joie des petits instants – le goût du thé, une éclaircie de ciel bleu un jour de novembre, une chanson à la radio -, on sait qu’on est là quand même dans le flux de la vie, quelquefois plus vivant dans le regard des autres que pour soi dans notre soliloque intérieur  où, certains jours, on a justement l’impression de ne pas être complètement en vie. Comme si ce sentiment de la vie s’affadissait dans une sorte de confort brumeux, on ne fait plus vraiment corps avec soi-même, on devient moins impatient, moins goulu, on le remarque et c’est désagréable mais on a – alors qu’on y a jamais pensé ni dans la jeunesse, ni dans l’âge adulte – la certitude qu’on est tout de même vivant là-dessous. Rester intrigué par ce qui fait vivre est consubstantiel à l’être humain. Vieillir, c’est aussi ne pas oublier que la jeunesse respire en vous, que le temps l’a laissée intacte. Nos joies sont jeunes, nos souffrances aussi même quand on est vieux. La vieillesse n’est pas le prix à payer pour tous les bonheurs éprouvés dans le passé. Ce n’est pas un guichet où il faut montrer ses papiers. Ce n’est pas une immobilité mais un mouvement perpétuel, un voyage dangereux mais jouissif où on large les amarres. Continuer à être soi dans une forme d’innocence revendiquée. »

Vous en voulez plus ? Retrouvez des critiques et des citations sur Babelio, ainsi que Laure Adler qui parle de son livre sur France Culture :

 

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