L’Influx évolue

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D’ici-là, afin de préparer cette transformation, L’Influx ne sera plus enrichi de nouveaux articles. Seuls la rubrique des Lu, vu, entendu et L’instrumentarium continueront à être mis à jour. Bien sûr, l’ensemble de nos publications passées reste accessible pour que vous puissiez les redécouvrir à tout moment

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A feu doux

Sarah Friedland

La mémoire dans la peau

Ruth prépare un plat raffiné avec application. Elle choisit avec soin et ravissement les vêtements qu’elle va porter. On pressent un rendez-vous amoureux imminent. Un homme arrive et le repas se déroule courtoisement, l’hôtesse s’enhardissant et osant des paroles et des gestes sans équivoque. L’homme évite poliment d’y répondre.

Il se trouve que l’homme, Steve, est le fils de Ruth. Lorsque sa mère (qui souffre de pertes de mémoire grandissantes), pensant continuer une rencontre galante et impatiente de découvrir la surprise qui l’attend, lui demande où il a prévu de l’emmener, il reste dans le flou.

Elle se retrouve emmenée dans une résidence médicalisée.

Ce qui aurait pu donner un film lourd, sombre est au contraire le récit pudique de la perte progressive de contact avec la réalité sans nier la présence incarnée de cette femme pugnace, digne et solaire (sublime interprétation de Kathleen Chalfant).

La réalisatrice nous offre la possibilité de percevoir concrètement le toucher familier (Familiar touch étant le titre original du film) d’un être qui, au-delà de l’effacement progressif, est fait d’une chair bien vivante. Si ses souvenirs s’enfuient, son corps est là, empli de sensations, de désirs, de vitalité.

Loin des attendus, on est emporté.e.s par la beauté de ce chant aussi doux que la scène magique de la suave dérive de l’héroïne caressée par l’eau de la piscine de l’établissement.

Une plongée tendre dans l’âge, non du verdict de la mort déjà prononcé avant son arrivée, mais de la vie qui palpite toujours.

ʺLes histoires autour des personnes âgées occupent une place marginale dans notre culture, comme si le désir, les rêves et la capacité d’agir ne nous concernaient plus passé un certain âge. Comme l’écrit la chercheuse féministe Lynne Segal, “ en vieillissant, année après année, nous gardons aussi, sous une forme ou une autre, des traces de tout ce que nous avons été, ce qui produit une sorte de vertige temporel et d’une certaine manière, nous rend psychiquement à la fois sans âge et de tous les âges. ” Sarah Friedland

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