Le phénomène Hikikomori

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 06/06/2016 par Cécile CXR

« Hikikomori » : un terme japonais, que l'on pourrait traduire par « retrait », « retranchement », « confinement ».

Nous avons accueilli les comédiens de la pièce « Hikikomori, le refuge » créée par Joris Matthieu, directeur du Théatre Nouvelle Génération.
La pièce aborde le repli sur soi de certains adolescents en prise à des difficultés sociales faisant le choix de limiter leurs liens avec l’extérieur à l’unique satisfaction de leurs besoins vitaux. Parti du Japon, le phénomène de ces « ermites modernes » tend à s’étendre aux pays occidentaux…Ci-dessous, quelques clés pour tenter de comprendre…

Il désigne un phénomène de société que l’on retrouve chez certains adolescents et jeunes adultes vivant coupés du monde, enfermés le plus souvent dans leur chambre.
Un enfermement volontaire qui peut durer plusieurs mois voire même plusieurs années.
L’estimation du nombre de japonais touchés par ce phénomène est assez large. On parle de 200.000 à plus d’un million de personnes pour les évaluations les plus alarmistes ! Soit presque 1% de la population totale qui s’élève à plus de 217 millions. (Source : France Culture)

JPEG - 83.2 ko70 à 80% des hikikomori seraient des hommes, la plupart âgés de 15 à 35 ans. Selon Thierry Guthmann, professeur de sciences humaines juridiques et économiques à l’Université de la préfecture de Mie (Japon), les garçons seraient particulièrement touchés en raison de l’incapacité des pères japonais à communiquer avec leurs enfants.

À l’inverse, beaucoup de jeunes gens deviendraient des hikikomoris après avoir été traités comme des enfants-rois. Il y a dans le rapport entre enfants-rois et parents-monstres cette idée que c’est l’enfant qui sait le mieux ce qui est bon pour lui, y compris quand ses décisions semblent aberrantes. D’où le fait que certains de ces parents acceptent sans mal la réclusion de leurs enfants.

Par ailleurs, l’école japonaise, obnubilée par la réussite scolaire et gangrénée par le harcèlement, peut aussi être un facteur important qui mène au repli sur soi.

Le harcèlement scolaire au Japon est tellement développé qu’il porte même un nom : Ijime. Il désigne ce qui se produit quand une classe entière choisit un bouc-émissaire et multiplie sur lui brimades et humiliations. Les victimes d’ijime n’ont guère le choix elles sont poussées à l’exil, au suicide ou à l’enfermement volontaire.
Par ailleurs, au Japon, il faut que la famille assume le repli sur soi de son enfant. Or, au Japon plus qu’ailleurs, le regard des autres est extrêmement important, ce qui pousse certains parents et proches à se murer eux aussi dans le silence plutôt que de rendre publique la situation inextricable dans laquelle ils se trouvent.
Cependant, la plupart finissent par sortir, au bout de quelques mois ou de quelques années, parce qu’ils finissent par avoir besoin de l’extérieur ou parce qu’ils ont pris le temps de chercher un but à leur vie ; mais la réadaptation est extrêmement délicate, tant il est difficile pour eux de se réadapter aux règles de vie en communauté. »

Sources :

Dans un article intitulé Hikikomori, un nouvel habit de la crise d’adolescence ?, le psychiatre Serge Tisseron analyse le phénomène en parlant de double désemboitement, l’un psychologique et l’autre social. Extraits :
Un premier désemboitement serait psychique et porterait sur la tension entre les attentes de l’entourage et l’importance pour soi de les réaliser. Le phénomène hikikomori pose le problème de savoir si une augmentation trop forte de ces attentes ne produirait pas l’effet exactement opposé. […] au Japon, contrairement à ce qui se passe en France, il ne s’agit pas d’être le meilleur, mais le meilleur de son groupe de façon à valoriser celui-ci. Le collégien ou l’étudiant japonais se sent donc constamment investi de la nécessité de réaliser les attentes des autres sur lui. […]
L’adolescent refuserait tout d’un coup de prendre en compte ces attentes et renoncerait donc à appliquer les stratégies lui permettant de les réaliser, au premier plan desquelles se trouve le fait de continuer d’aller à l’école ou à l’université.

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Ce désemboitement psychique se doublerait immédiatement d’un autre : le retranchement de certaines formes de socialisation. Il est difficile en effet de garder ses camarades quand on leur a donné le sentiment qu’on les a lâchés, et ce comportement peut aussi être vu par les voisins comme une forme de démission, voire une maladie honteuse. […] Ce qui paraît le plus difficile au Hikikomori, c’est l’engagement dans un processus où il lui faudrait prouver à nouveau qu’il est le meilleur.[…]Ce désemboitement psychique n’est donc pas dénué d’agressivité. Après avoir essayé de réaliser les attentes des autres sur lui (ses parents et ses pairs), tout se passe comme si l’adolescent qui s’engage sur cette voie décidait de laisser les autres se débrouiller sans lui. […] Le Hikikomori n’envisage pas d’autre moyen que de porter d’abord l’agression contre soi pour agresser son entourage de la trop forte pression qu’il a fait peser sur lui.  »

Pour aller plus loin

– A lire dans nos rayons :

– A écouter : La déconnexion (3/4) – Hikikomoris : du Japon aux Etats-Unis, vers une jeunesse évaporée

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– A réserver et savourer (pour les chanceux qui ont déjà réservé leurs place car le spectacle affiche COMPLET) : La pièce de Joris Mathieu, Hikikomori, le refuge du 8 au 12 janvier au TNG.
– Il est toutefois possible de venir assister au TNG à une répétition publique d’Hikikomori le samedi 12 décembre lors de l’Agora d’hiver. A 12 heures, autour d’un brunch l’Agora est à la fois un espace critique et un moment de convivialité pour débattre des spectacles passés et à venir….

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