Don du sang : ce qui va bientôt changer

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 16/06/2018 par Cécile CXR

Annonce de l'ouverture progressive du don de sang aux hommes homosexuels.

« Le 4 novembre 2015, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, a annoncé la modification de l’arrêté sur la sélection des donneurs de sang, qui entrera en application le 1er juin 2016.
Avant cette date, l’arrêté de 2009 stipulant l’ajournement permanent au don de sang des hommes ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, est toujours en vigueur.
A compter du 1er juin 2016, le don de sang est ouvert aux hommes ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, sous certaines conditions.

1. Pour le don de plasma par aphérèse et sécurisé par quarantaine

Ce don est désormais possible aux mêmes conditions pour tous les candidats, sans distinction de l’orientation sexuelle : un seul partenaire sexuel dans les 4 mois précédents et sans que celui-ci ait de comportement à risque connu : don possible. Plus d’un partenaire dans les 4 derniers mois : ajournement de 4 mois suivant la fin de cette situation.
La réglementation permet qu’un premier don puisse être un don de plasma. L’appréciation de la qualité du réseau veineux du donneur est le seul argument ayant justifié jusqu’à présent la recommandation de commencer un parcours de donneur par un don de sang total.

2. Les autres types de don

Les autres types de don sont désormais possibles en l’absence de relation sexuelle entre hommes dans les 12 derniers mois (abrogation de la contre-indication définitive en cas d’antécédent de relation sexuelle entre hommes quelle que soit son ancienneté).
Cette évolution, fondée sur l’expérience de pays ayant déjà mis en place cette mesure [ex. le Royaume Uni depuis novembre 2011 comme le rappelle un article de Rue 89, et sur des études conduites par l’Institut de veille sanitaire, permet le maintien du même niveau de sécurité transfusionnelle dont l’objectif est avant tout la protection de la santé des patients. »
Source : Établissement français du sang

Pour assurer la sécurité des transfusions, Mme Touraine veut « procéder par étapes » :

« Dans un premier temps, le don du sang sera ouvert aux homosexuels n’ayant pas eu de relations sexuelles avec un autre homme depuis douze mois. Les homosexuels pourront donner leur plasma s’ils sont dans une relation stable depuis quatre mois ou s’ils n’ont pas eu de relations sexuelles sur la même période.
Les premiers dons nous permettront de réaliser des études et, s’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit. Dans cette optique, nous allons réécrire les questionnaires à remplir lors d’un don de sang pour préciser les conditions pour les homosexuels, mais également pour les hétérosexuels ayant des pratiques à risques, par exemple avec des prostituées. »

Rappel historique

En France, l’interdiction de donner son sang pour les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes est en vigueur depuis 1983.
Elle est fondée sur une plus forte présence du VIH dans cette population et sur l’existence d’une « fenêtre silencieuse » de dix jours, pendant laquelle le virus est indétectable dans le sang collecté.
La levée de cette interdiction était une promesse de campagne de François Hollande et une demande de longue date des associations de défense des droits des homosexuels.

Les réactions à l’annonce de Marisol Touraine

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Saluant une « avancée », la plupart des associations déplorent les conditions de don prônant l’abstinence d’un an de relations sexuelles pour les hommes homosexuels.
Le site Slate.fr relaye l’information comme « La mauvaise blague de l’abstinence gay »
Le Monde titre « Une discrimination pure et simple » et relate les positions divisées du milieu associatif militant pour les droits des homosexuels.
« Etre gay n’est pas un risque, être hétérosexuel n’est pas un risque. Le seul risque, ce sont les comportements », a réagi Jean-Luc Roméro, président d’Elus locaux contre le sida (ECLS) , qui dénonce « une vision toujours marquée par une stigmatisation des homosexuels ».
Un point de vue largement partagé par SOS Homophobie ou l’association de lutte contre le sida Act Up-Paris qui réitèrent leur attachement à la mise en place de critères d’exclusion fondés non pas sur la notion de « population à risque » mais sur celle de « comportement à risque ».
D’autres associations, comme l’Inter-LGBT ou Aides , sont moins critiques. « Le don du sang n’est pas un droit, c’est un geste de solidarité qui doit d’abord assurer la sécurité des receveurs » explique Aurélien Beaucamp, président de Aides, en évoquant les exigences sanitaires qui expliquent cette ouverture par étapes.

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