De la musique au cerveau

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 06/07/2016 par FGrignoux

Pourquoi la musique est-elle si agréable pour la plupart d'entre nous ? Et notre cerveau, comment fait-il pour la distinguer des autres sons ? Un point sur les liens étroits qui unissent musique et cerveau, accompagné d'une sélection de documents sur le sujet.

© Pixabay
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De la musique on dit bien souvent qu’elle est universelle ou qu’elle adoucit les mœurs. Musicien ou non, nous avouons presque tous l’apprécier. Certaines mélodies peuvent susciter de vives émotions ou les influencer. La musique s’avère parfois indispensable au bien-être de l’homme et on l’intègre dans certaines thérapies. Présente au sein des sociétés humaines depuis des millénaires, savons-nous pour autant comment nous percevons la musique ? Comment cette information non verbale est-elle traitée par notre cerveau ? Avons-nous tous les mêmes possibilités pour la musique ? A l’occasion de la Semaine du Son, nous avons procédé à la sélection de quelques documents qui vous permettront de mieux connaître les liens de la musique et du cerveau ainsi que les nombreuses études dont ils font l’objet.

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Rockin’ Baby

Le fonctionnement du cerveau

L’anatomie du cerveau est connue parfois au neurone près mais nous sommes loin encore d’identifier tous les composants des circuits neuronaux. Le traitement d’une information et son cheminement dans la jungle des neurones font l’objet de recherches toujours plus pointues.

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Essentiel au bon fonctionnement du corps et à sa communication avec l’extérieur, l’ensemble du système nerveux perçoit les stimulations, qu’elles viennent de l’extérieur ou de l’intérieur du corps. Ces stimulations sont conduites en un signal nerveux le long des nerfs jusqu’à un centre de traitement : le cerveau. Ce dernier est séparé en grandes zones et organisé en aires fonctionnelles dont chacune est dédiée au traitement d’un certain type d’informations.
Ces divers processus du fonctionnement cérébral sont exposés dans Les mystères du cerveau, connaître et soigner d’Anne Debroise paru en 2005 chez Larousse éditions.

La perception auditive

Au milieu d’une masse d’informations acoustiques entremêlées, le cerveau est capable de distinguer la musique des bruits ambiants ou des cris d’animaux.
La musique qui nous entoure dès notre plus jeune âge façonne notre perception. Notre réseau neuronal s’organise en fonction de cette structure musicale. Les études d’imagerie cérébrale ont permis

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A quoi sert notre cerveau ?

d’inventorier les différentes structures du cerveau impliquées dans la perception de la tonalité. Elles montrent aussi que les circuits cérébraux perçoivent les aspects émotionnels de la musique indépendamment des aspects plus rationnels.

Dans de rares cas, des personnes présentent une incapacité à reconnaître des airs entendus comme la dysmusie. Chez les musiciens possédant une oreille absolue, les circuits d’identification des sons diffèrent des autres musiciens. C’est ce qu’explique Nicolas Chevassus-au-Louis dans A quoi sert notre cerveau ? paru en 2007 aux éditions Hatier.

2Le traitement de l’information musicale2

La musique est présente dans toutes les cultures, quelle que soit sa forme. Partout on retrouve la même attirance de l’homme pour les sons organisés. Celui-ci donne du sens à des vibrations sonores. L’objectif de la psychologie cognitive de la musique consiste à comprendre comment ce matériau complexe est codé, traité et interprété par l’esprit humain, qui perçoit et ressent des émotions.

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L’ouvrage de Barbara Tillman Percevoir la musique, une activité cognitive, de Marion Pineau et Barbara Tillmann – paru en 2001 aux éditions L’Harmattan – évoque les mécanismes qui conduisent l’auditeur à relier entre eux les évènements sonores lors de l’écoute et à intégrer les évènements musicaux dans une structure d’ensemble. Elle présente notamment les grandes étapes de traitement de l’information musicale, depuis l’arrivée des ondes sonores dans l’oreille jusqu’à la création d’une représentation cognitive de la pièce musicale.

La musique dans l’oreille

Pour compléter les aspects relatifs à la perception auditive, l’ouvrage

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L’oreille musicienne, les chemins de la musique, de l’oreille au cerveau de Claude Henri Chouard – paru en 2001 aux éditions Gallimard – établit une approche physiologique des mécanismes qui nous permettent d’entendre la musique.
Comme tout bruit, la musique est un ensemble de mouvements perçus par notre organisme ; ils sont volontairement créés par l’homme. Cependant, la musique se différencie du verbe puisqu’elle est dépourvue de contenu sémantique alors qu’il est chargé de significations précises et agencées.

L’oreille est donc l’intermédiaire obligé entre l’extérieur et notre conscience. Son rôle est de traduire les mouvements de l’espace en un langage perceptible pour nos sens.
L’oreille musicienne s’attache à présenter les caractéristiques principales d’un son telles que l’intensité, la fréquence et la durée ainsi que les organes nécessaires à son acheminement de l’oreille externe au cerveau.

Le cerveau musicien

Qu’en est-il du fonctionnement cérébral qui chapeaute l’ensemble de cette perception musicale ? C’est ce qu’aborde l’ouvrage Le cerveau musicien, neuropsychologie et psychologie cognitive de la perception musicale de

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Bernard Lechevalier, Hervé Platel et Françis Eustache publié aux éditions De Boeck en 2006. L’observation de troubles sélectifs de la compréhension de la musique à la suite de lésions, lors d’études cliniques, montre qu’il existe une atteinte dissociée des fonctions langagières et musicales du cerveau. On tente de comprendre si des régions du cortex sont spécialement dédiées à l’une ou l’autre de ces fonctions.

Au cours des années 1960, on a soutenu une distinction de la localisation musique/langage dans les hémisphères cérébraux. Chacun peut y être latéralisé différemment. Depuis une vingtaine d’années, on module davantage la perception musicale et ses processus. En l’état actuel des connaissances, il semble évident que la musique et les paroles sont traitées en grande partie de façon indépendante.

Enfin, malgré des disparités anatomiques et fonctionnelles à l’écoute de sons ou en raison de l’apprentissage de la musique, l’architecture cognitive présente de fortes similarités entre musiciens et non musiciens. Tous ont un intérêt prononcé à écouter de la musique qui provient certainement du fait qu’elle peut susciter des émotions.

L’émotion musicale

L’article d’Emmanuel Bigand et Suzanne Filipic, Musique et Cognition, paru dans la revue Intellectica n° 48-49 en juin 2008, développe cet aspect des liens entre musique et cerveau.

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Les réponses émotionnelles provoquées par la musique sont aussi intenses que certaines stimulations biologiques, et extrêmement rapides. Ce phénomène est d’autant plus vrai qu’il est identique pour les individus musicalement experts et novices.

Les recherches en neurosciences attestent que la musique peut stimuler des fonctions vitales car elle active les circuits neuronaux de la gratification, elle réduit les activations des régions cérébrales en jeu dans les émotions négatives et augmente la résistance au stress. Elle peut permettre d’affronter la mort avec courage ou de calmer les angoisses des bébés. De fait, elle est aussi utilisée, ces dernières années, à des fins thérapeutiques.

La musique et la perception de la douleur

La musicothérapie pourrait présenter une technique de soin d’avenir ainsi que l’indique un article d’Alternative santé n°323 paru en janvier 2009. Méthode inaugurée en 1960, elle n’avait pas réussi à déterminer quel élément de la musique pouvait être responsable de l’effet analgésique.

 

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De nouvelles études scientifiques sont menées en France depuis 2003 auprès de patients douloureux.
C’est une relaxation musicale personnalisée par le choix des styles et des instruments qui permet d’obtenir une détente optimale. La diminution de la douleur ressentie par les patients peut aller de 40 à 60%. Les usages à domicile pour des affections au long cours permettent de diminuer l’usage d’antalgiques, d’anxiolytiques voire d’antidépresseurs.

Musique et cerveau, des liens étroits

Les processus de traitement de la musique par le cerveau ont fait l’objet d’un vaste champ d’exploration, dans de nombreuses disciplines. Pourtant, l’information musicale n’a pas encore dévoilé l’ensemble des cheminements qu’elle emprunte pour atteindre la conscience humaine. On constate ses effets sur le fonctionnement cortical – grâce à l’imagerie cérébrale – et sur nos comportements – grâce à l’évaluation des émotions qu’elle induit. En cela la musique présente une caractéristique notable : objet culturel, elle n’en a pas moins des incidences biologiques. Cette capacité fait d’elle un langage – non verbal et donc universel – primordial pour le développement de l’individu. Les chercheurs n’ont pas fini d’étudier ce rôle.

Sur le même sujet, nous vous invitons à parcourir plusieurs dossiers de presse

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Pour compléter, des nouveautés à la Bibliothèque municipale de Lyon

  • Du vrai du beau du bien de Jean-Pierre Changeux, directeur du laboratoire de neurobiologie moléculaire à l’Institut Pasteur, paru en 2008 aux éditions Odile Jacob. L’auteur présente son ouvrage dans une courte vidéo, visible sur Daily Motion. Cette référence est déjà accessible à la bibliothèque.
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