La Turquie en mouvement

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 11/10/2019 par Département Civilisation

L'exposition Ebru organisée à la bibliothèque municipale de Lyon a offert , grâce aux photographies d'Attila Durak, l'occasion de redécouvrir la Turquie, notre proche voisine, et la richesse de sa culture, au moment où Istanbul endosse le rôle de capitale européenne de la culture pour un an. Cela a aussi été aussi l'occasion de faire entendre la voix des Turcs, autour de politologues, économistes et ethnologues, pour comprendre quel avenir se construit la Turquie d'aujourd'hui.

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Un peu d’histoire

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Histoire de Byzance. 330-1453, par John Julius Norwich, Perrin
- J.J. Norwich retrace l’histoire d’un empire de onze siècles, sans rival en durée ou en influence culturelle. Cette « nouvelle Rome » naît en 330 lorsque l’empereur Constantin choisit d’établir sa capitale dans un port d’Asie Mineure appelé Byzance. Elle s’effondre en 1453 sous les coups du sultan Mehmet II. Pendant ce long millénaire s’est développé un empire au corps romain, à l’esprit grec et à l’âme orientale.
Le livre se présente comme une immense fresque où la galerie des quatre-vingt-huit empereurs est brossée avec un luxe de précisions, le souci de choisir le détail piquant de la vie privée, d’isoler la bataille décisive ou l’acte politique majeur. L’histoire de l’Empire byzantin devient, à la lecture de ce livre, pittoresque et colorée. L’auteur navigue avec habileté entre mythe et réalité, entre hypothèses et événements documentés.

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Histoire de l’Empire ottoman, sous la direction de Robert Mantran, Fayard
- L’ empire ottoman a occupé pendant des siècles la première place parmi les puissances du Vieux Monde, et son histoire est d’abord celle de la construction d’un Etat, avec des lois et une administration remarquable. C’est aussi celle d’une culture originale qui dans la littérature et dans l’art a laissé des témoignages encore visibles. Né en Asie Mineure, au début du XIVe siècle, sur les ruines de l’Empire byzantin et du sultanat seldjoukide, l’Empire ottoman s’étend, deux siècles et demi plus tard, des portes de Vienne au Yémen, de l’Algérie à l’Irak.
Dans cet immense domaine, l’autorité du sultan ne souffre pas de contestation. Mais, à côté de la charia, la loi musulmane, se met en place un système politique qui s’efforce de garder ou d’adapter les traditions des peuples soumis. Dans les provinces chrétiennes, les Grecs, les Bulgares, les Serbes peuvent pratiquer leur religion et leur langue. Dans les provinces arabes, les populations conquises conservent souvent leurs cadres.
Il ne faut pas oublier cette tolérance des Ottomans : c’est chez eux que se réfugièrent les juifs d’Espagne et d’Europe centrale. Après le long règne de Soliman le Magnifique, symbole de la grandeur des Ottomans, l’Etat commence à se lézarder et l’agitation gagne les provinces. Ces premiers troubles sont le prélude au lent déclin du XIXe siècle. Plusieurs dirigeants tentent alors de promouvoir des réformes, les Tanzimat, mais le jeu des grandes puissances limite leur portée.
L’Empire ottoman devient l' » homme malade de l’Europe « , que les Occidentaux vont s’empresser de faire mourir.


La Turquie : de l’Empire ottoman à la République d’Atatürk, de Thierry ZARCONE, Gallimard
- De l’Empire ottoman à la démocratie de ce début du XXIe siècle, la Turquie a accompli sa révolution politique et culturelle.
Dès la fin du XVIIIe siècle, l’Empire entreprend de se moderniser sur le modèle européen. Vaincu avec l’Allemagne, en 1918, le pays est occupé par les puissances victorieuses et menacé de démembrement. Mustafa Kemal, un jeune pacha proche des réformistes Jeunes-Turcs, prend la tête de la guerre de libération. Vainqueur sur le champ de bataille, il proclame la République et se donne pour objectif d’élever la Turquie au rang de grande puissance européenne.
Prenant le nom d’Atatürk,  » le Père des Turcs », il impose au pays des réformes radicales : adoption du principe de laïcité, abandon de l’écriture arabe au profit de l’alphabet latin, égalité des sexes, droit de vote accordé aux femmes. Atatürk s’éteint en 1938 ; reste alors au pays à faire la part de l’héritage kémaliste et à trouver l’équilibre entre démocratie et pouvoir autoritaire, modernité et traditions ancestrales, laïcité et islam, culture occidentale et passé ottoman.
En retraçant les grandes étapes de cette évolution, Thierry Zarcone éclaire la réalité de la Turquie actuelle.

Turquie et Europe : un long dialogue

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Turcs et turqueries, XVIe-XVIIIe siècles, par Gilles Veistein, Presses Universitaires Paris-Sorbonne
- L’étude des relations diplomatiques et des récits de voyageurs du XVIè au XVIII siècle atteste la réalité de regards croisés entre deux civilisations, l’Occident chrétien et l’empire du  » Turc « .
L’esquisse d’une Europe ottomane naît de ce dialogue. Dans le même temps, les textes, mais aussi les divertissements nobiliaires et les spectacles publics – opéras, ballets, théâtres de la foire -, reflets d’un imaginaire collectif, dessinent l’image d’un Turc à l’européenne.

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Le turban et la stambouline : l’Empire ottoman et l’Europe, XIVe-XXe siècle, affrontement et fascination réciproques, par Jean-François Solnon, Perrin
- La prise de Constantinople (1453), la bataille navale de Lépante (1571), le siège de Vienne (1683), les massacres des patriotes grecs à Chio (1822) ou l’entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne en 1914 jalonnent des siècles d’affrontements sans cesse recommencés entre l’Europe et l’Empire ottoman.
Pourtant, la chrétienté et les sujets du sultan d’Istanbul ne parlèrent pas seulement – on l’oublie trop – le langage des armes. Ainsi, regardé en Occident comme un despote d’un autre temps, le sultan sut se faire réformateur, prêt à adopter les nouveautés culturelles, administratives, juridiques en usage en Europe. L’apparence même des Ottomans céda à la modernisation : au turban et au pantalon bouffant, on substitua bientôt la redingote (ou stambouline) et le fez, avant que Mustafa Kemal n’imposât le chapeau.
Si bien qu’à la peur des Turcs, l’Europe mêla la curiosité, à la répulsion un certain attrait, au refus de l’autre une troublante fascination. Elle adopta ses tapis, ses tulipes, son café, l’architecture de ses kiosques et ses rythmes musicaux. L’Empire ottoman et l’Europe, tout en se déchirant, ne se sont pas ignorés ; ils ont su commercer, s’allier ou nouer des relations diplomatiques. En brossant près de sept siècles de relations à la fois belliqueuses et pacifiques, en faisant dialoguer des cultures que tout semblait séparer, l’ouvrage de Jean-François Solnon bouscule nombre de préjugés.

La Turquie est candidate depuis 1963 à son entrée dans l’Union européenne, qui était alors encore la CEE. Depuis cette date, les négociations ont été lentes et rythmées de rendez-vous diplomatiques importants, comme le sommet d’Helsinki en 1999, où la candidature turque a finalement été acceptée comme candidate mais sous conditions. Les négociations d’adhésion ont commencé en 2005, la Turquie ayant satisfait à un certain nombre de critères dits de Copenhague et régissant l’entrée dans l’Union. Cette éventualité concernant la Turquie a soulevé u vif débat en Europe.

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L’Europe avec ou sans la Turquie, de Deniz Akagül et Semih Vaner, Ed. d’Organisation
- Un état des lieux sans parti pris, établi par deux spécialistes de la question. Toutes les angles du problème sont abordés (politique, économie, géographie), de même que les efforts réalisés par les Turcs et la polémique née en France.

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Lettres aux turco-sceptiques, dir. Cengiz Aktar, Actes Sud
- Huit intellectuels turcs prennent du recul par rapport au débat passionnel sur ce qu’il faut bien appeler « la question turque » en apportant des réponses claires et précises d’ordre historique, sociologique, politique et économique aux idées reçues sur la Turquie. Leurs contributions cherchent à aider à la compréhension d’une réalité complexe afin que le lecteur, tout comme le décideur politique, puisse se faire une opinion en confrontant les thèses ici développées et celles avancées par les adversaires de la perspective d’une Turquie européenne. Les auteurs exposent les multiples raisons pour lesquelles la Turquie a pleinement sa place dans l’Union européenne et expliquent qu’une Turquie européenne, loin de devenir un fardeau, sera tout au contraire bénéfique à l’Europe. Mais à une Europe qui serait davantage une idée et un ensemble de valeurs ayant fait leurs preuves depuis un demi-siècle qu’une entité aux contours immuables. A une Europe se prévalant tout autant de ses racines que de son épanouissement, de son rayonnement.

Les turcs d’hier et d’aujourd’hui

Immense pays de plus de 75 millions d’habitants, la Turquie se situe à la fois en Anatolie et en Thrace, c’est-à-dire en Asie (97% de son territoire) et en Europe. Si Ankara est devenue officiellement capitale de la Turquie en 1923, à la chute de l’Empire ottoman, c’est bien en réalité Istanbul qui captive tous les regards.

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Istanbul, émergence d’une société civile, de Defne Gursoy et Ugur Hukum, illustré de photos de Erzade Ertem, Autrement
- Istanbul, au carrefour de l’Orient et de l’Occident, est une capitale envoûtante et un véritable creuset social qui reflète la richesse culturelle du pays. Un parcours guidé par une vingtaine de personnalités turques, entrepreneurs, artistes, citoyens engagés…

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La Turquie, dir. Demih Vaner, Fayard
- Un panorama complet de la Turquie d’aujourd’hui : les relations avec l’Islam, l’installation de la démocratie à partir de 1923, l’état économique du pays, l’émigration, les ethnies et les différentes régions du pays. Un livre de référence rédigé par les meilleurs spécialistes du sujet.

 

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Histoire des Turcs : deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, par Jean-Paul Roux, Perrin
- Qui étaient-ils, d’où venaient ces Turcs qui prirent Constantinople en 1453 et qui, des siècles durant, ont fait frémir l’Occident ? On connaît les visions pittoresques que nous en ont laissées Racine et Pierre Loti, Mozart et Delacroix entré autres.
Mais sait-on que leur histoire est celle d’une mosaïque de peuples qu’on a connus au cours du temps sous des noms différents ? Sait-on que de Pékin à Alger, du Pacifique à la Méditerranée, ils ont parcouru presque tout l’ancien monde et que leur rôle dans l’aventure humaine a été fondamental ? Les Tabghatch qui franchissent la Grande Muraille au début de l’ère chrétienne, les Ouïgours qui dissertent de Dieu au c ?ur des déserts de l’Asie, les cavaliers de la Horde d’Or qui brûlent Moscou, les Ottomans qui font de leur empire la première puissance du monde, les janissaires qui assaillent Vienne, les Grands Moghols qui créent l’Empire des Indes, tous étaient des Turcs.
Les Turcs, c’est donc quelque 2000 ans d’une histoire dont les héros les plus célèbres s’appellent Attila, Tamerlan, Soliman le Magnifique, Akbar, Atatürk ; c’est aussi une immense civilisation où se sont côtoyés tour à tour la violence et le sang, la paix, l’ordre, la tolérance, le mysticisme et l’art le plus raffiné

Biblio Monde
- Turquie : Les différentes communautés
Ce site présente la diversité des populations vivant sur le territoire de la Turquie. On peu aussi naviguer sur l’histoire, la géographie…

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Ebru, reflets de la diversité culturelle en Turquie, Actes Sud
- Réalisé par l’artiste turc Attira Durak et fruit d’une quête de six ans sur le terrain, Ebru est un impressionnant voyage photographique chez les peuples de Turquie et d’Anatolie. Attila Durak, capturant leurs visages dans une complicité partagée, a mis en pleine lumière la richesse et la diversité culturelle de ce pays. Le mot « Ebru » signifie « papier marbré ». Cette technique picturale millénaire, qui associe la peinture et l’eau sur le papier, évoque les combinaisons créatives infinies de ces trois éléments et symbolise autant les flux et flots historiques que la rémanence des couleurs dans toutes les nuances qui s’entremêlent. Les peuples de la Turquie ; qui ont vécu ces mouvements innombrables dont les traces existent encore au présent, sont à cette image. Ouvrage accompagné d’un CD audio.

Photographie : Attila Durak

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