Les Ateliers de la danse s’installent au musée Guimet

- Modifié le 24/11/2018 par Département Lyon et région

Pendant un siècle, au musée Guimet, des générations de visiteurs fascinées ont pu contempler l’imposant squelette du mammouth, celui du grand cerf, de magnifiques collections de papillons et d’oiseaux, des armures de samouraïs et autres curiosités. Au départ, l’édifice est conçu par Emile Guimet pour accueillir un musée des religions ; au début du XXe siècle, il se voit transformé en grande patinoire. Fermé depuis 11 ans, en juillet 2007, le musée Guimet de Lyon, qui a transféré ses collections d'histoire naturelle au musée des Confluences offre aujourd'hui à la Ville un nouvel espace pour la danse.

© Ateliers d'architectes Pierre Hebbelinck et Hart Berteloot AAT

Les Ateliers de la danse

Du 26 au 30 septembre 2018, la Maison de la Danse, dans le cadre de la Biennale, investit pour la première fois les murs du musée Guimet avec une création de Yoann Bourgeois, une opportunité pour les Lyonnais nostalgiques de revoir l’ancien musée tel qu’ils le connaissaient avant que ne démarrent les travaux. Le chorégraphe, circassien, co-directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble  présente « Histoires naturelles, 24 tentatives d’approches d’un point de suspension ». Sous la belle verrière art déco, pour le spectacle, des petites scènes recouvertes de drap blanc, sont tour à tour dévoilées. Avec pour accessoires, aquarium géant, trampolines, escaliers hélicoïdaux, chaises bancales, les danseurs, accompagnés par la musique hypnotique de Philip Glass, offrent au public des moments de grâce entre déséquilibre, envol, apesanteur.

En 2016, l’hypothèse de construire un nouvel édifice pour la danse, dans le quartier de la Confluence avait été abordée en conseil municipal avant d’être abandonnée, car jugée trop coûteuse.

« Nous avions besoin d’un lieu emblématique de création pour la danse. C’est un projet majeur pour la danse et pour notre ville« , a relevé le maire de Lyon Georges Képénékian, en présentant les futurs Ateliers à la presse le 26 septembre 2018. Pour Dominique Hervieu directrice de la Maison de la danse et porteuse de ce projet  «Un tel grand musée réhabilité en lieu de danse et d’arts du cirque, pôle de production et de création, c’est une première en Europe ».

Au terme de l’appel à candidature, trois architectes venus du Nord, le Belge Pierre Hebbelinck et les Lillois Mathieu Berteloot et Heleen Hart sont sélectionnés pour adapter ce bâtiment à ses nouveaux usages. Ils devront respecter l’architecture complexe, trapézoïdale, et conserver l’âme de l’édifice.  Mathieu Berteloot souligne. « Notre projet est de s’appuyer sur le lieu, d’aller dans les pas d’Emile Guimet ». Des scénographes, historiens, acousticiens vont également participer à la réalisation de cette nouvelle plateforme de création.

Le musée disposait d’une grande salle de 1.700 mètres carrés, elle sera reconfigurée pour accueillir une scène et des coulisses, la salle de spectacle modulable équipée de gradins mobiles permettra de disposer de 500 places assises et 1.000 places pour le bal. Ses places viendront compléter les 1 200  de la Maison de la danse. La toiture de l’édifice et la grande verrière seront entièrement restaurées. Les coursives tout autour de la grande salle seront conservées mais pas les vitrines en bois pour des raisons de sécurité.

Au second niveau, deux studios d’environ 250 et 300m2 seront destinés l’un aux professionnels et l’autre aux amateurs. Un espace de restauration devrait être également proposé.

Le troisième étage accueillera lui un plateau de travail regroupant l’ensemble de l’administration et les studios de montage son et traitement du numérique.

Par ailleurs, le service archéologique de la Ville de Lyon qui occupe actuellement l’ancienne école des Beaux-Arts, sur les pentes de la Croix-Rousse,  va être accueilli au rez-de-chaussée et au sous-sol du musée. Le SAVL souhaite développer son activité de médiation de l’archéologie vis-à-vis du public. Pour cela, des visites des réserves ainsi que des présentations des collections de référence pourront être organisées dans les salles d’étude, le musée retrouvant ainsi sa vocation première.

Seront  réunis comme le dit Pierre Hebbelinck « les arts de l’immanence, de l’éphémère avec les sciences de la permanence, comme l’histoire et l’archéologie ».

L’ensemble de l’opération bénéficie du soutien de l’Etat à hauteur de 4,5 millions d’euros et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour un million d’euros. La Ville, propriétaire du bâtiment, consacre pour sa part aux travaux un budget de 15 millions, auxquels s’ajoute le coût des études. Coût total 26 millions d’euros.

Pendant les travaux, plusieurs animations et événements devraient être proposés au public.

L’ouverture des Ateliers de la danse doit avoir lieu fin 2021.

La rotonde d’entrée du musée

La Maison de la danse une innovation lyonnaise

Pendant des siècles la danse est présente à Lyon dans différents lieux, puis, à l’Opéra, un temps nommé le Grand-Théâtre. Le Ballet de l’Opéra en tant qu’institution date seulement de 1969, Vittorio Biagi qui a fait ses débuts de chorégraphe auprès de Maurice Béjart est le premier directeur artistique de la troupe. Parmi les spectacles présentés dans les dernières décennies du XXème siècle on peut relever Cendrillon crée en 1985 par Maguy Marin qui porta dans le monde entier la réputation du Ballet de Lyon.

La fin des années 70 est marquée par l’irrésistible ascension de la danse en France. A Lyon, à partir de 1977, cinq chorégraphes militants, Claude Decaillot, Michel Hallet Eghayan, Lucien Mars, Hugo Verrechia, Marie Zighera se regroupent pour défendre cet art et demander la création d’un lieu spécifique de travail et de représentation. C’est la naissance de l’ADRA, Action Danse Rhône-Alpes. Henri Destezet est l’homme clef du projet.

L’appui de l’adjoint à la Culture, Joannès Ambre leur permet d’obtenir de la municipalité l’attribution de la salle des fêtes de la Croix-Rousse (l’actuel théâtre). La Ville de Lyon et la Région financent la rénovation de la salle, elle comporte 700 places, et c’est le 17 juin 1980 que  le maire de Lyon Francisque Collomb inaugure la  Maison de la danse, à la Croix-Rousse, réhabilitée par l’architecte scénographe Georges Baconnier-Berjot.  Guy Darmet, passionné de danse, alors journaliste à Résonnance – revue des arts lyonnais dirigée par Régis Neyret – est choisi pour assurer la direction artistique. C’est le premier théâtre en France exclusivement consacré à la danse, la première Maison de la danse française. Des compagnies et chorégraphies du monde entier y sont accueillies. Et le succès de la première saison est au rendez-vous dépassant même les prévisions les plus optimistes.

En 1984, Guy Darmet  crée la première Biennale de la danse. Elle est conçue dans l’optique de venir en complément de l’action de la Maison de la danse. La danse contemporaine dans ses courants les plus divers est particulièrement présente lors de cette première édition. A partir de 1992 les thématiques sont consacrées à un pays ou à un ensemble géographique : l’Espagne, le Brésil, l’Afrique, le bassin méditerranéen…. En 1990, c’est la première fois qu’un festival invite pratiquement tous les grands créateurs américains. La Biennale de Lyon a présenté les chorégraphies des grands maîtres à danser, Russel Maliphant, Maguy Marin, Merce Cunningham, Jean-Claude Gallotta, George Balanchine, Pina Bausch, Carolyne Carlson pour n’en citer que quelques-uns.

Pour poursuivre son développement, en 1992, la Maison de la danse emménage dans l’emblématique Théâtre du Huitième, fief de Marcel Maréchal, conçu à la fin des années soixante par un disciple de Tony Garnier, Pierre Bourdeix. Cette nouvelle salle lui permet d’augmenter son activité, la  programmation s’accroît ainsi que son rayonnement.

La Maison de la danse / Marcos Quinones, 2000, BmL

La Biennale de Lyon est aujourd’hui l’un des plus importants événements consacrés à la danse.  Pour la dernière édition, en 2018, elle réunit avec plus de 40 spectacles des compagnies du monde entier qui se sont produites dans 73 lieux de la Métropole et de la région.

Le premier défilé de la Biennale de la danse a lieu en 1996. Inspiré des écoles de samba, le projet est de réunir des gens venus de toutes catégories sociales autour d’un projet artistique commun. Populaire, ambitieux et fédérateur, c’est aujourd’hui un événement majeur pour la région. Sur cette grande scène ouverte, de l’Hôtel de Ville à la place Bellecour, le public est présent  à ce rendez-vous.

 

Défilé 2000 « Sur les routes de la soie » / Marcos Quinones

En 2011 Dominique Hervieu succède à Guy Darmet.

Le défilé de cette année 2018 a rassemblé 250 000 spectateurs. Commémorant le 100e anniversaire de l’Armistice,  il était porté par un thème fort, la paix. « Je souhaitais signifier les valeurs du défilé grâce à deux personnalités incontestables dans leur engagement, contre le racisme, pour Lilian Thuram, et pour le dialogue interreligieux, avec Latifa Ibn Ziaten », explique Dominique Hervieu à propos du choix du parrainage. Pour créer le défilé, ce sont  4500 amateurs-danseurs-musiciens qui se sont rencontrés et ont travaillé pendant un an et demi sous la houlette de 250 artistes.

La pièce « Passants » de Yoann Bourgeois et « Imagine » de John Lennon chantée par 300 chanteurs amateurs et dansée par 15 000 personnes ont clôturé le défilé place Bellecour.

Avec plus de 3000 vidéos sur son site Internet, « Numéridanse », la Maison de la Danse s’est  lancée dans une importante diffusion numérique de spectacles. Par ailleurs, depuis 2016, elle est labellisée par le ministère de la Culture Pôle européen de création. Aujourd’hui, le partenariat s’étend au-delà des frontières de l’Europe avec la nomination en 2018 de Dominique Hervieu à la direction artistique de la triennale de Yokohama.

« Spirituals warriors », 5 solos chorégraphiés par Carolyn Carlson / photogr. Dominique Barrier, 2001

Pour aller plus loin, une sélection

En ligne

La Maison de la danse
La Biennale et le défilé

 

Dans nos collections

 

Le musée Guimet de Lyon : un lieu chargé d’histoire

 

 

Emile Guimet (1836-1918) est le fils de l’industriel lyonnais Jean-Baptiste Guimet (1795-1871) inventeur du pigment bleu outremer artificiel, nettement moins cher que le naturel, le lapis-lazuli. « Le  bleu Guimet »  est d’abord utilisé par les peintres, notamment par Ingres. Il s’avère très efficace pour l’azurage des pâtes à papiers, les grands papetiers (Canson, Montgolfier à Annonay) l’adoptent. Il est également abondamment utilisé pour le blanchiment du linge. Pendant des années  l’outremer Guimet collectionne les médailles d’or des expositions universelles et assure très vite à la famille une fortune considérable.

La mère d’Emile, Rosalie Bidauld, est peintre et fille de peintre. Elève de Girodet, elle pratique avec succès la peinture d’histoire et de portraits. Elle apprend à son fils la peinture, le dessin et surtout la musique. Emile sera d’ailleurs auteur de chansons et d’un grand opéra Taï Tsoung, et deviendra également chef de plusieurs chorales.

Plus intéressé par les arts, il prend cependant efficacement la relève de son père à tout juste 24 ans pour gérer l’entreprise familiale. Adepte du saint-simonisme, il est particulièrement soucieux de protection sociale. La bonne marche de l’entreprise lui offre la possibilité de voyager. Le voyage qu’il entreprend en 1865 en Egypte joue un rôle décisif dans son orientation. A son retour il est pris d’une frénésie d’acquisitions et d’une volonté de connaissance mais aussi de transmission. En 1874,  le « musée de Fleurieu », comme le nommait Emile Guimet, c’est-à-dire la maison familiale compte déjà plus de 450 antiquités égyptiennes.

En 1876, il embarque à bord du France, au Havre, et rejoint aux Etats-Unis son ami le peintre Félix Régamey  qui l’accompagne au Japon,  pays qui sera le point culminant de leur séjour en Extrême-Orient. Régamey croque sur le vif les scènes du quotidien et les rencontres, des dessins publiés pour partie dans les « Promenades japonaises ». Guimet entreprend ce long voyage qu’il a savamment préparé dans le cadre d’une mission scientifique pour le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts ayant pour but l’étude des religions de ces pays. Ce périple allait poser les fondations des futurs musées de Lyon puis de Paris. Il fait la liste des pièces qu’il a rapportées : « trois cent peintures japonaises religieuses, six cent statues divines et une collection de plus de mille volumes ». De quoi alimenter son projet de créer une bibliothèque, un musée et un centre d’étude.

Emile Guimet par Ferdinand Luigini, 1898

En effet, dès son retour  en avril 1877 Emile Guimet annonce l’ouverture d’un musée à Lyon : « Un musée religieux, qui contiendra tous les dieux de l’Inde, de la Chine, du Japon et de l’Egypte… »

Il achète un terrain aux Hospices civils de Lyon et lance la construction de son musée des religions, dans le 6ème arrondissement, tout près du parc, boulevard du Nord, l’actuel boulevard des Belges.

Le 30 septembre 1879, le musée Guimet de Lyon de style néo-classique dans le goût du XIXe siècle conçu par l’architecte Jules Chatron est inauguré en présence de Jules Ferry, Ministre de l’Instruction publique. Guimet fait également construire un théâtre par le même architecte à Bellecour (il abrite aujourd’hui la Fnac).

Mais, dès 1883, Emile Guimet décide, pour se rapprocher du cercle des savants, de transférer son musée à Paris. Il fait construire place d’Iéna une réplique du musée de Lyon qui est inauguré le 20 novembre 1889 et prendra le nom, après la Seconde Guerre mondiale de Musée national des arts asiatiques-Guimet.

Le bâtiment de Lyon devenu un temps une patinoire est racheté par la Ville en 1909 pour y installer les collections du muséum d’histoire naturelle trop à l’étroit au Palais Saint-Pierre où elles étaient installées durant tout le XIXe siècle et où elles cohabitaient avec les collections des Beaux-arts.

La grande salle du muséum au musée Guimet / Fonds Jules Sylvestre

Le muséum d’histoire naturelle était né en 1772 dans une salle de l’Académie des sciences, belles lettres et arts de Lyon située à l’Hôtel de Ville, ouverte au public de 1777 à 1789, mais pour l’essentiel, les collections ont été accumulées abondamment depuis 1830. Cependant, dès le début du XVIIe deux demi-frères Gaspard de Liergues et Balthasar de Monconys ont constitué une collection importante grâce aux voyages de Balthasar. En 1700, Jérôme Jean Pestalozzi, médecin à l’Hôtel-Dieu, acquiert la collection et poursuit son enrichissement. L’ensemble est remis en 1771 par un de ses fils à l’Académie riche également des 6230 volumes de Pierre Adamoli déjà légués.

Parallèlement à l’installation des collections d’histoire naturelle qui s’achève en 1914, Emile Guimet accepte, à la demande d’Edouard Herriot, de transférer au musée de Lyon une partie de ses collections (3000 objets) installées à Paris. Il fait don également d’une centaine d’objets de ses collections personnelles.  Il restera peu de temps à la tête de son nouveau musée de Lyon ouvert en 1913 car il meurt en 1918.

A partir de 1963, le musée bénéficie de plusieurs aménagements. Des expositions temporaires sont proposées, quasiment tous les ans, parfois plusieurs au cours de la même année. L’accueil des scolaires occupe une place particulièrement prépondérante.

En 1968, le musée est fermé provisoirement au public, les collections sont expertisées et réparties. Des pièces repartent au Musée gallo-romain et au Musée des beaux-arts.

Les collections s’enrichissent en 1978 de plus d’un millier d’objets venus du monde entier grâce au dépôt de pièces ethnographiques collectées par les missionnaires de l’Oeuvre pour la Propagation de la foi, fondée en 1822 par Pauline Jaricot. Michel Côté directeur pendant plus de dix ans poursuit à son tour une ambitieuse politique d’acquisitions déjà entreprise auparavant par Claude Jourdan et Louis Lortet.

C’est le Conseil général du Rhône, à qui appartient alors l’établissement, explique Michel Côté,  qui a décidé de fermer le musée aux visiteurs, en juillet 2007. En cause, les risques encourus par ces derniers : la verrière qui manque de s’effondrer, et le bâtiment qui connaît des faiblesses.

Les collections du muséum partent au musée des Confluences   qui conserve plus de deux millions d’objets et œuvres d’art répartis en trois grands domaines : sciences naturelles, sciences humaines et sciences et techniques.  Il est ouvert au public depuis le 20 décembre 2014.

 

 

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