logo-article

Vera

Petr Zelenka

La pièce Vera de Petr Zelenka est en tournée actuellement dans toute la France et elle a été jouée récemment aux Célestins. Elle est mise en scène par Élise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo et avec, pour interprète de Vera, la comédienne Karine Viard. La pièce raconte l’ascension et la chute d’une directrice d’agence de casting pour acteurs de cinéma et de télévision à Prague.

Sans scrupule et inhumaine, Vera est prête à tout pour réussir. Son assurance et sa totale autosatisfaction déconcertent. Au sommet de sa carrière, poussée par une soif de puissance, Vera décide de faire fusionner son agence avec une importante agence anglaise. À partir de ce moment, on suit sa déchéance dans un monde cynique et froid.

La pièce dénonce avec humour la violence du système capitaliste qui envahit nos relations de travail, familiales et intimes. A travers le destin de Vera, cet auteur tchèque, fait un portrait sans concession de son pays qui est passé du communisme au libéralisme économique sans foi ni loi.

L’écriture emprunte au montage cinématographique. On suit plusieurs histoires en parallèle, qui finissent par se croiser. L’hyperréalisme des situations et des dialogues révèle un texte puissant et fascinant.

Comme le dit Marcial Di Fonzo Bo, « les personnages sont très forts, ils sont « presque réels». Ils ont une existence charnelle très forte, ils ont quasiment un CV, une biographie. »

La pièce est corrosive, hilarante et féroce !

Petr Zelenka

Né en 1967, Petr Zelenka a suivi des études de cinéma. C’est un dramaturge, scénariste et réalisateur tchèque. Il a écrit plusieurs scénarios de films, maintes fois récompensés. Ses pièces sont régulièrement jouées en Pologne, en Allemagne, et en République Tchèque où il est un réalisateur et homme de théâtre reconnu. Il est peu traduit et peu monté en France, à l’exception de sa pièce Petites histoires de la folie ordinaire.

« L’acteur est au centre de son écriture. Le travail « de plateau » comme on dit, est le point de départ au lieu d’être la phase finale de la dramaturgie. » Marcial Di Fonzo Bo

Extrait

SCÈNE 1 :

Vera et un policier à l’institut médico-légal

VERA sort la fiche de la comédienne et la tend au policier.
Voilà sa fiche. Vous pouvez la garder.

LE POLICIER consulte la fiche, quelques photos, poids, dimensions, compétences, rôles.
Vous la représentiez depuis ?

VERA
Deux mille quatre.

LE POLICIER
En quoi ça consistait – concrètement ?

VERA
Je cherchais du travail pour elle. Dans la pub – la télé. Mais je n’avais pas l’exclusivité.

LE POLICIER
Ce qui veut dire ?

VERA
Qu’elle pouvait travailler ailleurs – pas seulement avec moi.

LE POLICIER
Et ça représente quoi pour un acteur ? – en volume de travail ? Pour mademoiselle Renata Mulerova ? L’année dernière par exemple ?

VERA
En volume de travail ? Pas grand-chose, presque rien. Faudrait que je regarde. En fait – elle ne se vendait pas très bien.

LE POLICIER
Si on vous a convoquée, c’est parce que le dernier numéro appelé depuis son portable – c’est le vôtre.

VERA
Ah bon – je ne me souviens pas.

LE POLICIER
Elle vous a quand même appelée au moins deux cents fois au cours de l’année. (Il pense impressionner Vera, mais elle ne réagit pas.) Vous n’avez jamais répondu.

VERA
Hmm…

LE POLICIER
Vous trouvez ça normal ?

VERA
Je ne peux pas passer mon temps à papoter avec tout le monde.

LE POLICIER
Est-ce qu’elle était dépressive – mademoiselle Mulerova ? Est-ce qu’il lui arrivait de faire des crises d’angoisse ?

VERA
Ben – ça arrive souvent, oui.

LE POLICIER
Vous voulez dire que les acteurs sont souvent dépressifs ?

VERA
Oui. Tout a fait.

LE POLICIER
Les acteurs en général, ou les acteurs que vous représentez ?

VERA
Dans ce milieu tout le monde doit se débrouiller tout seul. Si quelqu’un se suicide uniquement pour m’obliger à répondre au téléphone… Enfin quand même – ça n’a pas de sens non ? Bien sûr je regrette mais la vie continue. Je ne suis pas leur maman. J’en ai dix autres qui se bousculent pour prendre sa place.

LE POLICIER jette un coup d’œil à Vera.
On va procéder à l’identification du corps.

Il va vers le corps couvert d’un drap.
Le téléphone de Vera sonne. Elle répond.

VERA
Attends Magda. Oui, oui. Le taxi est déjà là-bas. (Le policier enlève le
tissu, Vera regarde). Oui c’est bien elle.

Musique.
Le policier s’en va.
Noir.

Voir dans le catalogue de la BML

Tags

Type :

Partager

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *