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Terreur

As-t-on le droit de prendre une vie pour en sauver une autre ? L'auteur, avocat de formation, nous met au cœur du débat sur cette question de droit institutionnel. Nous voilà Juré au cœur d'un procès, voués à tenir compte de notre intime conviction.

L’histoire

Le Major Lars Koch comparait devant la cours d’assises, afin que l’on juge de sa culpabilité dans une affaire qui questionne le droit constitutionnel. Voici les faits : un terroriste prend le contrôle d’un avion de la Lufthansa comprenant 164 passagers et il menace de faire s’écraser cet avion sur un stade de football bondé : soit 70 000 spectateurs. Une unité de l’armée de l’air dont fait partie le Major Lars Koch, encadre l’avion. Le major contrevient aux ordres et abat ce dernier. Il donne ainsi la mort à 164 personnes, mais les personnes dans le stade de football sont sauves.

La composition de la pièce

Avant les plaidoiries des avocats de la défense et de l’accusation, le tribunal reconstitue les faits. L’accusé subit alors un interrogatoire sur le fil.

Puis de la phase d’instruction qui pousse à l’innocenter, l’acte I de la pièce, on passe à l’audience des plaidoiries, dans l’acte II. Cette dernière installe le doute et trouble notre effort d’objectivité. Nous assistons à une bataille dialectique dans laquelle les deux partis, la défense et l’accusation sont à armes égales. En effet, l’argumentation est implacable d’un côté comme de l’autre.

Procureure et avocats font preuve d’une brillante éloquence et dans ce face à face les antagonismes s’affrontent. Le point de vue civil interroge la décision d’état, et la lecture morale de l’évènement vient contrecarrer la lecture légale, provoquant le cas de conscience.

De plus des références philosophiques reprises par la défense et l’accusation donnent une certaine exemplarité au procès. Cela nous implique d’avantage. Nous nous sentons concernés à la manière d’un juré d’assises. Et ce jeu se poursuit jusqu’au point final : malmenés par les affrontements, contrariés dans nos certitudes, nous sommes voués à suivre le chemin de notre intime conviction jusqu’au choix du verdict final. Deux sentences sont posées après les plaidoiries : l’une pour l’acquittement, l’autre pour la condamnation. À nous de choisir celle qui nous semble la plus juste !

… Si nous le pouvons ! car le choix s’avère être cornélien.

Ferdinand von Schirach

Avocat de la défense au barreau de la ville de Berlin depuis 1994, Ferdinand von Schirach est spécialiste en droit criminel. Il fait parler de lui à l’occasion de plusieurs affaires de justice : celle de l’écrivain Norbert Juretzko, accusé d’avoir publié des secrets d’états, et celle de l’ancien journaliste Günter Schabowski, lors du procès dit « du Politbüro ».

L’avocat des célébrités, est aussi l’auteur de nouvelles et de romans à succès. Il est traduit dans de nombreuses langues.

Extrait

Acte II

LA PROCUREURE se lève. […] Mais, comme vous le savez aussi, la Constitution exige autre chose de nous. Les juges du Tribunal constitutionnel, l’ont formulé de la manière suivante : une vie ne doit pas être mise en balance avec une autre vie. Jamais, et pas davantage lorsque cela concerne un grand nombre de vies. Cela peut surprendre, déconcerter. Et nous sommes redevables aux accusés et aux victimes d’y réfléchir précisément. D’après quels critères décidons-nous si l’accusé a eu le droit ou non de donner la mort ? Fondamentalement nous décidons d’après notre conscience, d’après notre morale, d’après notre entendement d’être humain […] La morale, la conscience, un entendement sain, le droit naturel, l’état d’urgence au-dessus des lois – chacune de ces notions est faillible, fragile […] Par conséquent, nous avons besoin de quelque chose de plus fiable que nos convictions spontanées […] Nous avons besoin de principes.

[…]

L’AVOCAT. Il se lève.

Mesdames et Messieurs les Juges, vous avez écouté Madame le Procureur ? Est-ce que vous avez compris ce qu’elle a dit ? Elle veut que vous condamniez Lars Koch au nom d’un principe. Réellement c’est ce qu’elle a dit. À cause d’un principe, 70 000 personnes devaient mourir. Le nom qu’on va donner à ce principe m’est indifférent – qu’il s’appelle Constitution ou « dignité de l’Homme » ou autre chose. Je peux seulement dire : Dieu merci, Lars Koch ne s’en est pas tenu aux principes, seulement à ce qui lui a paru juste. En fait ma plaidoirie pourrait s’arrêter là.

 

                                                                                                 Dominique,

du département Arts vivants de la médiathèque de Vaise

Voir dans le catalogue de la BML

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