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Moondog 2

Les nuits de Fourvière ont rendu hommage cette année - sans doute faut-il y voir une commémoration de sa naissance en 1916 - à l’énigmatique et fascinant Moondog (mort en 1999). On reconnait à présent la stature d’un créateur dont la notoriété fut injustement éludée de son vivant.

C’est peu dire que le personnage intrigue.  Ce fils de pasteur du Kansas, de son véritable nom Louis Thomas Hardin, est victime à 16 ans d’un accident qui le rend aveugle. A l’école pour aveugles de l’Iowa il apprend le violon, le piano et l’orgue. Muni de ce solide bagage théorique, qu’il utilisera et revendiquera toute sa vie, et d’une puissante personnalité  il trace alors son propre sillon musical et  artistique, parcours sinueux et improbable. Curieux et ingénieux,  il bricole ses propres instruments acoustiques. Au début des années 50, à une époque où l’on était moins vigoureusement sommé de choisir entre la musique « sérieuse » et une autre , il s’installe à New York, y fréquente le gratin de la musique classique (Toscanini, Bernstein) et du jazz (Parker, Goodman). En 1969 il rencontre et se lie avec les jeunes compositeurs Philip Glass, Steve Reich puis Terry Riley, avec qui il travaille un temps. Il prend en 1947 le nom de « Moondog », d’après le nom d’un chien affectionné qui avait l’habitude de « hurler à la lune », raconte-t-il dans ses mémoires. Il note toute sa musique en braille et la dicte à un assistant, se contentant d’écrire les seules parties des instruments individuels,  car « la partition d’orchestre est dans sa tête ».

 

Se considérant comme « européen en exil », bien qu’américain de naissance, il met fin à cet exil en s’installant en Allemagne en 1974.  Il confesse n’avoir traversé sa période jazz que comme une étape car son cœur appartient en réalité au monde de la musique classique occidentale. Il déclare cheminer humblement dans les pas de Bach, Mozart, Beethoven, Wagner, Brahms. Pour autant, il rejette le vocable réducteur de « néo-classique » car le classicisme n’est ni vieux ni neuf  et se contente d’être tout simplement. Son look original et théâtral (on le voit arborant grande cape artisanale, lance et casque de viking) semble aux antipodes de son credo musical créateur : « je démens que l’originalité existe, tout ce que l’artiste peut faire est de mettre à profit sa personnalité ».  Moondog estime que son œuvre se situe dans le présent  en matière rythmique mais plutôt dans le passé en ce qui concerne la mélodie et l’harmonie, il n’hésite pas à se comparer à Palestrina pour ce qui est de la rigueur dans la conduite des voix et du contrepoint. Il déclare : « Si on considère l’adage « les règles sont faites pour être enfreintes » comme une règle en elle même  alors je peux enfreindre cette règle et déclarer « les règles ne sont pas faites pour être enfreintes » ». Ou comment s’abreuver aux sources rafraichissantes du paradoxe et s’exalter des diktats d’une servitude volontaire.

 

Amoureux des formes fuguées, véhicule privilégié du contrepoint, Moondog s’exprime avec prédilection dans la forme du canon. En voici un petit aperçu. Dans cette réédition d’un enregistrement de 1971 on peut entendre un canon à 12 voix , avec une coda de quatre mesures, les six premières parties étant attribuées aux cordes et les six suivantes aux vents. Faisant implicitement référence à une romance de Tchaikovski cette charmante pièce, d’un romantisme achevé, se délecte de la métamorphose permanente du thème, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, dans une atmosphère de confusion ordonnée et de rêve familier  où l’oreille se désoriente, puis se réoriente, saisissant sans cesse ce qu’elle vient de perdre pour le perdre à nouveau.

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