logo-article

Le syndrome du bien-être

Carl Cederström et André Spicer

"Sois bien et tais-toi !" Une exigence de bien-être qui paraît de plus en plus normalisée dans une société occidentale à la recherche d'un équilibre entre vie privée et professionnelle. Une surenchère dénoncée par deux chercheurs dans un ouvrage accessible et brillant.

Se préoccuper de son bien-être et de son apparence physique dénote plutôt d’un esprit sain et curieux. Cependant, l’injonction croissante des médias sur cette thématique ouvre la porte à des excès que dénoncent deux chercheurs norvégiens. Cela aboutit peu à peu à une culpabilisation croissante de l’individu quant à son propre bien -être et l’entretien de son corps, nommés culte du bien-être ou :  wellness .

Les auteurs abordent aussi le terme de « biomorale«  inventé par Alenka Zupancic : « Le pessimisme, le regret, l’insatisfaction, la tristesse sont des sentiments qui tendent à être envisagés comme des fautes morales – pire, comme le signe que nous sommes corrompus de l’intérieur, au plus profond de nous-mêmes. Ce phénomène qu’on pourrait appeler biomorale (ou moralité des sentiments et des émotions) et qui a pris une ampleur considérable, repose sur l’axiome fondamental suivant : une personne qui se sent bien (et qui est heureuse) est une bonne personne ; à l’inverse une personne qui se sent mal est une mauvaise personne. » La biomorale désigne l’obligation d’être heureux et en bonne santé, une idée qui se rapproche des fondements du développement personnel.

S’attaquant à tous les pans de notre vie, le bien-être n’apparaît plus comme un idéal que nous sommes libres de choisir, mais comme une obligation morale qui finit par se retourner contre nous. C’est pour cette raison que les auteurs ont choisi le terme de syndrome. Il représente l’ambivalence entre la perception du pouvoir de changement grâce à notre propre volonté, et les impératifs extérieurs que nous ne pouvons pas maîtriser.  Cette ambivalence se retrouve par exemple dans les pratiques alimentaires déséquilibrées.

Ainsi, l’opprobre est jeté sur les individus qui ne parviennent pas à un état de bien-être socialement acceptable. Ils sont considérés comme faignants, incapables de la moindre discipline, et, par extension, soupçonnés de ne pas avoir le moral nécessaire dans une société ultra compétitive où il est de bon ton de paraître le meilleur dans tous les domaines.

Cette injonction omniprésente et angoissante donne lieu à des anecdotes glaçantes, venues tout droit des États-Unis, où des entreprises ont repris à leur compte la wellness attitude…

L’exemple des universités américaines est similaire, et induit un contrôle total sur la vie des étudiants qui laisse présager de futurs adultes conditionnés.

Ce livre instructif et bien écrit offre une vraie bouffée d’air anticonformiste.

La conclusion des chercheurs nous invite à réfléchir : «Surveiller sa vie comme s’il s’agissait d’une véritable entreprise correspond en tout point de vue à la mentalité de l’agent idéal du néolibéralisme.»

Voir dans le catalogue de la BML

Partager

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *