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Le Groenland

Pauline Sales

Une femme parle. Les mots sont crus, âpres et percutants, pleins de justesse et de vérité. On comprend assez vite qu’elle s'adresse à sa fille de 8 ans. Elle fuit le domicile familial avec sa fille pour se rendre au Groenland...

Ce monologue est étrange et déconcertant. On ne sait pas si la femme qui parle est gravement malade et veut se suicider, si elle est déjà morte ou si elle invente toute cette histoire car elle est folle. Le texte brouille les pistes et nous n’avons pas plus de réponse à la fin du texte.

La mère pousse sa fille à aller de l’avant et se débrouiller toute seule. Elle semble préparer sa fille à sa mort prochaine. Les mots sont expéditifs et durs, mais également pleins de tendresse et d’amour. Elle semble agir comme s’il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre et qu’elle poussait sa fille à se détacher d’elle. Le Groenland est-il une métaphore de la mort ou le lieu d’une renaissance ?

Le texte ressemble à une lettre d’adieu dans laquelle elle laisserait des recommandations à sa fille : ne pas se faire piéger par les codes sociaux, par les hommes, par le sexe, par la maternité, par la vie… Elle lui laisse aussi sa recette de gâteau au chocolat. Ce qui est très attendrissant.

Elle parle dans ce texte de sa difficulté d’être une femme. La pièce évoque aussi la place de la femme dans la société, ce qu’est être mère et la transmission de mère à fille. La pièce parle également de la difficulté d’être.

Ce texte est né du travail de Marie-Pierre Bésanger avec une dizaine de femmes touchées par le cancer. Suite à un an et demi d’ateliers, naît une parole sur la douleur des femmes et des mères. Elle demande alors à Pauline Sales d’écrire un texte à partir de ce matériau.

La pièce me fait penser au monologue Suzy Storck, de Magali Mougel, dans lequel une femme au foyer, avec mari et enfants, prend conscience du fait qu’elle a renoncé à vivre la vie qu’elle désirait. Et commet l’irréparable…

EXTRAIT

 » Marche. Ne t’arrête pas. Tu ne vas pas tomber. C’est pas grave si tu tombes. Chacun tombe une fois ou l’autre. Tu te relèveras. Rien. Il n’y paraîtra rien. Un bleu peut-être et alors ? C’est ma couleur préférée. Avance. Je te regarde. Ne te retourne pas. Si tu te retournes et que je ne suis pas là c’est qu’il te faut des lunettes. Le docteur l’a dit. Nous irons demain ou un autre jour. De toutes les façons je suis là. Une des mains qui s’agitent c’est moi. Une glace qui fond sur un poignet c’est moi. Ne crie pas. Ça arrive je te l’ai dit. Tu t’es écorchée. Oui ça saigne. Je le vois. Je l’ai vu. Le rouge, ma chouette mon loup, il en faut toujours pour être heureux. « 

AUTEUR

Née en 1969, Pauline Sales est comédienne et auteure. Depuis octobre 2002, elle est auteur associée dramaturge à la Comédie de Valence. Plusieurs de ses pièces sont traduites et jouées en Angleterre et en Allemagne.

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