Music hall

Strip-tease : l’art de se dévoiler…

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 28/09/2016 par le fonctionnaire inconnu

Peut-on obliger les gens à se dévoiler ? Non, mais on doit s'intéresser à cet art... Surtout quand le record de température sur la planète vient d'être battu pour le 15ème mois consécutif et que l'atmosphère devient suffocante !

Photo de Bright Vibes (licence Creative Commons)
Certains voient dans le strip-tease une mise en scène de la libération sexuelle de la femme alors que pour d’autres c’est la preuve supplémentaire de la solitude et de la misère sexuelle actuelle. La réalité, c’est que depuis quelques années, le strip-tease séduit à nouveau, et parfois loin des clichés !

Les dessous de l’Histoire

Le strip-tease a une histoire ancienne, que l’on pourrait faire remonter jusqu’à la mythique Salomé et sa « danse des sept voiles ». Salomé, danseuse impudique, lascive et cruelle, obtenant ainsi en charmant le roi Hérode la tête de Saint Jean-Baptiste…

  • Voir le film Salomé de Carlos Saura [DVD]

Mais sans aller jusque là, on peut dater l’apparition du strip-tease dans les salles de spectacle à la fin du 19ème siècle, alors que les moeurs commencent à se libérer. En Angleterre puis aux Etats-Unis, le genre Burlesque, mêlant érotisme et comédie, connaît un succès grandissant. En France, La Goulue et les danseuses à « l’indécence pondérée »du Moulin-Rouge affolent Paris sur une danse inventée à Londres : le French Cancan !

  • Lire l’histoire du Moulin-Rouge par Pessis et Crépineau [Livre]

Le premier strip-tease a lieu à la même époque, au Divan à Paris. Mais la censure politique prend le relais de la morale religieuse et le strip-tease se retrouve bientôt relégué en des lieux sordides…

Le strip-tease renaît de ses cendres dans les années 1950 avec la création du Crazy Horse par Alain Bernardin, et des spectacles modernisés. C’est un succès énorme. Les spectacles deviennent aussi plus sexués avec la révolution sexuelle qui arrive…

Sans rire, pas de désir ?

A partir des années 1980, le strip-tease veut de nouveau suggérer plutôt que d’exhiber crûment les corps, laissant place à la parodie et au détournement. Les hommes se mettent aussi à nu avec les Chippendales ou dans la comédie The Full Monty.

Le strip-tease devient plus sage, il est plus critique et touche un public plus large. Apparaît le New Burlesque : rencontre de l’effeuillage des années folles et des pin-ups des fifties remises au goût du jour. Un mouvement rétro plein d’humour et bien perçu comme le montre le succès du film Tournée, de et avec Mathieu Amalric, nominé sept fois aux Césars en 2010.

Pratiquer le strip-tease devient même une activité de loisir ! On assiste à la création d’écoles de strip-tease. Il y a même des conseils pour réussir son strip-tease dans la revue Femme Actuelle !

Danse et nudité

Oui, le strip-tease peut-être chic, et artistique plus que jamais. Après avoir élaboré, entre autres, la cérémonie des JO d’Albertville, le génial Philippe Decouflé a repris le flambeau de la création artistique du Crazy Horse.

  • Voir le spectacle du Crazy Horse revu par Philippe Decouflé [DVD]

Alain Platel, Wim Vandekeybus et d’autres chorégraphes issus du monde de la danse ont monté un spectacle, Nightshade, non pas avec leurs danseurs attitrés, mais avec des strip-teaseurs(euses) professionnel(le)s, et pour projet de placer sous un nouveau jour la danse érotique, loin des clichés habituels sur le sujet.

Le rapprochement était inévitable. Depuis les débuts de Nijinski en 1912, la danse n’a en effet cessé de libérer le corps et de faire tomber les barrières de la pudeur et les interdits.

Dans La muse de mauvaise réputation, Philippe Verrièle évoque lui directement les rapports entre danse et érotisme. Et il fait remarquer que, s’il y a bien souvent des corps et des sexes, il y a finalement peu de créations qui relèvent de l’érotisme. De Salomé à Anna Térésa de Keersmaeker, du tango au butô, il se veut alors le défenseur d’un érotisme chorégraphique.

L’art de l’agacement

Alors finalement, est-ce « un art mineur, le strip-tease ? Et si c’était tout le contraire ? Et si le strip-tease, bien loin de n’être qu’un divertissement plus ou moins lubrique, était au contraire une des plus importantes formes d’art que le vingtième siècle nous ait léguées ? Et s’il était, même, ce qui permettait de comprendre autrement toute la modernité, ainsi que l’étrange censure dont celle-ci n’a pas cessé d’être la victime ? » (Extrait de Strip-tease, l’art de l’agacement par Laurent de Sutter)

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *