Théâtre

Quand le théâtre a du chœur

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 31/01/2018 par Hélèna du département Arts vivants à la médiathèque de Vaise

Le chœur est souvent présenté comme l'origine même du théâtre occidental. Nous tenterons d'en donner une définition, de préciser ses pouvoirs et de parler de son évolution. Qu'en est-il à l'ère contemporaine ? Le théâtre a-t-il encore du chœur ?

Festival d
Festival d'Avignon 2017 / Grensgeval Borderline - Elfriede Jelinek - Guy Cassier et Maud Le Pladec / © Émile Zeizig - mascarille.com

Le chœur

Un groupe homogène

C’est du chœur que la tragédie grecque serait née. C’est dire son importance !

A cette époque, le chœur est un groupe de danseurs, chanteurs et récitants qui peut représenter une assemblée ou une foule. Il a plusieurs fonctions : présenter la pièce, résumer les événements qui ont lieu hors de la scène, mais aussi commenter les actions selon ses propres intérêts, moraux ou politiques.

Un pouvoir de distanciation

Le chœur apparaît comme extérieur au dialogue entre les personnages. Il offre un regard distancié sur l’action. Il est l’incarnation sur scène du regard public.

L’expression d’une communauté

Pour que le spectateur réel se reconnaisse dans le spectateur idéalisé du chœur, il faut que les valeurs transmises par ce chœur soient les siennes. Il doit donc former une masse soudée par une idéologie ou une croyance.

L’évolution du chœur

Vers – 500 av. J.-C., à ses origines, le chœur aurait été formé de 50 personnes. Eschyle réduit leur nombre à 12, mais son rôle dans la tragédie n’en n’est pas moins important, voire parfois le rôle principal.

Mais dès les comédies d’Aristophane, au Vème siècle av. J.-C., le chœur tend à disparaître en n’ayant plus qu’un rôle d’intermède. Au fil des siècles, il s’efface de plus en plus et disparaît presque totalement avec la crise du drame à la fin du XIXème siècle, à la remise en cause de la dialectique du dialogue et à l’effacement du personnage.

A l’ère contemporaine

Le retour du chœur dans l’écriture et la mise en scène contemporaine est un phénomène international.

La choralité comme fantôme du chœur

On ne parle plus de chœur, mais de choralité. On utilise des formes chorales ou des caractéristiques partielles du chœur, sans pour autant revendiquer le terme de « chœur ». Ce serait un « effet fantôme du chœur ». Comme le dit Martin Mégevand c’est « ce qui reste du chœur quand le chœur n’y est plus ». (Source : Alternatives théâtrales)

Etre et faire ensemble

Le terme « choralité » apparaît récemment dans le vocabulaire théâtral pour décrire une façon de penser et de faire du théâtre qui a pris son essor dans les années 1990. L’idée est d’« être et faire ensemble ». Elle revendique l’énergie collective des comédiens et fait coexister une multiplicité de voix, de formes et de discours sur la scène théâtrale.

Mélange des voix

La réinvention de l’écriture chorale offre, selon Sandrine Le Pors, « un tressage de voix de toute sorte, non-hiérarchisé, qui restitue une cacophonie relative dans laquelle s’absorbent les personnages ». Selon M. Mégevand la choralité est une « disfraction des paroles et des voix dans un ensemble réfractaire au totalitarisme ». La forme chorale se distingue donc du chœur uni comme l’entendait les Grecs, puisque elle est dispersée et discordante.

« Au niveau de la parole, la choralité se manifeste comme un ensemble de répliques qui échappent à l’avancée logique de l’action et qui peuvent se structurer de façon méthodique, tel un chant à plusieurs voix. » (Définition de Mireille Losco et Martin Mégevand, dans le Lexique du drame moderne et contemporain de J.-P. Sarrazac)

Retour de l’engagement politique

Dans le théâtre des années 1990 et 2000, on constate un retour de l’engagement politique et du militantisme. 

Dans plusieurs spectacles, le chœur apparaît comme l’image d’un collectif possible. Dans des spectacles participatifs, le chœur est bien souvent le lieu d’une expérimentation politique.

Matériau d’écriture de plateau

La présence du chœur et de la choralité dans les écritures et les pratiques scéniques se développe dans beaucoup de spectacles actuels. On constate par exemple une reprise, sous une forme chorale avec plusieurs acteurs, de monologues écrits au départ pour un seul acteur.

La choralité peut recouvrir des phénomènes très nombreux et très divers, situés dans la représentation elle-même, mais aussi dans le travail des comédiens et dans la réception.

Mais elle est surtout une voie possible de renouvellement ou une piste à explorer pour les dramaturges et les metteurs en scènes.

Sélection de pièces

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