Danse

Anne Teresa De Keersmaeker, danse + musique = un

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 17/10/2017 par Hélèna D.

Chorégraphe et danseuse belge, Anne Teresa De Keersmaeker est une figure majeure de la danse contemporaine. Elle est connue pour ses compositions complexes à la précision quasi-mathématique. Dans toutes ces créations elle explore la relation entre danse et musique.

Partita 2 - Anne Teresa De Keersmaeker / Festival d
Partita 2 - Anne Teresa De Keersmaeker / Festival d'Avignon / © Émile Zeizig - mascarille.com

Anne Teresa De Keersmaeker est née en Belgique en 1960. Elle prend des cours de musique très tôt, bien avant de commencer la danse.

« La danse est mon langage premier, c’est ce que j’aime le plus faire, c’est ce que je crois que je fais le mieux. »

Formée à l’École Mudra (fondée par Maurice Béjart), elle assiste entre autres aux cours du musicien et pédagogue Fernand Schirren. Il constitue une personne essentielle dans son apprentissage de l’analyse musicale, de la structure, et du rythme. C’est aussi à Mudra qu’elle fait la rencontre de Fumiyo Ikeda qui sera l’une de ses interprètes les plus proches. Elle tourne alors le dos au ballet classique et donne une nouvelle orientation à la danse en Flandres.

En 1981, elle poursuit ses études au New York Tisch School of Arts, où elle noue ses premiers contacts avec la danse post-moderne. La découverte de la musique de phase, dite musique minimaliste, de Steve Reich que lui avait fait découvrir Thierry De Mey, est décisive dans l’orientation de ses compositions chorégraphiques.

Rosas danst Rosas, une référence dans l’histoire de la danse

Elle s’impose dans le paysage chorégraphique international en présentant en 1982 Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich.  En 1983, elle établit à Bruxelles sa compagnie de danse Rosas et crée le spectacle Rosas danst Rosas, qui reste une référence dans l’histoire de la danse contemporaine. Cette création fusionne gestes quotidiens et mouvements formels abstraits. C’est un spectacle essentiellement féminin : quatre danseuses « se dansent elles-mêmes » sans un seul instant de relâche. Leur obstination, jusqu’à l’épuisement, entre violemment en contraste avec l’impeccable structure formelle de la chorégraphie. La musique de Thierry De Mey et Peter Vermeersch a été composée durant le processus chorégraphique.
Pour en savoir plus
-Rosas danst Rosas / Keersmaeker, Anne Teresa / un film de Thierry de Mey / 1997 [Extrait vidéo et articles sur numeridanse.tv]
-Rosas danst Rosas / un film de Thierry de Mey ; d’après une chorégraphie de Anne Teresa de Keersmaeker [DVD]

Une partition dansée

Depuis ses débuts, Anne Teresa De Keersmaeker cherche à combiner l’écriture chorégraphique et l’écriture musicale pour créer une fusion naturelle de ces deux éléments. La danse n’est pas là pour illustrer la musique. Elle développe une écriture gestuelle dont le fondement est en particulier la traduction chorégraphique des partitions. La répétitivité du motif et les nuances rythmiques caractérisent son travail. Elle s’affronte aux structures musicales et aux partitions de toutes les époques, de la musique ancienne à la musique contemporaine, minimaliste, en passant par la musique populaire. Le rapport intime entre mouvement et musique construit une danse rigoureuse et épurée. Sa pratique chorégraphique est basée sur les principes formels de la géométrie et les modèles mathématiques, l’étude du monde naturel et des structures sociales, un travail sur le déploiement du corps dans l’espace et le temps.

Dans de nombreux projets, son objectif est de conduire l’art chorégraphique vers un acte d’écriture du mouvement dans l’espace et le temps, en y associant d’autres forces de composition telles que la musique, la géométrie, les arts visuels ou textuels. La rencontre avec ces disciplines et leurs praticiens – musiciens, compositeurs, plasticiens, acteurs et écrivains – a donné lieu à d’importantes collaborations.

Une œuvre toujours en mouvement

Entre 1992 et 2007, Anne Teresa de Keersmaeker crée au théâtre de La Monnaie, où elle est en résidence, de vastes pièces d’ensemble (Toccata en 1993 sur la musique de J.S. Bach ; Verklärte Nacht en 1995 sur la musique de Schönberg).

Elle s’aventure vers le théâtre et le texte (I said I en 1999, In real time en 2000) et intensifie le rôle de l’improvisation dans ses créations en travaillant à partir de musique indienne ou de jazz – (But If a Look Should) April Me en 2002) ; Bitches Brew / Tacoma Narrows (2003).

Après avoir investi en mars 2015 deux étages du Centre d’art contemporain Wiels, à Bruxelles, avec sa performance Work/Travail/Arbeid, la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker s’invite en 2016 au Centre Pompidou. Que deviendrait une chorégraphie une fois présentée selon les codes d’une exposition ? Cette question inspire l’artiste. Les implications d’une telle expérience ébranlent la manière conventionnelle de penser, de construire et d’expérimenter tant la danse contemporaine que l’exposition artistique.

Anne Teresa de Keersmaeker dirige également plusieurs opéras  : elle signe notamment en 2004 la mise en scène de Hanjo de Toshio Hosokawa à La Monnaie ou  début de 2017, à l’Opéra de Paris Così fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart.

Le travail de Rosas ne se limite pas à la création de nouveaux spectacles. La compagnie cultive et fait tourner son répertoire et en assure l’enseignement. En 1995, Rosas et théâtre de La Monnaie/De Munt à Bruxelles fondent le projet éducatif international, P.A.R.T.S (Performing Arts Research and Training Studios), que dirige De Keersmaeker. Cette école s’est imposée comme le principal centre européen de formation de chorégraphes et de danseurs parmi les plus avant-gardistes du monde de la danse. L’originalité de cet enseignement tient au fait qu’une attention particulière est portée à la musique et à l’art théâtral.

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