Pandémie de grossophobie !

Miroir de nos peurs

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 10/11/2020 par Ketty

Vous aurez certainement, comme moi, repéré tous ces articles faisant le mérite de régimes, ou encore sur la peur de grossir, ces images, ces blagues à messages stéréotypés sur les gros. Vous n’êtes pas forcément grossophobe mais une chose est certaine : vous êtes entouré par la grossophobie. Si vous ne connaissez pas ce mot ou si vous souhaitez en savoir plus, cet article est fait pour vous.

© Pixabay

I- Ouvrons le dictionnaire

 Gros maux

Le mot grossophobie ne vous dit rien ? Pas de panique, voici une séance de rattrapage. Vous n’auriez pas réussi, de toute façon, à découvrir ce terme dans vos dictionnaires  avant  2019. Cette consécration a couronné sa popularisation grâce à la sortie en 2017 de On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier.

Un logo du type "Toilettes pour femmes" avec une silhouette de femme mince face à une silhouette de femme grosse.

Couverture du livre

Bien que le mal soit là depuis bien longtemps, ce néologisme apparaît pour la première fois  dans l’ouvrage Coup de gueule contre la grossophobie sous la plume de l’actrice française Anne Zamberlan en 1994 . Aujourd’hui le Robert en donne cette définition : « attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids ».

Les racines de la grossophobie sont à chercher dans  les préjugés et stéréotypes négatifs « selon lesquels le fait d’être gros est une question de volonté personnelle et que les personnes grosses seraient ainsi les seules responsables de leur surpoids, en négligeant les autres facteurs à l’origine du surpoids » (dixit Wikipedia) .

 

Mais avant de se pencher sur ces différentes formes de discrimination, c’est quoi être obèse  ou en surpoids ?

Au delà d’un IMC * calculé vite fait , d’après l’Organisme Mondiale de la Santé (OMS), on parle d’obésité pour une maladie chronique plurifactorielle définie par «  une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé ». Elle peut également être le symptôme d’une autre pathologie, le produit d’une affection mentale, une maladie génétique (l’obésité serait héritée des parents pour 30 à 45% des cas ) ou/et encore l’effet secondaire d’un traitement.  Dans le monde en 2016, 13% des adultes étaient obèses.

  •  IMC  : Indice de Masse Corporelle = poids divisé par la taille au carré.  Obésité pour un IMC  égal ou supérieur à 30. Surpoids  pour un IMC égal ou supérieur à 25.
Gros mots

D’après le Robert, gros désigne une personne «  qui est plus large et plus grasse que la moyenne ». Or, quoi de plus fluctuant et de plus subjectif au final qu’une moyenne ? Une moyenne, certes, cela est mathématique et incontestable. Mais en ce qui concerne une norme;  elle peut être différemment ressentie selon l’époque, le milieu, la culture…

Avouons-le , le mot gros est souvent associé à des expressions dépréciatives : « une bouteille de gros rouge »,  « gros paresseux », « gros bonnet » et ses mots dérivés ont majoritairement une visée péjorative (dégrossir, grossier, engrosser …). Pourtant, comme le dit si bien Daria Marx et Eva Perez-Bello (fondatrices du collectif  Gras politique  ) dans leur ouvrage éponyme :  «  Gros n’est pas un gros mot » :

Un pèse-personne dont l'aiguille indique le maximum de pesée

Couverture du livre

 

«  Vous avez le droit de dire « gros » ! Ce n’est pas une insulte. Gros, brun, blond, ces adjectifs ne font que nous décrire, ils n’ont rien de péjoratif. Bannissez les périphrases poétiques et les synonymes géométriques. Nous ne sommes pas pulpeuses, ronds, gourmandes ou enrobés. Nous sommes gros et grosses. »

 

Cet essai est une parfaite introduction à la compréhension de cette discrimination ordinaire. Les autrices cherchent ici à identifier les différents actes de grossophobie afin de pouvoir lutter contre.

 

A lire aussi : ce  focus sur  l’obésité vue par une psychanalyste.

Le mot "OBESITE" écrit en grosse police de caractéres

Couverture et présentation du livre sur Google Books

 

 

 

 

 

 

 

 

II- Discrimination à grosse échelle

Histoire :

Georges Vigarello décrit  dans son livre  Les métamorphoses du gras – histoire de l’obésité du Moyen Age au Xxe siècle   les mutations de  la représentation des corps, depuis les formes luxuriantes des Vénus de Titien jusqu’à l’apologie actuelle de la maigreur.

peinture représentant un homme obèse

Couverture du livre

Il retrace la genèse de l’obsession contemporaine du corps mince et sain, libéré de la pesanteur du gras et met au jour l’ancienneté de la préoccupation féminine de la minceur – sous de multiples formes au cours des âges.  Des gros en majesté, des gloutons méprisés jusqu’à la stigmatisation récente de l’obésité, la perception du gras n’a cessé d’évoluer : à l’origine symbole d’opulence, de puissance et de prestige, l’embonpoint est ensuite perçu comme un signe de relâchement autant physique que moral, et la société condamne aujourd’hui ce qui apparaît comme un échec inacceptable de la volonté. Le corps humain abrite et reflète les tensions sociales qui opposent pauvres et nantis, puissants et dominés, hommes et femmes… et tend à la société un miroir où forme(s) et poids se révèlent des repères essentiels de la civilisation occidentale. À travers l’autopsie des corps adipeux, l’inventaire des techniques médicales d’amaigrissement, l’apparition progressive de la balance et des régimes, cette histoire inédite met en lumière la dictature de l’apparence, qui ne semble pas devoir un jour cesser.

 

A voir également :   PLACE AUX GROS une émission de France Culture  qui présente une série documentaire en 4 épisodes  de 54 minutes chacun.

  • Épisode 1 : Tous grossophobes !
  • Épisode 2 : Les Oiseaux : une clinique pour vaincre l’obésité
  • Épisode 3 : Obésité : une maladie de pauvre
  • Épisode 4 : Aimer tous les corps
Double peine :

Les gros souffrent à la fois de discrimination dite “ ordinaire”, liée aux regards, critiques des autres; mais également de grossophobie dite “systémique”

Ce type de discrimination systémique décrit les actions indirectes comme des équipements non adaptés : l’espace public non pensé pour les gros. Il peut s’agir par exemple de sièges de transport trop petits, de la difficulté de s’habiller à sa taille, des matériels de santé qui ne supportent pas de poids supérieurs à un certain seuil, de médicaments mal ajustés…

Ainsi  l’accès à la santé peut être compliqué alors que l’obésité peut provoquer un certain nombre d’infections, maladies cardiovasculaires, respiratoires…

 

Une grosse fourchette

Couverture du livre

 

Triple peine : Femme, grosse … et puis quoi encore ! ? ! ?

 

Bien que les hommes souffrent aussi de critiques à l’égard de leur corps ( par exemple lorsqu’il est vu comme trop féminin – comme par hasard …), les femmes sont davantage victimes de grossophobie.

En 2016, le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail font apparaître que les femmes sont plus sujettes à la discrimination à l’embauche liée au poids que les hommes. C’est également le cas par rapport à la santé, la contraception, la PMA, l’aide à la procréation et les violences gynécologiques…

Serait-ce lié à la représentation du corps des femmes dans la société ? Pour les obèses l’acceptation de leur corps est parfois difficile et leurs représentations dans les médias, la culture, a une importance non négligeable.

Il reste encore beaucoup de chemin à faire pour que les clichés envers les grosses arrêtent de leur coller à la peau.

une grosse femme en tenue de sport faisant des exercices sur un tapis de gymnastique

vidéo « la grosse vie de Marie »

 

A voir aussi : 

“La Grosse vie de Marie” ou le quotidien d’une jeune femme grosse dans notre société : une série documentaire diffusée sur France TV  écrite par la journaliste Marie de Brauer.

A lire sur tablette (ou à retrouver en occasion car,  hélas, le livre est épuisé):

« Le poids : un enjeu féministe » de Susie Orbach (Marabout 2017) ou bien encore à feuilleter en suivant ce lien

Titre "le poids" écrit en énorme police de caractères

Couverture du livre

 

 

 

Pour  comprendre comment  notre corps est une réaction à notre situation sociale, ce que les autres et nous-mêmes voyons de nous. Loin de rester dans la théorie, l’autrice propose un programme d’exercices, qui, suivi étape par étape, permet de se réconcilier avec l’alimentation et réussir à s’accepter pour qui et tel que l’on est, et ainsi mettre un terme aux angoisses alimentaires et aux régimes amaigrissants. 

 

 

 

 

 

Un gros bonhomme ventru avec un cible dessinée sur le ventre

Véritable portrait de Monsieur Ubu, par Alfred Jarry (1896).

L'acteur Eddie Murphy obèse se regarde dans un miroir où il apparait svelte et musclé

Affiche du film « Professeur Foldingue »

III- Les gros dans la culture

Les médias ont instauré des modèles du corps standardisé qui font l’éloge de la maigreur. Les obèses sont souvent représentés par un stéréotype du “bon gros”, celui qui rigole, extraverti, boute en train (Obelix, le professeur Foldingue, Big Mamma); ou par un stéréotype du “mauvais gros”, dépressif, égoïste (Ubu roi).

Le gros est celui dont on va se moquer (Monica jeune dans Friends) mais aussi celui qui va faire peur comme par exemple avec la figure de l’Ogre dans les contes pour enfants.

Dans notre inconscient collectif, le gros doit prêter à rire ou, au contraire, être un monstre pour ne pas démériter.

Pour aller plus loin :

Un homme énorme devant une table chargée de victuailles

Couverture du livre

La symbolique du Gros  : Un article de Claude Fichler à lire en ligne sur Persée (le portail de valorisation des collections de publications scientifiques)

Trop gros, l’obésité et ses représentations : Ce livre de Julia Csergo donne la parole à des historiens, des médecins, des sociologues,  des historiens d’art ou des psychiatres afin de réfléchir au principe de la norme. Il évoque aussi les images associées aux gros,  les causes alimentaires ou non de l’obésité, ses conséquences sur la santé.

 

 

 

En guise de conclusion positive

Afin de faire barrage aux idées reçues et aux injustices liées à la grossophobie,  nous vous proposons ci-dessous en guise de conclusion une sélection de documents/ouvrages/médias, qui mettent en avant des personnes grosses dans des rôles positifs et  non stéréotypés  d’acceptation de leur corps.

Reste à œuvrer tous pour qu’un jour, dans la réalité, les gros n’aient plus à justifier leurs formes ou camoufler leur apparence  pour satisfaire aux codes de bonne conduite que nous suggèrent des normes aussi changeantes qu’aberrantes.

 

Romans jeunesses / ado : 

Théâtre jeunesse :

Romans adulte :

Podcast :

Série TV :

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