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Lamentations / Emilio de’ Cavalieri (2001)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par GLITCH

Il est généralement trompeur de dire « c’est là que tout a commencé ». Les événements, les nouveautés, les inventions sont bien souvent déjà en germe quelque part. Le surgissement ex-nihilo est bien plutôt l’exception. Et les latences obscures, les précédents et esquisses la règle. L’histoire de la musique ne déroge pas à ce schéma. Par exemple, dater d’une seule œuvre, année ou musicien la naissance de la musique baroque ouvre des débats sans fin...

Cavalieri : Lamentations / Le Poème Harmonique
Cavalieri : Lamentations / Le Poème Harmonique

Monteverdi n’a pas tout inventé avec l’Orfeo (1602). Avant lui ou en même temps, Galilei, Peri ou Caccini s’essayaient aussi à une nouvelle manière, un stile nuovo en musique. Un style apte à représenter, à figurer les émotions humaines, à mettre la voix individuelle au cœur de la musique. Un style qui fait primer la mélodie, desserre le tissu de la polyphonie classique pour suivre les fils solistes de la voix.

Et parmi les jalons qui posent ce stile rappresentativo, figurent ces Lamentations de Cavalieri (1599).
Elle sont d’abord une oeuvre liturgique, composée pour l’Office des Ténèbres de la Semaine sainte. Le texte reprend le Livre des Lamentations de la Bible, composé d’élégies sur la destruction de Jérusalem et le désarroi de son peuple, abandonné à l’éclipse divine.
Sur ce texte, Cavalieri compose une oeuvre splendide où se mêlent le style ancien et le théâtre baroque naissant.

Avec un ensemble de 6 chanteur.se.s, les parties dans le style polyphonique ancien (Leçons) sonnent clair, comme pour une liturgie de chambre. Sensuel et délicat, le continuo fait résonner la langueur spirituelle des voix. A ces Leçons font écho dans un style plus libre les Répons aux effectifs variés (monodie, duo, trio). C’est là que s’épanouit pleinement l’art théâtral du compositeur. Ruptures de ton, chromatismes, diminutions, contrastes rythmiques épousant le texte, dialogue entre soliste(s) et chœur.. Tous ces procédés introduisent le drame, l’expressivité du texte dans la liturgie.
Certes, mais on a là rien de plus que les fondamentaux du baroque naissant. Alors d’où provient cet état de grâce permanent, de plénitude sonore, et osons le dire.. de perfection ?

musiciennes jouant du luth et de la viole

Le luth et la viole, instruments du continuo baroque (Jan van Bijlert : Le concert ; ~1630)

De la maîtrise des interprètes, qui leur autorise cet abandon lyrique, cette effusion précise et raffinée qui ravit ?
Du sentiment que le mystère sacré et le drame humain se trouvent mêlés dans une lyrique irrésistible ?
Ou encore de cette fraîcheur inaugurale, qui nous fait assister à l’éclosion d’un style, à peine devenu et déjà si accompli ? Le miracle des premiers instants..

Au fond peu importe. Cet enregistrement couvert d’éloges et de distinctions à sa sortie n’a pas pris une ride. Tous comme ces Lamentations inouïes qui restent un joyau du répertoire baroque.

A retrouver dans la catalogue de la Bibiothèque

Et pour les abonné.e.s BML, ce titre est disponible en streaming gratuit illimité sur DiMusic.

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