Phénomène vocal

Confusion des genres

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par Civodul

Hors catégorie, le jeune chanteur brésilien Bruno de Sà subjugue par son incroyable et superbe voix de soprano.

Le public s’est accoutumé ces dernières décennies aux voix de falsettistes, dont certaines sont indéniablement somptueuses et peuvent rivaliser avec plus d’une mezzo-soprano . On connait de même les aigus cristallins et touchants de certains jeunes garçons,  trebles à la clé.

Mais voici à présent un gosier hors concours  : cet homme adulte chante sans l’ombre d’un doute et sans l’ombre d’un effort vocal dans la tessiture du soprano. Lauréat du concours Maria Callas à Sao Paulo en 2016  Bruno de Sà enchaine ces dernières années les emplois les plus divers, de Bach à Rossini. Sa tessiture hors du commun lui permet d’aborder les rôles belcantistes en principe attribués à des personnes du sexe.

En témoigne, par exemple, cette captivante captation d’un extrait de I Capuleti ed i Montecchi de Vincenzo Bellini. La performance se passe de commentaires. Ecouter à 6’04 le contre-ré  miraculeux (à deux notes du légendaire contre-fa de la Reine de la Nuit !)

Qui – l’eût-il écouté à l’aveugle – aurait imaginé ce soprano souple et brillant issu de cordes vocales masculines ? Soyons honnête : personne. La voix, longue, aisée possède tous les attributs d’un soprano féminin : les aigus certes mais également le grave, consistant, qui sonne incontestablement comme les notes poitrinées de notre habituelle diva à emploi dramatique.

Alors, énigme phoniatrique ? Probablement, le chanteur assure  ne pas avoir connu de mue à l’adolescence, on le croit sans peine.  Réminiscences de Farinelli ? que nenni, Dieu merci on n’ampute plus docteur. Mais beauté vocale à coup sûr, et peut-être un peu d’émoi et de perplexité quant à l’effusion du genre et la confusion des genres. Car si l’on s’est habitué à admettre que Chérubin, qui est un jeune homme, chante une partie de mezzo-soprano, puisque Mozart l’a voulu ainsi, admettrons-nous aussi facilement le rôle de Barberine chanté par un homme, passé il est vrai chez le barbier pour l’occasion ? Plausible ? Pourquoi pas, le talentueux brésilien en tous cas a osé et on le lui a permis. Bien sûr nous sommes en présence d’un cas atypique mais l’occasion est belle de questionner les stéréotypes et les crédibilités vocales et scéniques.

A écouter dans nos collections :

Polifemo de Giovanni Battista Bononcini avec Bruno de Sà

 

Vous avez dit crédible ?

L’opéra italien du XVIIème siècle , avec un rien de sexisme retors eut pour étrange convention  de faire chanter les rôles de nourrices ménopausées par des ténors travestis.

Marco Angioloni, fort viril avec son brin de moustache, son fard à paupières et son collier de perles, en fait un beau récital :

 

Vous aviez dit crédible.  Et bien j’y crois parce que quelqu’un m’a dit d’y croire.

Si ce salmigondis de rôles et de tessitures vous indispose, et que ayez besoin de vous remettre les idées et les notes en place, en bref de vous réharmoniser car chacun (e) a besoin d’un papa et d’une maman, voici pour conclure – enfin ! une performance  dans les clous :

Ecoutez plutôt la douce voix de maman vous chanter la berceuse extraite du Consul de Gian Carlo Menotti :

(Nul doute que le mioche ne mouftera pas et que l’enfant do dormira bientôt.)

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *