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Un voisin trop discret

Iain Levison

L’auteur de "Tribulations d’un précaire" et d’"Un petit boulot" revient avec un 8e roman toujours aussi mordant sur l’état de la société américaine.

A Philadelphie, Jim Smith, chauffeur Uber retraité de soixante ans, ne s’éternise pas en relations avec ses contemporains. Aussi bien dans son VTC que dans la vie de tous les jours. D’ailleurs il semble bien que son dernier vrai échange humain remonte à l’époque du président Reagan…

Les interactions sociales sont pour lui un supplice dont il échappe en refermant la porte de son appartement bien rangé de célibataire. Jusqu’au jour où une nouvelle voisine, Corina, emménage dans l’immeuble avec son jeune fils. La vie de misanthrope du solitaire Jim va se trouver bouleversée par l’arrivée de cette belle inconnue portoricaine…

Autour de Jim et Corina, plusieurs histoires vont s’entremêler. Robert Grolsch, le mari de Corina, est devenu une machine à tuer en Afghanistan. Ce sniper des Forces spéciales est une vraie ordure, un homme brutal, infidèle et voleur.

Grolsch a eu des déboires avec son équipier sur le terrain, Kyle Boggs. Ce jeune homme plein d’ambitions est prêt à tout pour grimper les échelons tout en cachant son homosexualité, plutôt mal vue chez les militaires.

Au Texas, Kyle propose à son ancienne amie de lycée Madison de se marier avec lui pour donner le change. Elle pourra de son côté profiter de tous les avantages offerts aux femmes des soldats des Forces spéciales. Et assurer un avenir meilleur à son fils.

Levison offre une galerie de personnages qui se débattent avec la vie, n’hésitent pas à mentir ou dissimuler pour échapper à leur médiocre condition. En les étudiant sous différents angles dans une narration parallèle, il révèle toute leur complexité. Son récit compose une mécanique éclatée efficace, jusqu’au surprenant dénouement final.

Dans ce roman assez court au style alerte, on retrouve les thèmes chers à l’écossais. Habitué à mettre en scène des précaires et sans parole de la société américaine, il brosse ici un portrait sarcastique du monde actuel avec un humour assez cynique.

Son regard acide se pose notamment sur l’uberisation du travail (les mauvaises notes promises à Jim par un passager hystérique mécontent), le politiquement correct (comment nommer sans la froisser une voisine qu’on imagine mexicaine) ou encore le patriotisme américain.

Levison évite surtout parfaitement le piège d’une fin moralisatrice. Des mystères et zones d’ombres subsistent : que faisait Jim Smith avant son retrait de la vie sociale ? Ce brave épicier de quartier était-il vraiment un tueur sanguinaire dans sa jeunesse ?

Une lecture plus que réjouissante, par un auteur au sommet de sa forme.

Voir dans le catalogue de la BML

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