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Un catholicisme colonial

Le mariage des Indiens et des esclaves au Brésil

Charlotte de Calstelnau-L’Estoile

L’auteure, professeure d’histoire à l’Université de Paris, analyse comment, par le biais du mariage, l’Eglise a christianisé des populations conquises par les Portugais au Brésil. Les Capucins, les Franciscains, les missionnaires apostoliques s’activent au Brésil entre le XVIe et le XVIIe siècle pour instaurer une société catholique, coloniale et esclavagiste. Et la tâche n’est pas si simple !

Une grande attention est accordée aux Jésuites qui, voyant la dissolution des mœurs aussi bien des Portugais que des autochtones, ont estimé que l’institution du mariage était fondamentale pour mettre de l’ordre dans la société. La rigueur du droit canon s’avère vite incompatible avec les mœurs surprenantes des Indiens Tupi qui ne connaissant pas le mariage, vivent avec de nombreuses concubines « temporaires » et dont la conception de la parenté patrilinéaire réduit la mère au sac contenant l’enfant, produit de la seule substance séminale du père. Cette croyance est illustrée par des cas d’anthropophagie, où la mère dévore son enfant d’un père prisonnier de guerre. Les Jésuites perdent alors leur enthousiasme, s’interrogeant si les Indiens connaissent les lois naturelles. Ils sont amenés à entraver le droit canon car il ne correspond en rien à la réalité de vie des autochtones. Ils entrent donc en conflit avec la hiérarchie ecclésiastique. Un des évêques décide même de rentrer en Europe pour rendre compte des procédés hétérodoxes des Jésuites aux autorités ecclésiastiques. Il écrit un traité sur le mariage, mais fait naufrage dans les eaux de l’Atlantique… Ignace de Loyola en personne est sollicité pour donner son avis.

Cette histoire peu connue, relevant d’études anthropologiques et de questions théologiques, débouche parfois sur des querelles doctrinales et des épisodes d’aventures non dépourvues d’humour.

Voir dans le catalogue de la BML

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